Réalisé par : Tom Hooper
Avec : Colin Firth, Helena Bonham Carter, Guy Pearce, Michael Gambon, Geoffrey Rush
Sur un scénario de : David Seidler avec une musique de : Alexandre Desplat
Genre : Biopic
Film Britannique réalisé en 2010

 

 

Synopsis du film :
D'après l'histoire vraie et méconnue du père de l'actuelle Reine Elisabeth, qui va devenir, contraint et forcé, le Roi George VI (Colin Firth), suite à l'abdication de son frère Edouard VIII (Guy Pearce). D'apparence fragile, incapable de s'exprimer en public, considéré par certains comme inapte à la fonction, George VI tentera de surmonter son handicap grâce au soutien indéfectible de sa femme (Helena Bonham Carter) et d'affronter ses peurs avec l'aide d'un thérapeute du langage (Geoffrey Rush) aux méthodes peu conventionnelles. Il devra vaincre son bégaiement pour assumer pleinement son rôle, et faire de son empire le premier rempart contre l'Allemagne nazie.

 
 

Analyse de film :

Critique :

C'est pour l'instant, selon moi, LE film de ce début d'année, à découvrir absolument si ce n'est pas encore fait. Tom Hooper m'avait déjà beaucoup étonné avec The Damned United, brillante chronique sur un évènement pourtant très anecdotique dans le monde du football anglais. Là il frappe encore plus fort avec ce Discours d'un roi. Le film n'est pas juste un simple biopic comme on en voit à la pelle de nos jours, ou même un brillant film historique, le long-métrage est aussi un excellent portrait d'un homme qui manque cruellement confiance en lui, qui a ses traumatismes et ses faiblesses et qui a peur d'être roi. A travers les doutes de George VI, le film a réussi à me toucher. Les scènes où George VI doit s'entrainer à parler correctement sans bégayer ou tout simplement LA scène du fameux discours sont passionnantes : le réalisateur a parfaitement réussi à capter le son, des détails, la manière dont sortent les mots. Rien que ce travail très minutieux montre la qualité du film. Et puis, ces détails sont scotchants !

Le Discours d'un roi

Le film est émouvant mais il n'est jamais pompeux et parfois, grâce à des dialogues parfaitement bien écrits, Le discours d'un roi réussit à avoir de savoureux moments d'humour. Le Discours d'un roi possède aussi d'autres qualités : la musique de notre frenchy Alexandre Desplat est sublime (comme d'habitude), les costumes et les décors sont sublimes et nous permettent d'être plongés dans cette époque, la photographie est très belle, les plans sont impeccables. Et comme je l'ai dit au début de cette critique, Tom Hooper est décidément un bon réalisateur et signe une mise en scène efficace et impeccable. Quant à Colin Firth, ça me parait évident : dimanche prochain, il remportera l'Oscar du meilleur acteur, et ce prix ne sera pas du tout volé ! Geoffrey Rush est, comme tout le temps, génial, tout comme Helena Bonham Carter, plus en retrait, mais qui livre une excellente performance.

Tinalakiller

Critique analytique :

Le titre du film est plus qu'intéressant. Le Discours d'un roi (The King's speech) insiste sur l'idée du discours et non pas sur le roi lui-même. Tom Hooper s'intéresse au problème d'élocution de George VI et non pas à sa vie. Il évite judicieusement le biopic classique.
Le film ne se focalise pas sur le problème d'élocution de George VI par rapport à son statut royal. Son bégaiement lui pose des problèmes dans sa vie quotidienne, dans ses rapports avec son frère et etc ... parce que l'angoisse qui facilite les crises de bégaiement fait partie de la vie de tous les jours. Le problème du bégaiement de George VI est lié à sa difficulté de s'affirmer.
L'anecdote du choix du nom de George VI est intéressante. La famille d'Angleterre, encore aujourd'hui sur le trône est d'origine germanique. L'on conseille à Albert Frederick Arthur George de choisir comme nom George VI, pour s'inscrire dans la lignée de son père bien aimé le roi George V et de ne surtout pas opter pour Albert, car ce nom sonne trop allemand.

Le Discours d'un roi

Le film fonctionne sur deux niveaux. D'un côté, l'on a George VI, qui amené à devenir roi à cause du comportement scandaleux de son frère, doit à prix résoudre son problème d'élocution pour devenir la voix de l'Angleterre et affronter Hitler et son régime nazi. De l'autre, il y a Bertie qui doit s'affirmer et résoudre son problème d'élocution pour lui-même.
Bref, l'apparence publique et l'intime se lient et s'opposent de manière brillante.

