Réalisé par : Tommy Lee Jones
Avec : Tommy Lee Jones, Hilary Swank, Grace Gummer, Miranda Otto, Sonja Richter, Hailee Steinfeld, Meryl Streep
Sur un scénario de : Wesley A. Oliver, Kieran Fitzgerald et Tommy Lee Jones avec une musique de : Marco Beltrami
Genre : Western
Film Américain réalisé en 2014

 

 

Synopsis du film :
En 1854, trois femmes ayant perdu la raison sont confiées à Mary Bee Cuddy, une pionnière forte et indépendante originaire du Nebraska. Sur sa route vers l’Iowa, où ces femmes pourront trouver refuge, elle croise le chemin de George Briggs, un rustre vagabond qu’elle sauve d’une mort imminente. Ils décident de s’associer afin de faire face, ensemble, à la rudesse et aux dangers qui sévissent dans les vastes étendues de la Frontière.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Présenté au Festival de Cannes 2014, The Homesman réunit un casting quatre étoiles (Hilary Swank, Miranda Otto, Meryl Streep, Tommy Lee Jones et Grace Gummer) et se présente comme un western plutôt classique. En effet, les paysages sublimes de l’Ouest américain, les difficultés inhérentes à la vie de pionnier et un personnage masculin sans foi ni loi sont autant d’éléments rappelant le western. Pourtant, on ne peut pas à proprement parler de western en ce qui concerne The Homesman. En effet, les films appartenant au genre mettent en scène des personnages avançant de l’Est vers l’Ouest. Dans The Homesman, Mary Bee Cuddy et George Briggs accompagnent trois femmes (Arebella Sours, Theoline Belknap et Gro Svendsen) ayant sombré dans la folie du Nebraska (Ouest) vers l’Iowa (Est). C’est donc le chemin inverse que propose Tommy Lee Jones qui refuse lui même l’appellation de western. Ainsi, c’est vers un monde civilisé que vont les personnages.

The Homesman

De plus, le film s’intéresse à un thème peu abordé dans le western : les femmes. La première d’entre elles est Mary Bee Cuddy, une femme qui à elle seule fait taire tous les préjugés. Vieille fille de 31 ans, Mary Bee vit seule dans sa petite ferme du Nebraska et cultive ses terres. Fervente croyante, elle passe son temps à chercher un mari. On n’en saura pas plus sur ce personnage aussi fort que passionnant. Comme George Briggs, nous ne pouvons faire que des suppositions. On peut donc supposer que Mary Bee Cuddy qui vient de New York et qui est une femme éduquée, est allée dans l’Ouest pour y suivre un homme, un époux potentiel. En effet, il était courant à cette époque que les pionniers aillent chercher des femmes à la ville pour les épouser et les ramener dans l’Ouest et vivre une vie misérable. Ces femmes sont à l’image d’Arebella Sours, de Théoline Belknap et de Gro Svendsen qui face à l’adversité ont toutes fini par sombrer dans la folie. Contrairement à Mary Bee Cuddy, on saura tout de ces femmes. Arebella Sours a perdu ses trois enfants à cause de la diphtérie. Théoline Belknap a tué son nouveau-né après avoir affronté la faim trop longtemps et perdu son troupeau. Enfin, Gro Svendsen, qui ne parle pas un mot d’anglais est régulièrement abusée par son mari qui veut une descendance. Tommy Lee Jones ne nous épargne aucun détail et s’aventure dangereusement dans des cauchemars abominables et difficilement différentiables de la réalité. Quoiqu’il en soit, les femmes sont présentées comme des objets sexuels, comme en témoignent la fuite d’Arebella et sa rencontre avec Freighter Tim. Une fois montées dans le convoi, on s’attend légitimement à une évolution de ces trois femmes mais il n’en est rien. Elles sont toutes les trois réduites à passer leur temps à gémir et à révulser leur yeux. Enfermées dans le convoi, on arrive même à les oublier tant Mary Bee Cuddy et George Briggs crèvent l’écran. On notera tout de même une scène digne d’intérêt. Il s’agit de celle où George Briggs compte bien abandonner les trois femmes mais se ravise après que ces dernières se soient mises à le suivre jusque dans le fleuve. Heureusement que Mary Bee Cuddy parvient à créer une relation basée sur la compassion pour les faire exister. Cette compassion n’a rien d’étonnant dans le sens où Mary Bee Cuddy croit profondément en Dieu et a une infinie bonté envers ces femmes. Au fil du film, on découvre que Mary Bee a un point commun avec ces femmes : la folie. En effet, Mary Bee est elle aussi accablée par les difficultés de la vie et la solitude. Sous ses apparences de femme forte, elle a en réalité elle aussi sombré dans la folie, comme en témoigne son comportement parfois étrange (sa décision de risquer sa vie pour remettre en état une tombe profanée au beau milieu du désert, sa relation sexuelle avec George Briggs, sa proposition de mariage …). La manière dont le suicide de Mary Bee Cuddy est amenée peut laisser perplexe. On a bien du mal à comprendre ce geste qui va à l’encontre de tous les principes chrétiens que Mary Bee chérit et de sa force de caractère. S’est-elle suicidée uniquement parce qu’elle a été prise de remords après avoir dévié de ses principes chrétiens ? A-t-elle perdu la foi ? S’est-elle rendue compte qu’aucun espoir n’est permis pour une femme à cette époque ? Quoiqu’il en soit, et même si c’est avec beaucoup de maladresse, comme si Tommy Lee Jones avait bien du mal à assumer ses personnages féminins, le réalisateur parvient à rendre un bel hommage aux pionnières, trop souvent et trop longtemps oubliées.

