Réalisé par : Robert Wise
Avec : Julie Harris, Claire Bloom, Richard Johnson, Russ Tamblyn, Fay Compton, Lois Maxwell
Sur un scénario de : Nelson Gidding avec une musique de : Humphrey Searle
Genre : Film d'épouvante
Film Britannique réalisé en 1963

 

 

Synopsis du film :
Le Dr Markway qui effectue des recherches dans le domaine de la parapsychologie tente une expérience de perception extrasensorielle avec un groupe de personnes réunies dans un vieux manoir réputé hanté. Dès le départ, des bruits insolites terrorisent les habitants de la demeure...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Adapté du roman de Shirley Jackson, La maison du diable de Robert Wise est un classique du film d'épouvante.
Le film emprunte de nombreuses caractéristiques au roman gothique lui même issu du mouvement romantique et né durant la seconde moitié du XVIIIème siècle.
Comme dans le roman gothique anglais, l'on trouve dans La maison du diable :
- un château hanté par les fantômes du passé
- des paysages nocturnes inquiétants
- une héroïne perturbée
- un mystérieux passé refaisant soudainement surface et envahissant le présent
- le thème du suicide
Les thèmes de la jeune femme en détresse et l'amour non partagé sont deux thèmes classiques du romantisme.

La Maison du Diable

La construction du film est aussi intéressante qu'atypique.
Le film commence par un prologue racontant la sombre histoire du château, des femmes qui y ont vécu et qui y ont succombé. Le spectateur est alors frappé par l'effroyable vérité : toutes les victimes étaient des femmes. L'on est alors à même de se demander si une quelconque malédiction ne s'est pas abattue sur le château.
Madame Cain, la première femme de Monsieur Cain et la mère d'Abigail est morte avant même de pouvoir arriver au château. Alors qu'elle se dirigeait vers le château dans sa voiture, les chevaux se sont soudain cabrés et provoqués un accident mortel. La seconde Madame Cain était quant à elle tombée dans les escaliers. Enfin, l'infirmière qui s'occupait que la fille Cain devenue avec le temps une femme âgée avait finir par se suicider dans la bibliothèque. Cette dernière n'avait pas répondu à la vieille dame mourante.
Enfin, le réalisateur s'attarde à raconter l'histoire d'Eleanor, une jeune femme fragile et fragilisée par sa situation. En effet, Eleanor a dû s'occuper de sa mère mourante pendant 11 ans et épuisée, n'a pas répondu à son appel alors qu'elle était sur le point de mourir. Elle vit, depuis avec sa sœur qui lui fait sans cesse comprendre qu'elle est de trop dans sa maison. Bref, Eleanor n'a rien à quoi se raccrocher dans la vie, elle a la sensation de ne pas être aimée et de n'appartenir à personne ni à quoique ce soit.
Comme dans Psychose d'Alfred Hitchcock, tourné trois ans plus tôt, Eleanor grimpe dans une voiture et fuit son passé. Ce n'est d'ailleurs pas la seule similitude avec le légendaire film du maître du suspens. Les pensées d'Eleanor sont révélées aux spectateurs, un peu à la manière de Marion Crane qui s'imaginait, dans Psychose, ceux que les autres pouvaient penser d'elle. Autre similarité avec les films d'Hitchcock : le personnage de l'épouse du gardien qui ressemble étrangement à la tyrannique Miss Denver dans Rebecca, tourné en 1940.

La Maison du Diable

En venant à la maison, Eleanor espère devenir une nouvelle personne, s'affirmer et peut être même trouver l'amour auprès du Docteur Markway mais la déception est grande. Non seulement Eleanor est effrayée par son propre reflet dans le miroir, et tourmentée par Theodora ou les fantômes de la maison mais en plus elle voit débarquer la femme du Docteur Markway, apparition qui anéantit tous ses espoirs amoureux.
Eleanor et Theodora entretiennent une relation étrange. L'on perçoit entre les deux femmes une certaine tension sexuelle, notamment lorsqu'elles se retrouvent toutes les deux dans le même lit après que des bruits effroyables aient fait leur apparition.
Theodora semble avoir un penchant pour les femmes. Elle tourmente Eleanor grâce à son don d'extralucidité. Elle devine les sentiments d'Eleanor et joue avec.

Le film insiste sur Eleanor et sa fragilité car le réalisateur veut permettre aux spectateurs de voir le film autrement qu'un simple film d'épouvante. Il veut suggérer qu'une partie de ce qu'on l'on voit à l'écran est amplifiée voire imaginée par l'esprit tourmenté d'Eleanor.

