Réalisé par : Denis Villeneuve
Avec : Emily Blunt, Benicio Del Toro, Josh Brolin, Victor Garber
Sur un scénario de : Taylor Sheridan avec une musique de : Jóhann Jóhannsson
Genre : Action
Film Américain réalisé en 2015

 

 

Synopsis du film :
La zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique, l’équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre.

 
 

Analyse de film :

Critique :

Présenté au dernier festival de Cannes, Sicario s’intéresse au monde violent des cartels mexicains. Kate Macer qui travaille pour le FBI va être plongée dans un monde barbare et cruel qui est censé remettre en question ses convictions les plus profondes.

Sicario

Denis Villeneuve échoue complètement avec le personnage de Kate Macer. En effet, on ne croit pas bien longtemps à cet agent du FBI qui fait bien son boulot. Elle accepte d’intégrer un groupe d’élite bien décidé à arrêter quelques grands noms des cartels mexicains et mettre un terme aux massacres quotidiens. Présentée d’emblée comme une idéaliste, le personnage de Kate Macer se transforme rapidement en une oie blanche insipide qui semble découvrir le vrai visage du trafic de drogue : meurtres, trahisons, cruauté …. Cela semble très étonnant pour quelqu’un qui travaille depuis des années au FBI. Les situations extrêmes dans lesquelles Kate se retrouve sont censées remettre en question ses convictions mais ce n’est pas tellement le cas puisque Kate ne change pas de ligne de conduite. Pire, la scène finale où elle ose tenir tête à Alejandro avant de finalement céder et signer le papier qu’il lui demande, montre bien que Kate et ses convictions ne font pas le poids face à la violence et la peur de la mort.

Sicario

Le québecois échoue également à faire de Kate Macer une héroïne en tant que femme. Masculinisée à souhait, Kate ne participe pas activement aux actions du film. Elle est présente dans toutes les scènes mais elle ne fait pas avancer l’intrigue. Elle subit et fait la tête tout au long du film ! On peut la comprendre: toute l’affaire est contrôlée par des hommes qui passent leur temps à l’ignorer. On en vient même à se demander pour quelles raison ils se sont embêtés à l’engager pour ses qualités qui ne sont jamais exploitées. Pire, le réalisateur fait dire à l’un des personnages que Kate et Reg n’ont été recrutés que pour des raisons administratives. Pourtant, la scène du recrutement dure bien cinq minutes ! Quelle perte de temps ! Enfin, Kate Macer apparaît comme la gardienne de la morale.

Sicario

Alejandro, incarné par un brillant Benicio Del Toro, est un personnage réussi. D’abord mystérieux mais toujours inquiétant, on sait que l’on peut s’attendre à tout venant de sa part. Personnage pétri de haine et de violence, il est prêt à tout pour se venger de l’homme qui a fait décapiter sa femme et jeter sa fille dans une cuve d’acide. Il sera d’ailleurs diablement efficace au point de se demander : mais que fait la police ? L’opposition entre les méthodes musclées d’Alejandro et de ses collègues et la candeur de Kate permet d’interroger les limites des méthodes employées pour mettre un terme au trafic de drogue. Le constat est terrifiant. A cet égard, Alejandro dit qu’il s’agit d’un monde de loups. Il faut alors comprendre que pour vaincre le mal, il faut faire encore pire.

Sicario

Denis Villeneuve ne parvient pas à équilibrer correctement les différentes séquences de son film. En effet, il commence très fort avec l’intention de choquer le spectateur et le plonger d’emblée dans un monde sordide. Le réalisateur se plaît à filmer des dizaines de cadavres en gros plan. S’ensuit une explosion terrible. A nouveau le réalisateur en profite pour filmer les membres déchiquetés par l’explosion gisant au sol. Cette première scène donne le ton et semble pleine de promesses qui ne seront malheureusement pas tenues : l’enquête sera violente et sanglante.

Sicario

Une autre scène particulièrement réussie se trouve également au début du film . Il s’agit de celle où les agents spéciaux se rendent à Juarez. La ville est dévastée par la pauvreté, la drogue et la violence comme en témoignent ces corps mutilés et pendus à l’entrée de la ville. Denis Villeneuve réussit à créer une réelle tension tout au long de cette scène. On a véritablement l’impression que les agents ont fait une virée en Enfer et que cet enfer s’appelle Juarez. Là-bas, la mort peut surgir n’importe quand, n’importe où. La scène est particulièrement haletante. On le doit en grande partie à la musique de Jóhann Jóhannsson. On ne retrouvera pas une telle violence ni une telle tension dans le reste du film qui dans l’ensemble s’étire et s’étiole.

Sicario

Comme en témoignent les ellipses mettant en scène le policer mexicain et sa vie de famille, le film a tendance à s’égarer. En abordant de nombreux thèmes et en épousant divers univers visuels, Sicario traite de tout et au final de rien. Non seulement, Sicario apparaît comme inabouti dans le sens où Alejandro règle son problème personnel, intimement lié au trafic de drogue, seul mais surtout parce qu’aucun personne ne connaît de réelle évolution. Après avoir traversé toutes ces épreuves, les convictions de Kate Macer n’ont pas été heurtées.

Erin

 
 
 

Photos du film :