Réalisé par : Su-won Shin
Avec : Da-wit Lee, Sung-Jun, Sung Ha Jo, Kkobbi Kim
Sur un scénario de : Su-won Shin avec une musique de : Jae-ah Ryu
Genre : Drame
Film Sud Coréen réalisé en 2014

 

 

Synopsis du film :
Yujin, élève de terminale promis à un avenir brillant, est retrouvé assassiné. Très rapidement, les soupçons se portent sur June, l’un de ses camarades de classe. Mais en remontant le fil des événements, c’est un univers d’ultra-compétition et de cruauté qui se fait jour au sein de ce lycée d’élite, où la réussite au « Suneung », l’examen final qui conditionne l’entrée des élèves dans les meilleures universités, est une obsession. Pour obtenir la première place, certains sont prêts à tout, et même au pire…

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Deuxième long-métrage de la réalisatrice sud-coréenne et premier métrage réalisé par une femme sud-coréenne diffusé en France, Suneung s’intéresse à la compétition féroce qui a lieu dans les lycéens coréens notamment à l’approche de Suneung, qui serait l’équivalent de notre baccalauréat version élitiste. Les universités sud-coréennes se basent sur les résultats obtenus au Suneung pour recruter leurs étudiants. On comprend donc mieux pour quelle raison cet examen est si important. Vu de France, on a pourtant bien du mal à imaginer à quel point le jour du Suneung est un jour spécial pour les Sud-coréens. En effet, ce jour-là c’est toute la Corée du Sud qui est en émoi puisque de nombreux employés embauchent plus tard et la fréquence des transports en moyen est augmentée pour permettre aux candidats d’éviter les bouchons et de ne pas arriver en retard à l’examen. Enfin, le trafic aérien n’est pas autorisé pendant les épreuves d’écoute en langue pour ne pas gêner la compréhension. Par conséquent, on comprend que cet examen soit une source d’angoisse pour de nombreux étudiants qui doivent faire face à une pression considérable pendant leurs études et le jour de l’examen. Réalisé par une ancienne professeur, Suneung met donc en avant cette pression scolaire qui mine de nombreux étudiants et apparaît comme un film très réaliste sur le système scolaire sud-coréen. Shin Su Won met à profit son expérience pour donner corps à son film. On perçoit bien l’intransigeance des professeurs et leurs exigences ainsi leurs rapports avec les élèves basés sur la compétition. On retiendra notamment cette courte scène montrant un professeur demandant un volontaire et se retrouvant devant une classe muette. Le professeur propose alors de donner des points supplémentaires au volontaire et cela fonctionne. La nécessité d’être toujours meilleur et de gagner des places dans le classement pour intégrer la classe d’élite dite la Dream Team est très bien rendue par le biais du groupe d’étudiants qui utilise un carnet pour gagner quelques places. On se rend vite compte que ce cahier n’a rien de pédagogique mais qu’il pousse l’un des membres du groupe à commettre certaines actions néfastes à un membre du top 10.

Suneung

La pression scolaire a beau être insupportable, elle l’est encore davantage quand on se rend compte que tout le monde n’est pas traité à égalité et que la pression scolaire se double d’une pression financière. En effet, en Corée du Sud, la réussite scolaire dépend aussi du milieu social. Ainsi, les parents fortunés envoient leurs enfants dans les meilleurs instituts privés appelés hagwon. Pire, la corruption n’est pas rare et certains professeurs sont soudoyés pour augmenter les résultats de certains élèves fortunés. Ainsi, certains élèves brillants sont lésés parce que leurs parents ne peuvent tout simplement pas payer des cours de luxe à leur enfant. C’est ce que l’on voit dans le film lorsque la mère de June qui s’est sacrifiée pour payer des cours à son fils se rend compte qu’elle n’aura pas assez.