Le Discours d'un roi, c'est aussi l'histoire d'une personnalité : George VI, bègue depuis qu'il est enfant, il n'est pas fait pour être un personnage public et pourtant il est né prince.
L'on découvre rapidement qu'il est né gaucher, et qu'il a été forcé à devenir droitier. Tom Hooper explore aussi la relation que Bertie entretient avec les membres de sa famille. Son père, qui croit pourtant en lui, le brusque sans cesse et le bloque. L'affection est réprimée.
Le décalage de la personnalité de George VI avec son statut est à la fois drôle et poignante.
L'histoire de George VI est celle d'un homme qui doit surpasser son handicap pour assumer ses responsabilités et représenter dignement tout un peuple.

Le Discours d'un roi

L'on a rarement vu un personnage royal si intime, si proche du public.
Timide, croulant sous le poids de responsabilités trop lourdes pour sa personnalité sensible, et manquant de confiance en lui, l'on a de la peine lorsque l'on voit George VI devenir roi. L'on sait qu'il n'a pas le choix et que ce qui lui arrive est à la fois injuste et incroyable. Peu de personnes peuvent prétendre au trône d'Angleterre. Et il a fallu que le frère aîné de George VI préfère sa liberté à ses responsabilités pour qu'il devienne roi.
Le destin ne se joue parfois à pas grand chose. Si Édouard n'avait pas abdiqué, George ne serait pas devenu roi et l'actuelle reine d'Angleterre Élisabeth II, la fille de George VI ne serait aujourd'hui pas sur le trône
Les valeurs humaines sont renforcées par la période sombre qui se dessine (WWII) et par le monde duquel George VI est issu, où tout sentiment est réprimé, où tout est contenu et où l'apparence prime sur tout.

Le Discours d'un roi est aussi une histoire de classe. Lionel Logue, modeste orthophoniste débarqué d'Australie et George VI n'auraient jamais dû se rencontrer et encore moins devenir amis. La barrière des classes ne l'aurait jamais permis.
La relation purement professionnelle entre George VI et son orthophoniste va peu à peu devenir amicale. En effet, Lionel Logue est sans doute l'une des seules personnes qui s'adresse au roi avec sincérité. La vérité n'est pas toujours bonne à entendre mais elle porte souvent ses fruits.

Le Discours d'un roi

Colin Firth et Geoffrey Rush signent tous les deux une performance exceptionnelle et leurs échanges sont à la fois intéressants, inhabituels, décontractés et tendue à la fois et forts.
La personnalité de Lionel Logue, cet orthophoniste de l'ombre un peu original contraste avec celle de George VI, affectueusement appelé Bertie et qui doit se conformer à son statut royal. Et c'est de ce contraste que naît l'intensité de la relation entre les deux hommes.
Colin Firth est à la fois imposant par sa stature royale et frêle à cause de ses angoisses. Il doit se surpasser, assumer un rôle qu'il n'aurait jamais dû avoir, ne pas décevoir ses enfants, et trouver les bons mots. La transformation de George VI est à la fois mentale et physique. On le voit peu à peu prendre confiance en lui. Son visage crispé se relâche peu à peu et irradie soudain.
Geoffrey Rush est impertinent, drôle et attachant. Cet homme de l'ombre va pourtant devenir un véritable ami de George VI sur lequel il pourra compter.
Les rôles secondaires ne sont pas en reste.
Helena Bonham Carter, d'une sympathie incroyable est une femme dévouée à son mari qui remue ciel et terre pour le guérir. Elle l'aime et est fière de lui à chaque signe de progrès.
Timothy Spall, campe à la perfection Churchill. Son travail sur la voix est admirable !

Le Discours d'un roi

Le film est fluide, riche en thèmes et en émotions et d'une beauté époustouflante mais Tom Hooper ne manque pas de critiquer le regard anglais méprisant vis à vis de l'australien Lionel Logue.
La musique porte à merveille les sentiments du personnage principal. Elle accompagne son angoisse, sa fierté et son exaltation d'avoir réussi à prononcer son discours royal et sa contenance habituelle.

Tom Hooper joue sur une large palette d'émotions. L'on rit lorsque le futur George VI et son épouse se rendent à une réception organisée par Édouard VIII et sa compagne la sulfureuse et deux fois divorcée Wallis Simpson. Les bonnes manières sont abolies et l'on est étonné de voir que le nouveau roi Édouard VIII ne respecte pas son devoir.
Le rire se mélange judicieusement avec l'émotion lorsque l'on voit George VI et son épouse assister aux séances non conventionnelles de Lionel Logue.
L'on est ému, et presque fier lorsque George VI arrive enfin à faire son discours sous le regard attentif de son ami Lionel Logue.

Une vraie réussite !

Erin

 
 
 

Photos du film :