Réalisé par : Danny Boyle
Avec : James Franco, Kate Mara, Amber Tamblyn, Clémence Poésy
Sur un scénario de : Simon Beaufoy avec une musique de : A.R. Rahman
Genre : Biopic
Film Britannique réalisé en 2010

 

 

Synopsis du film :
Le 26 avril 2003, Aron Ralston, jeune homme de vingt-sept ans, se met en route pour une randonnée dans les gorges de l'Utah. Il est seul et n'a prévenu personne de son excursion. Alpiniste expérimenté, il collectionne les plus beaux sommets de la région. Pourtant, au fin fond d'un canyon reculé, l'impensable survient : au-dessus de lui un rocher se détache et emprisonne son bras dans le mur de rocaille. Le voilà pris au piège, menacé de déshydratation et d'hypothermie, en proie à des hallucinations… Il parle à son ex petite amie, sa famille, et se demande si les deux filles qu'il a rencontrées dans le canyon juste avant son accident seront les dernières. Cinq jours plus tard, comprenant que les secours n'arriveront pas, il va devoir prendre la plus grave décision de son existence...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

L'ouverture du film de Danny Boyle est assez surprenante. Le réalisateur écossais nous plonge immédiatement dans la folle vie urbaine américaine, où les gens se croisent et se recroisent à toute vitesse, sans jamais pouvoir prendre le temps d'apprendre à se connaître. Les gens ne sont alors qu'une masse humaine anonyme. Aron Ralston, un jeune homme casse-cou et fou de sensations fortes s'éloigne régulièrement de la folie de la ville pour aller escalader des monts d'une beauté époustouflante. Le jeune homme semble avoir besoin de se retrouver seul, face à l'immensité de la nature.
Aron aime tellement être seul qu'il ne prend même pas la peine de prévenir quiconque de l'endroit où il va. Et ça va lui coûter très cher, ou plutôt un bras. Et pourtant, parmi cette masse anonyme qui se déplace à toute vitesse, il y a des personnes comme Aron qui aiment partir marcher au cœur de paysages sublimes. C'est la solidarité de ces gens qu'Aron repousse depuis le début du film qui vont le sauver. Danny Boyle filme avec beaucoup d'émotion le comportement de ces anonymes qui vont sauver la vie à Aron.

L'un des tours de force de 127 heures c'est de réussir à filmer pendant près d'une heure un jeune homme seul coincé au fond d'une crevasse, sans jamais pourtant ennuyer le spectateur. Les flash backs judicieux et les hallucinations permettent à Danny Boyle et à Aron Ralston de s'échapper quelques instants du trou .Le fatalisme s'impose bientôt : il faudra faire un sacrifice ou mourir.

127 Heures

La rencontre avec les deux filles peut sembler un peu longue et finalement peu intéressante. Tout ce que l'on voit, c'est Aron s'amuser et prendre du bon temps avec deux jeunes inconnues. Nous les reverrons grâce au caméscope d'Aron. En effet, elles avaient tourné une petite vidéo sexy pour Aron, rien de très intéressant donc. De plus, et bien que l'histoire d'Aron Ralston soit vraie, il est assez étonnant de voir ce jeune homme confronté à la mort se faire des petits plaisirs solitaires.
Assez prétentieux pour partir seul sans prévenir personne, pour se prendre pour un guide, pour se croire invincible, Aron n'apparaît pas vraiment comme un personnage très sympathique. La scène où Aron se fait un plaisir solitaire, alors que la mort approche à grands pas n'arrange rien; et contraste fortement avec ce que le spectateur pourrait attendre de l'instinct de survie d'un homme quasiment condamné.

Un certain nombre de spectateurs sait dès le début comment l'histoire d'Aron va finir. Il va survivre mais perdre un bras. Et pourtant, la question du "Comment va -t-il faire ? " persiste tout au long du film et permet de maintenir une certaine tension.

Danny Boyle arrive à capter la triste réalité des 127 heures d'Aron Ralston au fond de cette crevasse. Alors qu'il gambadait plein d'énergie, Aron Ralston se retrouve en l'espace d'une seconde prisonnier. L'absurdité de la situation permet de véhiculer une certaine émotion.
La dégradation du physique d'Aron est à la fois réaliste, angoissante et triste : il fait très attention à la quantité qui lui reste (il va jusqu'à boire l'eau de ses yeux via ses lentilles de contact), il envisage même de boire son urine lorsque l'eau viendra à manquer, il espère que la pluie viendra et fantasme que cette pluie se transforme en orage et le libère de cette pierre énorme. Aron envisage aussi la mort lorsqu'il décide d'enregistrer un message vidéo pour ses proches. Privé de nourriture, les hallucinations sont favorisées et deviennent crédibles.

127 Heures

L'émotion naît parfois de détails anodins, comme cet oiseau qui passe au dessus de la crevasse chaque jour. Sa liberté contraste tellement avec la condition de prisonnier d'Aron que l'émotion jaillit alors. Pire, Aron a été comme cet oiseau, libre comme l'air, libre de se déplacer où il veut et comme il l'entend. Sa liberté inconsciente l'a amené à devenir un égoïste qui ne pense pas qu'à chaque pas dans cette nature immense il peut risquer sa vie et priver ses proches de sa présence.
Les quelques phrases du générique de fin et nous renseignant sur ce qu'est devenu Aron Ralston sont encourageantes. Aron est devenu un nouvel homme qui a su s'ouvrir aux autres.

La crevasse pouvant représenter une sorte de purgatoire, Aron revient sur sa vie et s'interroge sur le souvenir qu'il va laisser aux autres. Il est triste de voir que le beau petit garçon qu'il a été va sans doute finir sa vie au fond d'un trou, au milieu de nulle part. L'idée de mourir seul, qui est pourtant la condition humaine, l'attriste profondément. Il ne veut pas un cadavre anonyme, retrouvé des années après au fond de cette crevasse de l'enfer. Il veut que le monde entier se rappelle qu'il était Aron Ralston. Danny Boyle évoque là le rapport de l'homme à l'Histoire. L'idée insupportable d'être un anonyme, d'être une fourmi dans la foule est renforcée par la folie du générique du début, et par la scène où Aron s'interviewe lui même en mettant en scène un véritable talk-show.

Les effets de style de Danny Boyle en dérouteront plus d'un et pourtant le réalisateur signe un film original, intelligent et soigné. James Franco incarne avec conviction Aron Ralston et nous livre, à ce jour, sa meilleure performance.

127 Heures

Erin

 
 
 

Photos du film :