Réalisé par : Paolo Sorrentino
Avec : Michael Caine, Harvey Keitel, Rachel Weisz, Paul Dano, Jane Fonda
Sur un scénario de : Paolo Sorrentino avec une musique de : David Lang
Genre : Drame
Film Italien réalisé en 2015

 

 

Synopsis du film :
Fred et Mick, deux vieux amis approchant les quatre-vingts ans, profitent de leurs vacances dans un bel hôtel au pied des Alpes. Fred, compositeur et chef d’orchestre désormais à la retraite, n’a aucune intention de revenir à la carrière musicale qu’il a abandonnée depuis longtemps, tandis que Mick, réalisateur, travaille toujours, s’empressant de terminer le scénario de son dernier film. Les deux amis savent que le temps leur est compté et décident de faire face à leur avenir ensemble. Mais contrairement à eux, personne ne semble se soucier du temps qui passe…

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

J’ai tant aimé le cinéma de Paolo Sorrentino jusqu’à présent et je suis allée voir Youth confiante comme jamais. Ma déception a été terrible. Autant j »avais aimé ses précédents films, autant j’ai trouvé que Youth était une caricature médiocre du cinéma du réalisateur italien, comme si ce dernier s’était parodié.

Youth

Youth ou La giovinezza signifie « La jeunesse » mais n’en parle jamais. En effet, le film se contente d’opposer la jeunesse des corps aux signes divers et variés de la vieillesse, et limite ces deux concepts à la beauté et la déchéance du corps humain. Paolo Sorrentino a 45 ans et ne connaît visiblement rien à la vieillesse ni aux personnes âgées. Pour combler le manque de consistance de son scénario, il se contente d’amasser le plus de clichés possibles sur la vieillesse. Ainsi, il met en scène Fred Ballinger, un chef d’orchestre à la retraite, aigri au possible et qui attend paisiblement la mort et son ami Mick, réalisateur qui est toujours actif et prépare son film testament. Tous deux se retrouvent dans un centre de cure cinq étoiles en Suisse. Là, tout le personnel est au petit soin pour remettre les pensionnaires en forme. Le temps passe et tout le monde s’ennuie. Fred va sans entrain suivre les différents soins proposés par les médecins et écoute les problèmes de cœur de sa fille Lena. Il s’obstine à refuser de jouer pour la reine d’Angleterre. Mick invente chaque jour une fin différente pour son chef d’œuvre autoproclamé. Une masseuse danse devant sa console chaque soir. Un jeune acteur meure d’ennui et de dépression davantage chaque jour qui passe. Un couple de bourgeois ne s’adresse jamais la parole. Un moine tibétain lévite. Miss Univers débarque et dévoile un fessier parfait. Une vieille actrice cupide vient dire ses quatre vérités à Mick. Bref, tout ce petit monde évolue paisiblement dans le centre et s’ennuie profondément au point d’ennuyer le spectateur confortablement installé dans son siège et luttant désespérément contre le sommeil. Le premier reproche que l’on peut faire à Sorrentino est son manque évident de structure. Les journées ont beau se ressembler, les scènes s’enchaînent mal et sans lien apparent. La caméra de Sorrentino papillonne , hésite constamment et filme finalement un peu de tout. L’ensemble apparaît comme un fourre-tout d’une grande beauté esthétique mais profondément incohérent. Le film multiplie les intrigues secondaires sans jamais vraiment s’y intéresser, ce qui a pour conséquence de donner une impression de remplissage.

Youth

J’entends déjà les critiques me dirent que je n’ai rien compris à l’ironie du film. Sorrentino serait d’ailleurs le premier à me le reprocher puisque ce dernier à déclarer à 20 Minutes : « Le titre est bien évidemment ironique. Je l’ai choisi parce que je crois qu’on a souvent du mal à réaliser qu’on a vieilli parce qu’on se voit éternellement jeune. » Si Sorrentino a basé son film sur ce constat, alors je comprends mieux pour quelle raison le film passe complètement à côté de son sujet. Qui ne réalise pas que le temps passe ? Tout est fait dans ce monde capitaliste pour nous vendre de quoi combattre les effets du temps qui passe. Alors, certes le temps passe vite et on ne s’en rend pas toujours compte mais pas à ce point ! On ne réalise pas comme par magie à 80 ans que les années ont passé. C’est une prise de conscience progressive.

