Réalisé par : George Clooney
Avec : George Clooney, Matt Damon, Bill Murray, Cate Blanchett, John Goodman, Jean Dujardin
Sur un scénario de : George Clooney et Grant Heslov avec une musique de : Alexandre Desplat
Genre : Guerre
Film Américain réalisé en 2014

 

 

Synopsis du film :
La plus grande chasse au trésor du XXe siècle est une histoire vraie. MONUMENTS MEN est inspiré de ce qui s’est réellement passé. En pleine Seconde Guerre mondiale, sept hommes qui sont tout sauf des soldats – des directeurs et des conservateurs de musées, des artistes, des architectes, et des historiens d’art – se jettent au cœur du conflit pour aller sauver des œuvres d’art volées par les nazis et les restituer à leurs propriétaires légitimes. Mais ces trésors sont cachés en plein territoire ennemi, et leurs chances de réussir sont infimes. Pour tenter d’empêcher la destruction de mille ans d’art et de culture, ces Monuments Men vont se lancer dans une incroyable course contre la montre, en risquant leur vie pour protéger et défendre les plus précieux trésors artistiques de l’humanité…

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Comment aborder le thème de la Seconde Guerre Mondiale sans répéter ce qui a été dit mille fois dans des films prodigieux ? Pour éviter toute comparaison infortunée, George Clooney a eu la bonne idée d’adapter Monuments Men de Robert M Edsel et Bret Witter, un roman racontant le combat de près de 350 spécialistes de l’art qui ont risqué et parfois perdu leur vie pour retrouver les œuvres d’art volées par les Nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale. En optant pour cette approche, George Clooney permet à la fois au public de découvrir un pan méconnu de l’histoire et de rendre hommage à ces hommes et femmes de l’ombre qui ont lutté au nom de l’art dans une période où l’humanité semblait toucher à sa fin.

Monuments Men

Si le film qui se présente comme un divertissement sans prétention est si efficace c’est sans aucun doute parce que la thématique abordée fait tristement écho à des événements bien plus récents et à une menace toujours bien présente dans certaines parties du monde. La destruction de l’art et donc par extension de la culture du dit ennemi est très commune dans l’histoire de l’humanité. Ainsi, les monastères tibétains ont été pillés et détruits pour différentes raisons à différentes périodes (révolution culturelle en Chine, invasion anglaise, conflits locaux et autres invasions.). On pense aussi aux statues de Bouddha en Afghanistan qui ont été détruites par les Talibans en 2001. Plus récemment, ce sont les mausolées de Tombouctou qui ont été la cible des terroristes. Enfin, comme le rappelle le film, c’est le destin qu’ont connu les œuvres modernes telles que celles de Picasso. C’est pour cette raison que l’ampleur du film ne doit pas être réduite. Certains critiques comme certains spectateurs ont réduit le film à une quête de brocanteurs à la sauce Indiana Jones, ce qui me semble relativement inquiétant et réducteur dans le sens où minimiser l’importance de l’art et de la culture est le premier pas vers le totalitarisme. On peut comprendre que certaines personnes n’aient pas apprécié de voir que la lutte pour l’art passe avant la lutte pour sauver des êtres humains mais ce n’est pas le propos du film. Monuments Men a l’intelligence de mêler divertissement et sujet sérieux par livrer un pamphlet rudement efficace contre ceux qui détruisent l’art et qui tentent d’asservir un peuple soit par la destruction de sa culture soit par son acculturation. Une fois que l’on a compris l’importance de la mission des Monuments Men, on peut en apprécier toute la force du film et l’émotion qui s’en dégagent. A cet égard, certaines scènes sont remarquables. C’est le cas de celle mettant en scène Donald parti seul à Bruges pour sauver La Madone et l’enfant et qui y laissera la vie. On y perçoit clairement la puissance de l’art. On pense aussi au moment où l’on entend la voix de sa petite fille chanter Have yourself a Merry Little Christmas, ici interprété par Nora Sagal. Cette chanson de Noël écrite en 1943 par Ralph Blane et Hugh Martin a été chantée pour la première fois par Judy Garland dans Le Chant du Missouri de Vincente Minelli. Cette scène particulièrement touchante a toute son importance d’un point de vue culturel. Non seulement cette chanson permet d’ancrer un peu plus le film dans son époque puisque cette chanson était très populaire parmi les troupes américaines mais en plus les paroles se prêtent bien à la situation ds personnages loin de chez eux, loin de tout : « From now on your troubles will be out of sight », « From now on your troubles will be miles away ». Enfin, cette chanson a évoqué quelque chose chez la plupart des spectateurs puisque cette chanson fait partie de la culture américaine et se retrouve régulièrement reprise par des artistes à la mode est entendue dans les films. Il n’en faut pas plus pour constater que l’art a une dimension universelle qui parle à tous, et qu’il est inhérent à la définition même de culture qui est la base de toute civilisation. Cette sensation se retrouve tout au long du film. En effet, le spectateur ne peut qu’acquiescer un sourire lorsqu’il reconnaît une œuvre connue lui rappelant qu’elle fait partie de sa culture et que cette dernière ne doit pas être détruite. Enfin, la dernière scène du film met en avant l’importance de la préservation du patrimoine. En montrant comment les œuvres traversent le temps et touchent les hommes avec la même émotion, Clooney fait directement appel au spectateur qui se dit inévitablement qu’il n’aurait peut-être jamais vu de son vivant tel ou tel chef d’œuvre si des hommes et des femmes passionnés d’art n’avaient pas permis de les retrouver.

Monuments Men

Je tiens à revenir sur l’aspect Indiana Jones comme l’ont dit certains. Il est vrai que Monuments Men se présente comme un film d’aventures au sein des frontières européennes. Et il n’y a pas de mal à cela. Au contraire, en racontant un épisode méconnu de l’histoire, sur un mode divertissant, Clooney rend son film didactique et permet à un très large public d’y avoir accès. En effet, on suit avec passion les aventures des hommes de Frank Stokes.

Monuments Men

Un autre aspect du film semble avoir dérangé : le patriotisme américain. Les Américains apparaissent comme les grands vainqueurs de ce combat et Clooney semble clairement oublier les douze autres nationalités présentes au sein des Monuments Men. Aussi déplaisant que cela puisse paraître, le film est américain et cela n’a rien de très surprenant. De plus, Jean Dujardin et Cate Blanchett jouent des personnages français. Le personnage de Claire Simone, inspiré de Rose Valland est essentiel. Sans son aide précieuse, de nombreuses œuvres n’auraient pas été retrouvées au château de Neuschwanstein ou dans les mines de sel d’Altaussee et d’Heilbronn.

Monuments Men

Pour son cinquième film, George Clooney parvient à trouver le juste équilibre entre divertissement et sujet grave. Mieux, il réussit à rendre hommage à des hommes de l’ombre (George Stout, James Rorimer, Richard Kampbell, Walker Kintland Hancock, Lincoln Kinstein, Ronald Edmund Balfour) et à trouver écho dans l’actualité. En ces temps de commémoration, Monuments Men contribue au devoir de mémoire.

Erin

 
 
 

Photos du film :