Réalisé par : Michael Moore
Avec :
Sur un scénario de : Michael Moore avec une musique de : Jeff Gibbs
Genre : Documentaire
Film Américain réalisé en 2004

 

 

Synopsis du film :
Ce documentaire s’attaque de plein fouet aux problèmes brûlants de l’Amérique. La caméra de Michael Moore filme avec scepticisme le Président George W. Bush et ses propres conseillers. Prenant pour point de départ l’élection controversée de 2000, le réalisateur retrace l’improbable ascension d’un médiocre pétrolier texan devenu maître du monde libre. Puis il ouvre la boîte de Pandore du Président et révèle les liens personnels et financiers qui unissent la famille Bush à celle de Ben Laden. Michael Moore y dénonce également les méfaits du Patriot Act et les souffrances provoquées par la guerre en Irak.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

L’art comme arme

Le cinéma

La réputation de Michael Moore n’est plus à faire. Depuis Bowling for Columbine, le réalisateur originaire de Flint, Michigan est bien connu du grand public pour son militantisme à toute épreuve. Dans Fahrenheit 9/11, Palme d’or 2004, il s’intéresse aux événements ayant précédé ou ayant découlé des attentats du 11 Septembre 2001. Dès le générique, Michael Moore cherche à montrer qu’il n’a rien perdu de sa superbe et expose clairement ses intentions. En montrant les divers protagonistes travaillant dans les instances dirigeantes en train de se préparer, le réalisateur met en avant le fait qu’il va s’efforcer de montrer ce qui se cache derrière les images que nous montrent tour à tour les médias, les publicitaires et etc …. Bref, et c’est sans aucun doute l’un des points forts du film, Fahrenheit 9/11 va au delà du documentaire acerbe et critique, il propose une véritable méthodologie de l’analyse de l’image. Il démontre notamment comment il est possible de manipuler le public par le biais d’images en procédant à un décalage entre ce que l’on voit à l’écran et ce que l’on entend au même moment grâce à la voix de Michael Moore. Ce procédé a l’avantage de créer de l’ironie et il est abondamment utilisé par le réalisateur.

Le montage est sans aucun doute le point fort du film comme en témoigne la scène d’ouverture du film. Alors que nous avons tous en tête les images des attentats du 11 Septembre 2001, Michael Moore a fait le choix de ne pas montrer ces images sans doute pour qu’on ne puisse pas y reprocher un quelconque aspect sensationnaliste. Ainsi, le réalisateur a décidé de tout miser sur le son et le contre-champ pour cette scène. En effet, on peut entendre en fond des bruits extrêmement forts et rappelant que le chaos est en train de se produire. A l’écran, on ne verra jamais les tours mais seulement des visages ahuris et terrifiés et des anonymes écroulés face à ce désastre trop lourd à supporter.

La littérature : les œuvres dystopiques

Le film de Michael Moore fait directement référence à deux œuvres majeures ayant pour point commun d’être des dystopies : Fahrenheit 451 de Ray Bradbury et 1984 de George Orwell. En effet, ces deux œuvres s’intéressent à des sociétés futures traversant des temps sombres. L’une des premières scènes du film ; celle où l’on voit des pages brûlées voler dans les airs après les attentats du 11 Septembre, fait directement référence à l’œuvre de Bradbury Il sera donc question de privation de liberté.