La Maison du Diable

Le film est filmé comme un huit clos, comme si la maison empêchait d'une certaine façon les personnages de la quitter. Un peu comme dans Shining de Stanley Kubrick, réalisé en 1980, la maison est un personnage à part entière. D'ailleurs, c'est ce que suggère le réalisateur tout au long du film. Les fenêtres apparaissent comme des yeux scrutant les personnages. A la fin du film, Eleanor suggère elle même que la maison est un être vivant et maléfique qui a besoin de manger.
La maison apparaît aussi comme un vaste plateau de jeu rappelant le célèbre Cluedo ©, dans laquelle les personnages partent à la découverte des pièces afin de leur faire révéler tous les secrets.
La maison est un labyrinthe en spirale (pas d'angle droit) dans lequel l'on se perd facilement. C'est d'ailleurs ce qui arrive à Eleanor et Theodora peu après leur arrivée dans la maison. La maison n'est pas le seul labyrinthe présent dans le film : l'esprit torturé d'Eleanor est aussi un labyrinthe dans lequel elle s'est perdue.
Il semble bel et bien y avoir d'étranges phénomènes surnaturels dans la maison : les bruits assourdissants et d'une violence inouïe, les portes qui gonflent et etc ...
Alors que les deux filles sont terrifiées par les bruits assourdissants dans la maison, les deux hommes sont dans le jardin et prétendent n'avoir rien entendu, ce qui suggère que rien ne peut traverser ou pénétrer les murs de la maison.

Le surnaturel est représenté sans effets spéciaux, ni même sans effets visuels. Les apparitions sont suggérées par des bruits notamment : les apparitions sonores des "fantômes" qui hantent la maison, et les bruits que seule Eleanor entend (les cris, les pleurs et les rires). Les sensations de froid notamment sont ressenties par Theodora servent aussi à suggérer la présence du surnaturel. Les apparitions du surnaturel sont souvent montrées via l'effet psychologique qu'elles ont sur les personnages et en particulier Eleanor.
La scène où Eleanor grimpe l'escalier tremblotant fait écho au prologue dans lequel l'on voit la deuxième femme de Monsieur Cain vaciller et tomber dans les escaliers. La similarités des histoires de l'infirmière et de celle d'Eleanor se font aussi écho.
Robert Wise dresse un parallèle intéressant entre le passé et le présent. Tout d'abord, l'histoire de l'infirmière d'Abigail et l'histoire d'Eleanor sont similaires.
Toutes les deux ont veillé des personnes souffrantes et n'ont pas répondu à leurs derniers appels. Toutes les deux ont dû faire face à la culpabilité. La première s'est suicidée, et la seconde a sombré dans la folie et s'est peut être elle aussi suicidée. C'est en tout cas ce que suggère Luke Sanderson. Pour lui, Eleanor aurait pu vouloir mettre fin à ses jours afin de ne jamais quitter le château, cet endroit dans lequel elle se sentait enfin chez elle. Le film va plus loin en dressant un parallèle entre l'infirmière et Eleanor : elles se ressemblent physiquement. C'est en tout cas ce que montre l'une des statues.

La Maison du Diable

Où se trouve vraiment le Mal ? Est il dans la maison ou est il en Eleanor ?
Les apparitions surnaturelles semblent indéniables, même si certaines semblent être d'origine humaine (le message écrit sur le mur à la craie et destiné à Eleanor). De plus, les évènements semblent souvent être exagérés voire imaginés par Eleanor. Certains évènements sont même des projections mentales d'Eleanor qui lie intimement son histoire à celle de la maison. Ainsi, l'on peut d'abord avoir l'impression que la maison appelle Eleanor puis changer d'avis et penser que c'est Eleanor qui veut se raccrocher à cette maison pour se prouver qu'elle existe.
La personnalité très contrastée de Theodora laisse parfois penser qu'elle joue un rôle et que la maison ne l'effraie pas vraiment. En effet, l'on a même parfois l'impression que tout le groupe est lié contre Eleanor et que tout n'est qu'une vaste machination. D'ailleurs, le Docteur Markway explique très peu l'objet de son expérience. Le spectateur peut donc penser que l'objet d'étude peut être la peur et ses effets et qu'Eleanor est un simple cobaye.
En effet, ce n'est pas la maison qui a tué Eleanor, Eleanor s'est tuée elle même en percutant un arbre. Bien que cette scène fasse écho à la mort de la première Madame Cain, l'on comprend bien qu'Eleanor a sombré dans la folie à cause de la peur qui l'a envahi dès la première seconde. L'on peut donc dire que c'est la peur qui a tué Eleanor. L'expression "Mourir de peur " prend tout son sens ici.
D'où vient la peur ? La peur vient souvent de l'inconnu.
La maison Hill House est réputée pour être hantée mais rien ne prouve qu'elle l'est. Depuis 90 ans, les rumeurs sont allées bon train et ont fait la réputation de la maison. Et même s'il n'y a aucun fantôme dans cette maison, la rumeur les a fait naître au fil du temps.
Au moment où Eleanor apprend que la maison est censée être hantée alors la peur naît chez elle. Les statues commencent à la dévisager, son propre reflet l'effraie dans le miroir et chaque zone d'ombre cache un secret. Ce qui compte ce n'est pas de savoir si les fantômes existent réellement ou pas, mais plutôt leur présence. Qu'ils soient imaginés ou réels, peu importe ils existent bien quelque part. Il n'est donc pas impossible que les fantômes n'existent que dans la tête d'Eleanor. La peur incontrôlée d'Eleanor et l'association de son passé à celui des personnes ayant vécu dans la maison la plonge dans la folie qui fait naître certaines apparitions surnaturelles.

La Maison du Diable

Erin

 
 
 

Photos du film :