Suneung

Cette pression se transforme en folie pour un groupe d’étudiants qui forme le groupe appelé La chasse au lapin. Ce nom vient d’une pratique sordide qui consiste à traquer le lapin pour pouvoir boire son sang qui permettrait de renforcer les chances de réussite scolaire. Petit à petit, on découvre que les élèves de ce petit groupe sont capables des pires horreurs : humiliations de toute sorte, chantages, manipulations, violences, agressions sexuelles et bientôt meurtre. June, élève doué mais d’origine modeste, va être recruté par le groupe qui va lui faire croire qu’il fait partie du groupe alors qu’il a seulement été recruté pour accomplir des actions sordides. Comme June, on découvre l’histoire du groupe et ses trahisons. On apprend que l’une des filles ayant appartenu au groupe a été sexuellement agressée et menacée de diffusion parce qu’elle avait osé dépasser le meilleur du groupe Yu Jin Taylor. Désormais, il sait ce que le sort lui réserve s’il parvient à gagner des places au classement . Être membre du groupe n’est pas synonyme de sécurité. Yu Jin, indétrônable est la cible des autres membres du groupe.

Suneung

L’autre titre du film est Pluto, c’est à dire Pluton. La réalisatrice utilise cet élément dans son film par le biais de June qui est passionné d’astronomie. Comme Pluton qui a été rétrogradée au rang de planète naine en 2006, June qui n’appartient pas à la classe supérieure est relégué en bas du classement au début du film. La noirceur du film est à certains moments contrebalancée par des envolées cosmiques qui permettent pour quelques minutes de quitter cet univers scolaire quasi carcéral. Néanmoins, Pluton permet surtout de faire une métaphore sur le système scolaire sud-coréen qui fonctionne en termes de classement. Ainsi, les élèves n’ayant pas les meilleurs résultats ou ne pouvant pas payer pour avoir les meilleurs résultats sont ignorés. C’est le cas de Pluton exclu du système solaire et rebaptisée 134340, un numéro parmi d’autres. June défend Pluton en tant que planète et remet en question la distance séparant Pluton du soleil comme caractéristique l’excluant du système solaire. Cette image peut clairement s’appliquer au système scolaire dans le sens où la place d’un élève dans un classement ne peut pas être considérée comme l’élément principal de sa caractérisation.

Suneung

Comme dans de nombreux films sud-coréens, les policiers sont montrés comme des incompétents incapables d’arrêter le bon coupable. La dernière scène du film est assez révélatrice et va même plus loin dans cette vision des forces policières. En effet, les policiers venus chercher June et calmer le jeu sont manipulés par June qui décide ce qu’il va faire et comment il va le faire. La décision de June d’aller jusqu’au bout de son idée, peut révéler un manque de confiance vis à vis des autorités qui l’avaient condamnés d’avance pour le meurtre de Yu Jin. En effet, June était le coupable idéal puisqu’il n’appartient pas à la classe supérieure. Lors des négociations entre June et les policiers, on se demande même si c’est lui qui ne va pas être condamné pour avoir puni des meurtriers.

Suneung

Le point faible du film est sans aucun doute le montage du film. La réalisatrice utilise les flashbacks à répétition, ce qui a tendance à casser le rythme et à entraîner des longueurs. Ainsi, au début du film, le spectateur a bien du mal à s’y retrouver. On met alors un certain temps à rentrer dans le cœur de l’histoire.

Suneung

En conclusion, Suneung propose une réflexion très intéressante sur le système scolaire sud-coréen. Même si le film se termine sur l’explosion déclenchée par June, il ne met pas en scène les conséquences éventuelles de ce système sur la société. Pourtant, on ne peut s’empêcher de se dire que ces jeunes, membres de La chasse au lapin, prêts à tout pour réussir sont des dangers pour la société. Enfin, le final du film qui correspond finalement à un suicide n’est pas rappeler que la Corée du Sud compte l’un des taux de suicide chez les adolescents les plus élevés au monde. Suneung amène donc les spectateurs à réfléchir sur les conséquences de cette réussite sociale à tout prix. Que vont devenir ces jeunes conditionnés à éliminer sans scrupule tout obstacle se dressant sur leur chemin ? N’est-ce pas néfaste pour la société ? Enfin, le film a beau dépeindre le système scolaire avec une noirceur certaine, la réalisatrice a l’intelligence de filmer des élèves « normaux ». C’est notamment le cas de la sympathique Soo-Jin très douée en informatique et qui se lie d’amitié avec June. En introduisant ce type de personnage, la réalisatrice montre que tous les élèves ne cèdent pas à la monstruosité pour devenir meilleur.

Erin

 
 
 

Photos du film :