Enfin, Fahrenheit 9/11 se conclut sur cette phrase extraite de 1984 de George Orwell : « La guerre est engagée par chaque groupe dirigeant contre ses propres sujets et l’objet de la guerre n’est pas de faire ou d’empêcher des conquêtes de territoires, mais de maintenir intacte la structure de la société. Tout ce qui est nécessaire c’est que l’état de guerre existe» . Il est très pertinent d’utiliser une telle citation pour conclure un film. Tout d’abord, on a l’impression que la dystopie d’Orwell est devenue notre quotidien et il est relativement effrayant de se dire que de telles prédictions se sont désormais produites. De plus, cette citation apparaît comme la conclusion logique de tout ce qui a été précédemment démontré par le réalisateur américain. En effet, Michael Moore met en avant la question suivante : quel était l’intérêt pour les États-Unis d’aller faire la guerre en Irak ? Après avoir exposé quelques arguments d’ordre économiques, le réalisateur va plus loin et répond à une autre question que se posent souvent les gens : pourquoi les Américains sont-ils toujours en guerre ? La réponse vient d’Orwell : la guerre est nécessaire pour maintenir la hiérarchie sociale dans la société.

Fahrenheit 9/11

La présidence de George W Bush

Michael Moore s’attaque à la présidence de George W Bush à partir du moment même où il a été élu. En effet, le film s’intéresse à l’ élection présidentielle en 2000 et qui opposaient George W Bush à Al Gore. Cette élection a été fortement marquée par des soupçons de triche et de corruption. En effet, comme le rappelle le film, Al Gore a été annoncé vainqueur de l’État de Floride puis la presse s’est ravisée en annonçant le contraire. Alors que l’on peut concevoir que l’erreur est humaine, on conçoit beaucoup plus difficilement qu’une telle erreur puisse se produire lors de l’élection présidentielle sur l’État dont les résultats sont déterminants pour l’élection de l’un des deux candidats. Cette erreur est encore moins concevables quand l’on sait que Jeb Bush, le frère de George W Bush est gouverneur de la Floride à ce moment-là. De plus, George W Bush est le troisième président à avoir été élu avec moins de voix que son adversaire au plan national. Ce fut aussi le cas de Rutherford B Hayes et de Benjamin Harrison. Après avoir passé le cap de l’élection, le réalisateur s’efforce de montrer que George W Bush est illégitime comme président puisque ce dernier a apparemment passé beaucoup de temps en vacances et ce seulement après 8 mois à la tête du pays.

Comme si ce n’était pas suffisant, Michael Moore enfonce le clou en démontrant que le président n’a agi dans l’intérêt de son pays après les attaques du 11 Septembre 2001 mais dans son propre intérêt et celui de sa famille. En effet, on apprend que la famille Bush avait des intérêts communs avec la famille Ben Laden qui avait investi dans de nombreuses de leurs sociétés. De plus, il déplore la non-application des règles à la famille Ben Laden. Néanmoins, après de telles attaques sur le sol américain, il fallait bien que le gouvernement réagisse et prenne des mesures. Après avoir soi disant cherché à arrêter les auteurs des attentats, il a été décidé de s’en prendre à l’Irak, pays qui n’avait jamais attaqué les États-Unis. A partir de ce moment-là, le cow-boy texan s’est transformé en chef de guerre. Afin d’asseoir son pouvoir, il a fallu rendre cette guerre légitime auprès du peuple américain. Et pour ce faire, rien n’est plus efficace que la peur. Michael Moore s’efforce donc à démonter ce mécanisme de la peur et montre comment le peuple américain a pu soutenir dans un premier temps cette intervention armée. Mais le plus inquiétant réside sans aucun doute dans le fait que de nombreuses personnes continuent à croire que les responsables de cette guerre se trouvent au Moyen -Orient et non à Washington. C’est ce que montre une scène de confrontation entre une mère ayant perdu son fils en Irak et une passante.

Au début de cette critique, nous avions parlé de privation de liberté. Nous allons développer ce point. En Octobre 2001, le Patriot Act a été voté. Cette loi antiterroriste stipule que les données des particuliers et les entreprises peuvent être surveillées sans autorisation préalable et sans que ces derniers en soient informés. Cette loi est rapidement apparue comme une atteinte à la vie privée et à la liberté d’expression. Pour illustrer son propos, Michael Moore interviewe un homme banal qui raconte qu’un jour il est allé faire du sport en salle et a commencé à parler politique. Quelques heures plus tard, le FBI frappait chez lui pour l’interroger simplement parce qu’il avait osé donner son opinion en public.

