Réalisé par : William Friedkin
Avec : Ellen Burstyn, Max von Sydow, Lee J. Cobb, Kitty Winn, Jack MacGowran, Jason Miller, Linda Blair
Sur un scénario de : William Peter Blatty avec une musique de : Steve Boeddeker
Genre : Horreur
Film Américain réalisé en 1974

 

 

Synopsis du film :
En Irak, le Père Merrin est profondément troublé par la découverte d’une figurine du démon Pazuzu et les visions macabres qui s’ensuivent. Parallèlement, à Washington, la maison de l’actrice Chris MacNeil est troublée par des phénomènes étranges : celle-ci est réveillée par des grattements mystérieux provenant du grenier, tandis que sa fille Regan se plaint que son lit bouge. Quelques jours plus tard, une réception organisée par Chris est troublée par l’arrivée de Regan, qui profère des menaces de mort à l’encontre du réalisateur Burke Dennings. Les crises se font de plus en plus fréquentes. En proie à des spasmes violents, l’adolescente devient méconnaissable. Chris fait appel à un exorciste. L’Église autorise le Père Damien Karras à officier en compagnie du Père Merrin. Une dramatique épreuve de force s’engage alors pour libérer Regan.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

L’Exorciste est sans aucun doute l’un des films d’horreur les plus connus et les plus respectés. Il s’agit de l’adaptation de L’Exorciste écrit par William Peter Blatty qui s’inspira d’un article de 1949 à propos de l’exorcisme de Robbie Mannheim. Le livre connut un succès fou et se vendit à 13 millions d’exemplaires rien qu’aux États-Unis.

L’Exorciste

Si le film a également connu un grand succès auprès du public c’est qu’il réussit le pari de réunir tous les ingrédients nécessaires pour effrayer le spectateur au maximum. Tout d’abord, William Friedkin s’est efforcé de rendre son film crédible et de lui donner un aspect quasiment documentaire. Ainsi, de nombreuses scènes sont filmées caméra à l’épaule, et avec une lumière naturelle. Il s’efforce également de filmer le quotidien banal de Chris et sa fille Regan et soudainement bousculé par le comportement aussi inquiétant qu’étrange de Regan. Avant d’orienter le film sur le chemin de l’horreur, du fantastique et de l’exorcisme, William Friedkin prend le parti de montrer comment Chris tente de gérer la situation en consultant des médecins qui diagnostiquent d’abord des troubles du comportement avant de se rendre à l’évidence : Regan souffre d’un mal d’origine paranormale et seul l’exorcisme semble être la solution. Une chose est sûre : le cas de Regan défie les lois de la science.

L’Exorciste

La mise en scène de Friedkin instille subtilement la peur, lentement et à petites doses et réserve quelques scènes particulièrement effrayantes. Ainsi, le film s’ouvre sur une scène en Irak où l’on voit le père Merrin découvrir une statuette de la divinité Pazuzu. En choisissant d’ouvrir son film sur des fouilles archéologiques, le réalisateur ancre son film dans une réalité à laquelle on peut

croire. De plus, Pazuzu est une divinité que l’on trouvait en Mésopotamie au 1er millénaire avant

J.C. Pouvant à la fois être une divinité protectrice et le roi des

L’Exorciste

démons, Pazuzu est décrit comme le roi des démons du vent et en particulier des vents froids. Il est même présent dans des rituels d’exorcisme. Bref, même sans avoir connaissance de ces détails, la manière dont ils sont mis en scène accentue l’aspect documentaire du film.

Après cette scène d’introduction, le film présente Chris et sa fille Regan dans leur quotidien. Chris est présentée comme une actrice qui travaille beaucoup et qui élève seule sa fille. La vie dans cette maison apparaît comme tout à fait banale. Et c’est le contraste entre cette petite vie tranquille et le brusque changement à venir qui est saisissant. En fait, on a l’impression que le mal peut frapper n’importe où, n’importe qui et n’importe quand. S’ensuit la dégradation de l’état de Regan à laquelle Chris, les médecins et nous-mêmes assistons impuissants. Plus l’état de Regan se dégrade, plus les images deviennent choquantes. Peu à peu, la petite fille disparaît et prend les traits du démon. Sa respiration devient bruyante et haletante comme celle d’un animal. Son regard devient assassin. Elle enchaîne les comportements étranges et effrayants : elle tourne sa tête à 360°, elle descend les escaliers comme une araignée et elle est prise de convulsions de plus en plus violentes. Elle profère des injures abominables et opte pour un comportement choquant. A cet égard, la scène où Regan s’enfonce un crucifix dans le vagin en disant « Let Jesus fuck me » est très parlante. En dehors de ces scènes marquantes, le film possède une ambiance glaciale qui permet de maintenir le spectateur dans un état de tension permanent. On le doit notamment à la photographie bleutée d’Owen Roizman et à l’utilisation d’une chambre froide pour créer la chambre de Regan. Il y fait si froid, ce qui est synonyme de mort, que de la buée sort abondamment de la bouche des acteurs. Enfin, le thème composé par Mike Oldfield, et que l’on confond parfois avec celui d’Halloween de John Carpenter glace le sang.