Youth

Sorrentino, conscient des mauvaises critiques a tenté de se défendre : «Je crois que mes films de manière générale plaisent plus à ceux qui font du cinéma qu’aux critiques. Je pense également qu’une partie de la critique a un problème avec le beau. Je m’explique: selon eux, le beau ne peut pas être le vrai. Moi, je soutiens l’idée inverse. Pour moi, le beau et le vrai vont ensemble. Même dans les choses horribles, terribles, mais qui sont vraies, se cache toujours de la beauté…»

En ce qui me concerne, je ne crois pas que le problème de Youth réside dans la manière dont Sorrentino filme la soi disant beauté de la vieillesse. A mon sens, ce qui pose véritablement problème est le caractère subjectif de la beauté. En effet, le réalisateur napolitain s’efforce de dire qu’il a voulu filmer la beauté là où beaucoup ne la voit pas c’est à dire ici la vieillesse. Or, Sorrentino ne fait jamais ressortir la beauté de ces corps vieillis et fatigués. Il filme des hommes aigris et désespérés par la perspective même de la mort. Il fait dire à ses personnages que la jeunesse n’est qu’un souvenir lointain. Enfin, il ose même filmer une femme âgée dans un état catatonique. Médicalement, elle est vivante mais son esprit est ailleurs, il est déjà mort. A aucun moment film, le réalisateur ne parvient à faire émerger la beauté de ces corps âgés simplement parce qu’il ne les filme qu’en contraste avec la beauté de la jeunesse. Il ne les filme jamais pour ce qu’ils sont, c’est à dire le reflet de l’expérience et de la sagesse.

Youth

A bien y réfléchir, et à l’exception des paysages, il n’y a rien de beau dans le film de Sorrentino. Par exemple, les corps féminins sont filmés comme des exemples de beauté. Une femme ne se résume pas à ses courbes et toutes les femmes du film sont laides de l’intérieur. L’actrice Brenda Morel est effrayante tant qu’elle a subi d’opérations de chirurgie esthétique mais en plus elle est d’une cupidité et d’une vulgarité sans nom. Lena, la fille de Fred Ballinger, est présentée comme une belle femme capable de prononcer des mots affreux à son père et de lui avouer qu’elle est bonne au lit. Miss Univers a beau vanté son physique sans défaut, elle apparaît comme une petite garce prétentieuse. Paloma Faith est l’archétype même de la chanteuse attirante mais complètement stupide.

Youth

A mon sens, l’échec de Youth réside sans aucun doute dans le fait que Sorrentino passe clairement à côté de son sujet : la vieillesse. En effet, le réalisateur s’intéresse à Mick et Fred qui sont conscients du temps qui passe et donc de la mort qui plane. Il survole les préoccupations de ces deux personnages principaux et préfère largement s’intéresser à des intrigues secondaires sans intérêt. Il ne parvient jamais à ancrer son film dans une démarche de réflexion philosophique sur l’existence même de l’homme et que Malraux a nommé la condition humaine, cette condition qui provoque tant d’angoisses. De plus, le film se perd et se met soudainement à critiquer l’aspect capitaliste de notre société en exposant les curistes en ligne et les employés travaillant à la chaîne.

Youth

Je crois que l’un des thèmes principaux de Youth est la relation de l’art à l’éternité. En effet, les personnages meurent mais leur art reste et perdurera. C’est dans ce sens que j’ai compris les deux dernières scènes mettant en scène Mick et Fred. Après le suicide de Mick, Sorrentino propose une scène dans la montagne où se retrouvent les différents personnages qui ont peuplé les films de Mick. Ce dernier a beau avoir disparu, son œuvre perdurera et ces personnages existeront à tout jamais le temps d’un film. Fred, qui est à la retraite et qui a d’abord refusé de jouer pour la reine ses chansons simples car ces dernières ont été composées pour son épouse, désormais incapable de chanter. Au moment même où il entame ses chansons simples, la musique est identique à celle que l’on a entendu tout au long du film et prouve à Fred qu’il vivra toujours à travers ses chansons simples.

Youth

Le film comme la plupart des dialogues sonnent faux. Le film se perd dans des réflexions stériles sur le temps qui passe. Par exemple, il se sert de la longue-vue pour symboliser le temps futur et le temps passé. Pour Mick, ce qui semble loin c’est la jeunesse et ce qui semble près est le futur. Or, il ne s’agit que d’une perception personnelle et non d’une vérité générale. En effet, pour la plupart des jeunes, c’est plutôt le contraire. La vie et le futur paraissent loin alors que le passé est proche. Tout est donc une question de perception.

Youth

La relation entre Fred et sa fille Lena donnent lieu à des dialogues cyniques et délicieux mais auxquels on ne croit pas, tout comme on ne croit pas à leur relation paradoxale. Comment peut-on rester insensible à ce point quand un être cher dit autant de méchancetés ?

Youth

Enfin, la phrase «L’émotion, c’est tout c’qu’on a » revient comme un leitmotiv tout au long du film. En effet, l’émotion est ce qui nous rend vivant mais cette réplique rappelle cruellement à quel point le film manque d’émotion. On ne rit jamais avec les personnages. On ne pleure pas non plus avec eux. En fait, on reste complètement indifférent à leur destin.

Youth est une coquille vide et ennuyeuse. Pire, Sorrentino tombe dans la prétention et on a, à plusieurs reprises, l’impression que le réalisateur tente de nous donner des leçons de cinéma alors que ce dernier ne parvient ni à proposer de structure cohérente, ni de personnages emblématiques, ni de scénario solide et ni d’émotion.

Erin

 
 
 

Photos du film :