Les conséquences de la guerre en Irak

Après s’être interrogé sur les raisons qui ont poussé les États-Unis à attaquer l’Irak, Michael Moore prend le temps de montrer les conséquences de la guerre. Le réalisateur prend le soin d’établir une comparaison entre la guerre en Irak et la guerre du Vietnam qui partagent de nombreux points communs et surtout ce sentiment que ces guerres sont des guerres injustifiées. Ainsi, on voit un certain nombre de soldats se demandant ce qu’ils font en Irak et pour quelles raison ils risquent chaque jour leur vie. On les entend dire qu’il est insupportable de voir des civils mourir dans une guerre qui n’a pas de raison d’être. Avec intelligence, Michael Moore établit un parallèle entre les civils irakiens victimes de la guerre et les soldats américains eux aussi victimes de la guerre. Personne n’est gagnant. Ce parallèle est habilement établi par un jeu d’échos entre une femme irakienne ayant perdu un membre de sa famille et une mère américaine ayant perdu son fils à la guerre. Tout les éloigne mais elles partagent la même douleur.

Michael Moore propose également une réflexion autour des soldats américains. Dans un premier temps, il montre comment de jeunes américains sont recrutés par l’armée. Sans travail ou sans argent, de nombreux jeunes s’engagent dans l’armée pour pouvoir gagner un peu d’argent et se payer des études à l’université. Il est particulièrement effrayant de voir la manière dont le recrutement se déroule. Des soldats arpentent les lieux fréquentés par les jeunes et tentent de le convaincre de s’engager dans l’armée en leur faisant miroiter des opportunités. On a l’impression d’assister à un recrutement pour une secte. Ensuite, il montre comment ces jeunes soldats souvent désœuvrés tentent de se donner du courage pendant les combats. Certains prétendent tuer leurs ennemis en écoutant de la musique. On verra que la réalité est bien différente. D’autres soldats tombent dans le cercle infernal de la violence gratuite et de l’humiliation. Cette réflexion sur les soldats permet à Michael Moore d’enchaîner sur un commentaire social et racial. Il s’appuie sur la citation de George Orwell pour démontrer que la guerre est une affaire qui arrange bien le gouvernement Bush car elle lui permet de maintenir la structure de la société « La guerre est engagée par chaque groupe dirigeant contre ses propres sujets et l’objet de la guerre n’est pas de faire ou d’empêcher des conquêtes de territoires, mais de maintenir intacte la structure de la société. Tout ce qui est nécessaire c’est que l’état de guerre existe». De plus, il suggère que les minorités raciales sont plus exposées au mal que représente la guerre. Enfin, et l’intention est plus que louable, Michael Moore refuse tout héroïsme. En effet, les soldats sont souvent représentés comme des héros, à tort comme à raison. Ce refus de l’héroïsme passe ici par l’utilisation ironique de la chanson «America’s Greatest Hero »  de Joey Scarbury et il faut bien avouer que cela constitue une véritable prise de risque dans une Amérique qui chérit ses héros.

Conclusion

Avec Fahrenheit 9/11, Michael Moore s’inscrit dans la tradition des œuvres de la contre-culture américaine. Certains ont reproché au réalisateur son manque d’objectivité. Non seulement, il a été prouvé par ce que l’on appelle des « fact checkers » que les faits présents dans le film sont tous exacts. Bien évidemment, le montage permet de tourner les informations en sa faveur mais ne nuit pas à leur exactitude. De plus, le but de Michael Moore est de susciter le débat et de faire réfléchir les gens, et les Américains en particulier, sur des questions qu’ils ne se posaient même plus. Enfin, Fahrenheit 9/11 est agréable à regarder grâce au montage et à l’ironie créee par Michael Moore.

Erin

 
 
 

Photos du film :