Réalisé par : Simon Curtis
Avec : Helen Mirren, Ryan Reynolds, Daniel Brühl, Katie Holmes
Sur un scénario de : Alexi Kaye Campbell avec une musique de : Martin Phipps et Hans Zimmer
Genre : Biopic
Film Britannique réalisé en 2015

 

 

Synopsis du film :
Lorsqu’il fait la connaissance de Maria Altmann, un jeune avocat de Los Angeles est loin de se douter de ce qui l’attend… Cette septuagénaire excentrique lui confie une mission des plus sidérantes : l’aider à récupérer l’un des plus célèbres tableaux de Gustav Klimt, exposé dans le plus grand musée d’Autriche, dont elle assure que celui-ci appartenait à sa famille ! D’abord sceptique, le jeune avocat se laisse convaincre par cette attachante vieille dame tandis que celle-ci lui raconte sa jeunesse tourmentée, l’invasion nazi, la spoliation des tableaux de sa famille, jusqu’à sa fuite aux États-Unis. Mais l’Autriche n’entend évidemment pas rendre la « Joconde autrichienne » à sa propriétaire légitime… Faute de recours, ils décident d’intenter un procès au gouvernement autrichien pour faire valoir leur droit et prendre une revanche sur l’Histoire

 
 

Analyse de film :

Critique :

Passé relativement inaperçu, La femme au tableau s’intéresse à l’histoire vraie de Maria Altmann, une septuagénaire d’origine autrichienne qui avait fui le régime nazi. A l’occasion du décès de sa sœur, elle retrouve des documents sur son histoire familiale et décide de récupérer le célèbre tableau Portrait d’Adele Bloch-Bauer I, peint par Gustav Klimt en 19., considéré comme La Joconde autrichienne. Adèle Bloch-Bauer était la tante de Maria Altmann. La tante Adèle apparaît immédiatement comme un personnage fascinant comme en témoigne sa beauté figée à tout jamais sous le pinceau de Klimt. Maria se lance donc dans un combat long mais légitime pour récupérer son patrimoine familial qui lui a été confisqué par le régime nazi pour avoir commis le crime d’être juive.

La femme au tableau

Simon Curtis se sert de l’histoire personnelle, de la petite histoire pour parler de l’Histoire avec un grand H que l’on tend à mettre de côté et oublier. Il fait intelligemment fusionner les souvenirs douloureux de Maria (l’Anshluss) lorsque cette dernière se rend en Autriche et les sentiments actuels de la septuagénaire. On comprend alors que récupérer ses biens spoliés serait simplement pour elle un simple juste retour des choses. Peu importe les millions de dollars, peu importe que l’Autriche perde l’un de ses joyaux artistiques. On se laisse convaincre par Maria interprétée par une bouleversante Helen Mirren qui met en avant l’importance de la mémoire familiale qui risque de s’éteindre avec elle.

La femme au tableau

Le réalisateur s’interroge sur les résonances de l’Histoire sur les histoires individuelles et personnelles. Deux faits apparaissent immédiatement inquiétants : le manque d’intérêt pour l’Histoire aussi douloureuse soit-elle, ce qui incarné par l’avocat Randy Schoenberg et la défense aveugle de l’Histoire de son pays sans réflexion, ce qui est incarné par plusieurs personnages autrichiens s’opposant farouchement à la restitution du tableau. Quelle importante doit-on accorder à l’Histoire ? Pardonner est-ce oublier ? Faire face au passé et assumer les conséquences n’est-il pas le moyen le plus efficace d’avancer ?

La femme au tableau

Le film traite aussi de la question d’identité. Notons que toutes les scènes se déroulant en Autriche sont tournées en allemand. A ce propos, Maria parle allemand dans sa jeunesse puis anglais après avoir immigré. Maria associe la langue à son identité. En effet, traumatisée, elle refuse de parler allemand lorsqu’elle voyage en Autriche car cette langue est associée à une période malheureuse.
A la fin du film, après avoir récupéré les tableaux et apaisé ses maux, Maria parle aussi bien l’anglais que l’allemand. Son identité est enfin complète. A cet égard, son père ne s’était pas trompé en lui disant lors de leurs adieux «Et maintenant, je parle anglais, la langue de  ton avenir ». La question de l’identité touche également Randy Schoenberg, jeune avocat d’origine juive et viennoise. Au début du film, seul son nom laisse transparaître ses origines et il semble peu préoccupé par l’Histoire et son histoire familiale. Il avoue même avoir accepté l’affaire uniquement pour l’argent. Son voyage à Vienne avec Maria va lui faire prendre conscience de ce lien très fort et très particulier avec ce tableau, dernier lien avec la communauté juive de Vienne. Il va finalement renouer avec ses racines. Enfin, on apprend que le portrait d’Adèle Bloch-Bauer a été rebaptisé « La dame en or » après avoir été dérobé par les nazis. C’était un moyen pour eux d’effacer complètement les Juifs de l’Histoire, de nier leur existence.

La femme au tableau

La femme au tableau est une belle réussite. Certes, le style est académique et le réalisateur cherche à nous faire verser une petite larme mais l’essentiel est là. Le contenu du film est fort intéressant et ce d’autant plus à une période aussi trouble que la nôtre où la question de l’identité semble fondamentale. Le film pose des questions essentielles sur notre rapport à l’Histoire et au patrimoine en général. Il démontre une fois de plus que l’art et la culture sont au cœur des conflits car ils sont le témoin de l’existence des sociétés. Enfin, La femme au tableau propose de magnifiques reconstitutions historiques. Je pense notamment à la scène de l’Anshluss ou encore à la reconstitution de l’appartement des parents de Maria.

Erin

 
 
 

Photos du film :