L’Exorciste

L’Exorciste va au delà du film d’horreur classique. Réalisé en 1973, l’Exorciste est également un film sur son époque et en particulier sur l’instabilité d’une époque. Alors que les années 1970 sont généralement présentées comme libératrices, elles apparaissent ici comme inquiétantes car propices au changement. Tout d’abord, la valeur de la famille ne semble être plus qu’un lointain souvenir. Chris est une femme divorcée qui élève seule sa fille et à laquelle elle n’a apparemment pas beaucoup de temps à consacrer. Regan souffre de l’absence de son père. Et à cet égard, je dois dire que j’ai trouvé l’analyse de Dvdclassik très pertinente. Pour résumer, Burk Denning, le père Karras et le père Merrin sont toutes des figures paternelles pour Regan. Ils seront tous rejetés par Regan et connaîtront la mort.

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Deuxièmement, les années 1970 sont connues pour être les années hippies vantant les mérites de la libération sexuelle et par conséquent d’un strict code moral. Il semble y avoir dans le film un mépris des traditions religieuses. En effet, Regan n’est même pas baptisée. La religion est également remise en question au sein même des hommes d’église qui n’ont pas franchement un comportement irréprochable : alcool et cigarette. Enfin, c’est surtout la crise que traverse Damien Karras qui est surprenante. Après avoir perdu sa mère, le père Karras est complètement déstabilisé, en proie au doute au point de remettre en question sa foi. Il se rendra même compte de la perte de sa foi, ce qui est désarmant pour le spectateur qui se demande comment cet homme, qui n’a pas la force nécessaire pour combattre ses démons, va bien pouvoir venir en aide à une petite fille possédée par un démon.

L’Exorciste

Troisièmement, il est possible que le film matérialise les préoccupations de l’époque quant à la guerre du Vietnam qui a été un véritable enfer pour l’armée américaine. 

Enfin, Regan est une adolescente en proie au changement et à la découverte de sa sexualité, ce qui se fait brutalement à en juger la scène du crucifix que Regan s’introduit dans le sexe. Il n’est pas facile pour un parent de voir son enfant grandir et il est encore plus difficile d’être confronté à sa sexualité. Dans le film, Regine, la mère de Regan est brutalement rattrapée par la réalité : sa fille est désormais une adolescente qui évolue dans une société où les valeurs morales se perdent.

L’Exorciste

Bref, le film se déroule à une époque où les valeurs font défaut et font place à du changement, ce qui est propice aux angoisses. Le classique combat du Bien contre le Mal s’étend donc à toute la société : une société puritaine rassurante contre une société moderne sans valeurs inquiétante.

L’Exorciste

Enfin, le film aborde la question de la foi. Damien Karras est considérablement affecté par la mort de sa mère et il est depuis confronté à un fort sentiment de culpabilité. Pire, il confie même avoir perdu la foi. Dans ces circonstances, la scène de sa mort est magnifique. Le père Karras est un homme affaibli qui lutte contre ses démons et participe à un exorcisme. L’exorcisme ne se fait pas sans difficulté et même l’expérimenté père Merrin a bien du mal à gagner la lutte contre le démon qui finit par le tuer alors que Regan est à deux doigts du coma. Lorsque Damien Karras découvre le corps sans vie de son collègue, il décide de se sacrifier pour sauver Regan en demandant au démon de le posséder lui plutôt que Regan. Puis, il se jette par la fenêtre. C’est un acte de courage, d’amour et de foi extrêmement puissant auquel assiste le spectateur stupéfait. Au final, et en dépit de toutes les horreurs et blasphèmes montrés à l’écran, L’exorcisme se termine bien et se révèle être un film positif quant à la question religieuse. En effet, seule la foi est capable de triompher du mal.

L’Exorciste

L’Exorciste est donc une magnifique réussite pour son époque qui n’a pas pris une ride avec le temps. Le temps a passé mais on se rend compte que les peurs et les inquiétudes ont finalement peu évolué. L’Exorciste est un grand film, un classique qui mérite d’être vu et revu.

Erin

 
 
 

Photos du film :