Réalisé par : Todd Haynes
Avec : Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler, Jake Lacy, Sarah Paulson, John Magaro
Sur un scénario de : Phyllis Nagy avec une musique de : Carter Burwell
Genre : Drame romantique
Film Britannique réalisé en 2015

 

 

Synopsis du film :
Dans le New York des années 1950, Therese, jeune employée d’un grand magasin de Manhattan, fait la connaissance d’une cliente distinguée, Carol, femme séduisante, prisonnière d’un mariage peu heureux. À l’étincelle de la première rencontre succède rapidement un sentiment plus profond. Les deux femmes se retrouvent bientôt prises au piège entre les conventions et leur attirance mutuelle.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Adapté de The Price of Salt (Les Eaux dérobées) de Patricia Highsmith, Carol raconte la rencontre et la relation de Carol, une femme mariée d’âge mûr et de Therese, une jeune fille fragile en apparence. Carol, incarnée par l’excellente Cate Blanchett, est immédiatement présentée comme une femme forte, séductrice et sûre d’elle. En entrant dans le magasin de jouets, elle jette instantanément son dévolu sur la jeune Therese. Therese et Carol échangent quelques mots concernant des poupées puis des trains électriques. Carol a les yeux qui pétillent en regardant Therese. Therese, quant à elle, est bouleversée par cette rencontre mais elle n’a pas encore compris qu’il s’agit très certainement d’un coup de foudre. Mais voilà, l’histoire se déroule dans les années 1950 et les amours homosexuelles ne sont pas acceptées par la société. Le baiser tant attendu qui scelle généralement le début d’une histoire d’amour au cinéma n’arrive que tardivement. Pourtant, et grâce à son sens du détail, à sa sensibilité particulière, Todd Haynes parvient à nous faire ressentir le désir et l’amour que partagent Carol et Therese. La justesse des interprétations parfaites des actrices y contribue également. Ainsi, à travers la passion de Therese pour la photographie, le réalisateur nous permet de voir Carol telle que Therese la voit. Les clichés mettent en avant la beauté de Carol mais également l’adoration et l’admiration de Therese pour elle.

Carol

En dépit de ses apparences de film d’époque, Carol est un mélodrame résolument moderne notamment sur la question homosexuelle. En effet, Todd Haynes présente mais ne s’interroge jamais sur les mœurs de l’époque tant l’amour entre ces deux femmes est évident. A cet égard, la réflexion de Therese est très juste lorsqu’elle fait part à son ami Robert de ses réflexions sur l’amour. Quelle différence y-a-t-il à tomber amoureux d’un homme ou d’une femme ? Les sentiments ne se décident pas mais se vivent.

Carol

Dès le début du film, Carol assume son homosexualité. Elle a déjà eu une relation homosexuelle avec son amie d’enfance Abby (Sarah Paulson). Au moment où elle rencontre Therese, son mariage a déjà pris l’eau. Dès que son mari Harge découvre l’existence de Therese, il la considère comme un danger potentiel pour son ménage car il connaît bien sa femme. Alors que ce dernier va mettre sa femme à rude épreuve pour ne pas divorcer, pour maintenir l’image de sa famille, Carol ne va jamais céder sur son homosexualité car elle fait partie de sa personnalité. Pour ne pas perdre le droit de voir sa fille, elle accepte de consulter un psychiatre pour soigner sa « déviance » mais lorsqu’elle se rend compte que les négociations tournent autour de sa soi-disant moralité, elle s’impose : oui, elle aime une femme mais ce n’est pas incompatible avec le fait d’être une bonne mère. Elle souhaite avoir un droit de visite aussi souvent qu’elle le souhaite, sous surveillance ou non mais elle ne renoncera pas à ce qu’elle est. C’est sans aucun doute la plus belle scène du film lorsque Carol qui expose pour la première fois sa souffrance, pose ses conditions tout en refusant de se conformer à l’ordre social et donc à renoncer à ce qu’elle est.

Carol

Au-delà de la thématique sur les relations homosexuelles dans les années 1950, le film dresse plus simplement des portraits de femmes. D’un côté, il y a Therese qui est jeune et malléable mais aussi libre comme l’air. De l’autre, il y a Carol, une femme forte qui a toujours assumé ce qu’elle était tout en ayant pu fonder une famille. Lorsqu’elle décide de vivre sa relation avec Therese, elle va devoir surmonter une série d’obstacles. Cela commence par la garde de sa fille. Avec son divorce, c’est également son statut social qui est en jeu. Bref, à travers ce divorce, Todd Haynes montre ce qu’est la vie d’une femme à cette époque. Tout d’abord, une femme dépendait très souvent de son mari. C’est l’une des différences entre Carol et Therese. En cas de divorce, une femme perdait tout : l’argent, son statut social mais aussi son statut moral. Carol est un personnage extrêmement touchant car elle porte en elle le désir profond de liberté mais elle est constamment bridée par la société et les mœurs de son époque. Néanmoins, Carol a l’intelligence d’utiliser cette menace de la perte du statut social qu’entrainerait un divorce contre son mari.

Carol

Le film explore le développement d’une relation amoureuse. Alors que Carol domine la relation, Therese elle est en proie au doute. Ainsi, lorsqu’elle est aux côtés de sa bien-aimée, toutes ses inquiétudes semblent s’être envolées. En revanche, lorsqu’elle se retrouve seule, elle vit des moments de doute et d’anxiété qui ont parfois quelque chose de douloureux. Comme on peut le constater sur les photographies prises par Therese, Carol est une belle femme qui attire le regard mais sa maturité, sa force, sa confiance en elle peuvent aussi effrayer.

Carol

La structure du film est intéressante et crée un certain suspense. En effet, Todd Haynes fait au croire à tort aux spectateurs qu’il ouvre son film sur la fin c’est-à-dire sur l’éventuelle rupture entre Carol et Therese mais ce ne sera pas le cas. Ce choix de montage est très pertinent car il permet de mettre en avant l’évolution des personnages, et de Therese en particulier. En effet, au début du film, alors qu’elle vient de choisir le même plat que Carol, Therese avoue elle-même qu’elle est incapable de prendre une décision. Par la suite, lorsque Carol décide de s’éloigner d’elle pour régler ses affaires familiales, elle ne cherche à contester sa décision même si elle en souffre. Ainsi, le suspense est à son comble quand Carol lui donne rendez-vous dans un restaurant, lui propose de continuer leur histoire et de s’installer avec elle. La balle est désormais dans le camp de Therese. A nouveau, c’est avec subtilité que Todd Haynes va filmer la décision prise par Therese. En filmant sa gestuelle gracieuse et un jeu de regards entre les deux amantes, Todd Haynes montre que la fragile jeune femme a évolué, qu’elle est désormais capable de décider et d’assumer une relation jugée scandaleuse à son époque.

Carol

Carol est un chef d’œuvre d’émotion et de sensibilité sur l’amour et une époque désormais disparue. A ce titre, les costumes, l’atmosphère des rues de Cincinnati, les coiffures, le maquillage et etc … sont parfaits si bien que l’on a l’impression d’être dans les années 1950. Mélodrame moderne, le film est porté par deux actrices exceptionnelles dont le Festival de Cannes n’a récompensé à tort que Rooney Mara, alors que les performances sont indissociables du duo. Comment le jury cannois a-t-il pu passer à côté de l’élégance, du travail sur la voix et le phrasé, de la gestuelle et de la force de Cate Blanchett ?

Erin

 
 
 

Photos du film :