Réalisé par : Ron Howard
Avec : Chris Hemsworth, Benjamin Walker, Cillian Murphy, Brendan Gleeson, Ben Whishaw
Sur un scénario de : Charles Leavitt avec une musique de : Roque Baños
Genre : Action
Film Américain réalisé en 2015

 

 

Synopsis du film :
Hiver 1820. Le baleinier Essex quitte la Nouvelle-Angleterre et met le cap sur le Pacifique. Il est alors attaqué par une baleine gigantesque qui provoque le naufrage de l’embarcation. À bord, le capitaine George Pollard, inexpérimenté, et son second plus aguerri, Owen Chase, tentent de maîtriser la situation. Mais face aux éléments déchaînés et à la faim, les hommes se laissent gagner par la panique et le désespoir…

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Tout le monde connaît Moby Dick écrit par Herman Melville. En revanche, on connaît moins La Véritable Histoire de Moby Dick : le naufrage de l’Essex de Nathaniel Philbrick, qui inspira à Melville son plus célèbre roman. L’Essex était un baleiner américain, parti de l’île de Nantucket en 1819 pour une expédition de chasse à la baleine, qui a fait naufrage en 1820 à la suite de l’attaque d’un cachalot. L’équipage était mené par le capitaine George Pollard, le second capitaine Owen Chase et le lieutenant Matthew Joy. Le film de Ron Howard reprend plutôt fidèlement le récit de Nathaniel Philbrick. Seul le rescapé de l’Essex qui accepte de raconter son histoire change. En effet, Herman Melville ne s’est pas rendu chez Thomas Nickerson, le mousse âgé de 14 ans au moment du naufrage, pour obtenir le récit dont il avait besoin pour écrire son chef d’œuvre. Dans la réalité, Herman Melville, qui fut lui aussi marin, découvrit l’histoire de l’Essex de la bouche du fils d’Owen Chase.

Au coeur de l’océan

Il y a plusieurs films dans Au cœur de l’océan. Tour à tour, Ron Howard signe un film historique, un film d’aventure et un film de survie. Premièrement, le réalisateur s’intéresse à l’histoire qui a inspiré Moby Dick et réussit le pari fou de convaincre le spectateur qui a en tête la fiction Moby Dick que cette dernière est inspirée d’une histoire vraie. Pour ce faire, il propose de magnifiques reconstitutions à commencer par la ville de Nantucket, puis du baleiner L’Essex. L’aspect historique ne se limite pas aux reconstitutions. En effet, Au cœur de l’océan est un film sur une époque et sur les hommes vivant à cette époque. Aujourd’hui, il est bien difficile d’imaginer que des hommes allaient risquer leur vie pour aller chasser des baleines. Néanmoins, quand on y pense, le monde n’a pas tellement changé : des hommes riches continuent d’exploiter des hommes qui n’ont que la force de leurs bras pour survivre et le profit est une valeur qui fait tourner le monde. Il est également difficile d’imaginer l’horreur de la chasse même et de l’extraction du spermaceti loin de la terre ferme. Comme je le disais, c’est aussi un film sur les hommes, leurs choix, leurs actes et leurs valeurs. Ainsi, nous assistons à un bras de fer entre le capitaine George Pollard qui est inexpérimenté et Owen Chase, marin aguerri. George Pollard a le sens du commerce et ne pense d’abord qu’à la rentabilité d’une telle expédition. C’est pour cette raison qu’il précipite le navire tout droit dans une tempête et ce contre l’avis d’Owen Chase, qui sait le danger que représente une telle entreprise. Par la suite, Chase prouvera qu’il peut lui aussi commettre des erreurs en suivant sa propre obsession : le cachalot blanc. C’est en cherchant à le harponner que Chase cause la perte de l’Essex, des barils d’huile de baleine à bord et met en danger l’équipage. L’homme n’est finalement que la somme de ses actions et de ses décisions. Ainsi, on retiendra que le capitaine Pollard était un homme intègre et non un homme qui abusait de son statut pour imposer son autorité comme on le voit au début du film. L’homme est perfectible. Ron Howard semble intéressé par cette thématique en rappelant que l’homme est imparfait et en montrant que changer est possible. Ainsi, pour les besoins du film, Ron Howard fait de l’antipathique Owen Coffin, un homme égoïste qui ne souhaite pas donner à boire à un homme qui est presque mort, un homme capable de se sacrifier pour la survie de tous. Owen Chase, qui a toutes les caractéristiques du héros, comprend vite que le cannibalisme peut les sauver. Son renoncement à tuer le cachalot blanc est son salut.

Au coeur de l’océan

On retrouve dans Au cœur de l’océan des références religieuses intéressantes. Ron Howard parvient à faire des rappels au récit d’Herman Melville. Ainsi, il conserve l’association que Melville avait faite entre Moby Dick et Léviathan. Léviathan, souvent représenté sous la forme d’un serpent de mer, est le monstre du chaos primitif, capable de modifier l’ordre naturel du monde et de causer son anéantissement. En plus de rendre hommage au romancier américain, il semble évident que cette référence soit le moyen pour Ron Howard de traiter de problématique moderne. Les hommes ont exploité et exploite les richesses de la planète sans vergogne et sans conscience écologique. Aujourd’hui, on se rend compte que la Nature reprend ses droits et cause régulièrement des catastrophes terribles. Ron Howard semble avoir cette conscience écologique à l’esprit. Ainsi, l’équipage de l’Essex qui maltraite la Nature est puni lorsque cette dernière reprend ses droits. Métaphoriquement, le cachalot blanc représente la force de la Nature. Le film se termine d’ailleurs sur une référence moderne : la découverte d’un gisement de pétrole. A l’heure où la COP21 vient de se terminer, ce discours prend tout son sens et donne une autre dimension au film. Tous les hommes sont égaux devant la Nature surtout lorsqu’elle se déchaîne.

Au coeur de l’océan

Le récit de Jonas est également évoqué lorsque Thomas Nickerson est envoyé dans les entrailles du cachalot pour y extraire le spermaceti. Jonas a été avalé par une baleine. Il est une préfiguration du Christ et symbolise le repentir et le pardon. Le personnage de Thomas Nickerson qui conte le récit de l’Essex a besoin de se pardonner à lui-même ses actes de cannibalisme pour continuer à avancer et vivre sereinement. La fin justifie-t-elle les moyens ?

Au coeur de l’océan

Au cœur de l’océan est un très bon film d’aventure. On ne s’ennuie pas une seconde devant le récit des aventures de l’équipage de l’Essex. Les effets spéciaux sont magnifiques. Vu en 2D, je suis certaine que certaines scènes devaient être encore plus belles en 3D. Mais c’est également un très bon film de survie. En effet, la partie consacrée à la survie des naufragés est relativement importante et réaliste. On perçoit toute la douleur et toute la détresse des personnages.

Au coeur de l’océan

Enfin, je tiens à souligner l’humilité de ce film qui a bien plus de grandeur qu’il ne le prétend. Un mot également sur le casting absolument parfait à commencer par Chris Hemsworth. C’est également un plaisir de retrouver Brendan Gleeson, Ben Wishaw, Tom Holland et Cillian Murphy.

Erin

 
 
 

Photos du film :