Réalisé par : Vicente Aranda
Avec : Simón Andreu, Maribel Martín, Alexandra Bastedo, Dean Selmier
Sur un scénario de : Vicente Aranda avec une musique de : Antonio Pérez Olea
Genre : Horreur
Film Espagnol réalisé en 1975

 

 

Synopsis du film :
Susan vient de se marier. Elle décide de s’installer dans le manoir de son mari. A peine arrivée dans la demeure de son cher époux, Susan apprend par la domestique, l’existence d’une certaine Carmilla, l’ancêtre de la famille. Cette dernière, aurait jadis tué son mari pour de mystérieuses raisons d’ordre sexuel. Le soir, Susan fait souvent le même cauchemar. Elle croit y voir Carmilla en train de lui faire subir les pires tortures corporelles comme l’automutilation et autres actes de barbaries. Mais que se cache-t-il derrière cette sanglante histoire ?

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Basé sur le roman Carmilla de Sheridan Le Fanu, auteur irlandais du 19ème siècle qui s’intéressa aux vampires quelques années avant que Bram Stocker n’écrive son célèbre Dracula, La mariée sanglante raconte l’histoire d’un couple fraîchement marié. A leur arrivée, Susan aperçoit une femme étrange se promenant dans les jardins de l’hôtel. Dès le soir de leur nuit de noces, Susan, jeune femme blonde et au visage enfantin, symbole même de l’innocence angoisse à l’idée de passer sa première nuit avec son époux. A peine rentrée dans sa chambre d’hôtel, Susan imagine qu’un homme l’agresse et abuse d’elle. Après cet événement, le couple décide d’aller passer quelques jours dans le manoir d’enfance du mari. C’est là bas que Susan passera sa nuit de noces et perdra sa virginité. Évidemment, les symboles phalliques abondent tout au long du film et apparaissent souvent comme une menace pour Susan, ce qui témoigne bien d’une angoisse liée à l’acte sexuel. De plus, son mari, qui au passage n’a pas de nom et qui n’existe donc qu’à travers sa fonction de mari et son sexe masculin, apparaît comme un homme menaçant à la limite pervers . A chaque fois qu’il se retrouve seul avec Susan, une tension sexuelle est palpable. Une chose est sûre, Susan évite soigneusement tout contact après sa nuit de noces et semble de plus en plus craindre son époux. Il est évident que Susan a peur des désirs de son mari plus expérimenté qu’elle et de ses propres désirs. Son comportement va évoluer lorsqu’elle se met à rêver de Mircala lui offrant un poignard pour tuer son mari.

La mariée sanglante

En ce qui concerne les femmes du film, il est important de noter qu’une étrange rumeur circule sur les femmes de la famille du mari. Au 18 ème siècle, l’une de ses ancêtres Mircala Kernstein a assassiné son mari le soir de leur nuit de noces car il voulait lui faire faire des choses innommables. Plus tard, c’est la grand-mère du mari de Susan qui avait tenté d’empoisonner son époux. Bref, dans cette famille, les femmes sont perçues comme des êtres dangereux. C’est pour cette raison que tous les tableaux des femmes de cette famille ont été descendus à la cave. Bref, un contexte misogyne est présent. Lorsque Susan et Carmilla (qui est en fait Mircala) se rencontrent, il devient évident qu’il est question de libération sexuelle. Le film s’oriente alors vers le genre très en vogue à l’époque du film de vampire mettant en scène des lesbiennes. Tourné en plein régime franquiste, La mariée sanglante est donc un film audacieux et un vrai pamphlet féministe.

La mariée sanglante

La mariée sanglante peut également être compris comme un film d’opposition au franquisme. Tourné en 1972, soit seulement trois ans avant la fin du régime de Franco, le film propose une métaphore du franquisme. Pour commencer, le mari de Susan apparaît comme une figure du franquisme. Plus âgé que sa femme, il se montre violent, dominateur et abusif. En dépit du harcèlement sexuel qu’il fait subir à sa femme, il est un fervent catholique.Il a donc toutes les qualités requises pour être un parfait franquiste. Susan qui rêve d’affranchissement et de liberté peut être une allégorie de l’Espagne. Elle fait même figure de résistante en repoussant les assauts de son mari qui tente de la soumettre et la posséder.

La mariée sanglante

Subtil film d’opposition au franquisme, La mariée sanglante ne révolutionne pas le genre mais a le mérite d’être un film audacieux et engagé à la fois contre le franquisme et pour la libération sexuelle. Enfin, le film s’ouvre sur une citation de Platon qui explique à elle seule une partie du film : « Les bons sont ceux qui se contentent de rêver ce que les méchants font en réalité ».

Erin

 
 
 

Photos du film :