The Homesman

Même si The Homesman n’est pas réellement un western, il en reprend certains éléments notamment sa position religieuse. En effet, les pionniers étaient guidés dans l’Ouest par ce que l’on appelait la destinée manifeste (Manifest Destiny en anglais) c’est à dire l’idée que les États-Unis ont été élus pour accomplir une mission divine : répandre la démocratie et la civilisation vers l’Ouest. Néanmoins, dans The Homesman, les personnages vont vers l’Est. A cette époque, la religion façonnait la société et les dogmes religieux étaient respectés. Mary Bee représente ce respect aveugle pour la religion. Comme nous l’avons dit, elle est prête à se perdre dans le désert en pleine nuit pour pouvoir remettre en état une tombe. Gro Svendsen n’arrête pas de répéter « Dieu te punira ». A l’opposé, George Briggs s’intéresse davantage à la vie pratique et n’hésite pas à profaner une tombe indienne pour pouvoir récupérer une peau de bison. Dans un moment de rédemption, il va tout de même faire faire une plaque pour Mary Bee Cuddy qu’il perdra dans le fleuve après s’être saoulé. On a donc l’impression que la religion est une affaire de femmes. En ce sens, l’épouse du pasteur méthodiste incarnée par Meryl Streep apparaît comme la figure ultime de la bonté chrétienne.

The Homesman

Enfin, intéressons nous au personnage de George Briggs qui incarne le « Homesman ». Ce terme mérite des éclaircissements. Il est bien difficile de le traduire car ce terme n’existe pas dans le dictionnaire anglais. Dans la version française du roman Le chariot des damnés de Glendon Swarthat (1988), il est précisé que ce terme a été inventé par l’auteur pour désigner George chargé de ramener les femmes chez elles. On pourrait traduire ce terme par « rapatrieur ». D’entrée, Briggs est présenté comme un homme sans morale, capable de vivre dans une maison qui n’est pas la sienne en l’absence de ses propriétaires. Il sera puni pour ce crime. La corde autour du cou, il sera libéré par Mary Bee. Il est ensuite présenté comme un déserteur et un homme capable de tuer. En dépit de ce portrait peu reluisant, George Briggs attire une certaine sympathie. Après tout, il aide Mary Bee dans sa quête. Comme elle, on croit à sa rédemption notamment lorsqu’il se décide à amener les trois femmes à destination après la mort de Mary Bee. Soudain, le personnage de George s’obscurcit. Ce dernier incendie un hôtel vide qui refusait de l’accueillir lui et ses passagères. On y perçoit les tensions liées à la naissance de la propriété privée. Plus tard, Briggs se remet à boire et décide de repartir vers l’Ouest sauvage et perd au passage la pierre tombale de Mary Bee. La rédemption n’aura pas lieu. Briggs apparaît donc comme un personnage difficile à cerner mais définitivement intéressé par l’argent. La fin est pourtant claire à son sujet : il est lui aussi un héros de l’Ouest usé par la dureté de la vie.

The Homesman

Pour conclure, The Homesman est un film intéressant de par son sujet : les femmes et la vision moderne proposée. Néanmoins, le film a comme un goût d’inachevé. Les personnages féminins sont mis en avant dès le début du film et disparaissent peu à peu, comme si le réalisateur ne savait plus quoi en faire. Il passe ainsi d’un point de vue féminin à un point de vue masculin et termine son film sur son héros : George Briggs « The Homesman ». Ce déséquilibre est gênant car on finit par s’y perdre.  De plus, Tommy Lee Jones ne parvient jamais à faire jaillir l’émotion.

Erin

 
 
 

Photos du film :