Réalisé par : Samuel Fuller
Avec : Peter Breck, Constance Towers, Gene Evans, James Best
Sur un scénario de : Samuel Fuller avec une musique de : Paul Dunlap
Genre : Drame
Film Américain réalisé en 1965

 

 

Synopsis du film :
Ambitieux, le journaliste Johnny Barrett entend décrocher le Prix Pulitzer. Pour cela, il se fait interner dans un hôpital psychiatrique où il enquête sur une affaire de meurtre.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

« Celui qu’il veut détruire, Dieu le rend fou » Euripide

En 1963, Samuel Fuller réalise Shock Corridor, un film coup de poing sur la réalité des hôpitaux psychiatriques. Afin de proposer aux spectateurs une plongée dans cet univers si particulier, il s’intéresse à Johnny Barrett, un journaliste avide de reconnaissance et de célébrité qui compte bien remporter le prix Pulitzer après avoir enquêté et écrit sur un meurtre ayant eu lieu dans un hôpital psychiatrique. Pour ce faire, il décide de se faire interner en simulant la folie et en prétendant être un détraqué sexuel amoureux de sa sœur.

Shock Corridor

Shock Corridor est davantage une allégorie de l’Amérique perçue comme un asile de fous qu’un film sur les conditions de vie dans les institutions psychiatriques. En effet, tous les témoins du meurtre sont le reflet d’un aspect malade de la société américaine. Ainsi, Stuart se prend pour un général de la guerre de Sécession et témoigne de l’importance de la guerre aux États-Unis. Son expérience pendant la guerre de Corée (un lavage de cerveau opéré par les communistes) n’est qu’un prétexte pour dénoncer la guerre du Vietnam qui sévissait à cette époque. Trent, un jeune afro-américain souffre de troubles liés à la ségrégation. Son trouble est tel qu’il se prend pour un membre du Ku Klux Klan. A travers ses traumatismes, Fuller dénonce les conditions sociales américaines. Enfin, Boden est un scientifique se prenant pour un enfant. Sa folie dénonce la peur de l’incident nucléaire, peur constante en cette période de guerre froide. Bien que Johnny soit présenté comme sain d’esprit avant son internement, on sent immédiatement que l’on a à affaire à un personnage fragile et névrosé prêt à sombrer dans la folie. Dans un sens, sa soif de reconnaissance fait aussi de lui un aliéné, un pur produit de l’Amérique. Bref, Samuel Fuller désigne ouvertement la société américaine comme responsable des différents types d’aliénation qu’elle a su engendrer. Johnny est l’un d’eux même s’il ne le sait pas au début du film.

Shock Corridor

Inévitablement, Johnny va sombrer dans la folie et se convaincre de la véracité de son histoire. Ainsi, il va rejeter sa petite amie qu’il a fait passer pour sa sœur. Le soir même de son internement, il va rêver de sa femme en tenue de strip-teaseuse, montrant ainsi qu’il la considère désormais comme l’objet de ses désirs. A cet égard, le personnage de Cathy est important car elle est notre seul point de repère par rapport à la réalité. C’est à travers les réactions de Johnny vis à vis d’elle que l’on comprend généralement le degré d’enlisement dans le folie de Johnny. La scène où Johnny rejette le baiser de Cathy apparaît alors symboliquement comme un point de non-retour pour Johnny.

Shock Corridor

D’un point de vue technique, Shock Corridor est un régal pour les rétines tant Samuel Fuller tente des expériences visuelles. Ainsi, il confronte directement les spectateurs aux esprits malades en proposant des scènes en couleur. Le réalisateur joue sur les cadres, les contre-plongées, l’utilisation du noir et blanc qui rappelle au passage les plus grandes œuvres impressionnistes et parvient à rendre compte d’une atmosphère malade.

Shock Corridor

Pourtant, Shock Corridor n’est pas exempt de défauts. En effet, les différentes expérimentations de Fuller rendent le film peu harmonieux et peu agréable à regarder tant on a l’impression d’être dans un laboratoire. De plus, on a bien du mal à rentrer dans l’histoire sans doute à cause du personnage principal Johnny Barrett qui est un personnage névrosé dès le départ (il est obsédé par le prix Pulitzer) et très antipathique. Enfin, l’enquête pour découvrir le coupable d’un meurtre dont on ne saura finalement que peu de choses, ne permet pas de tenir les spectateurs en haleine car le réalisateur ne prend pas la peine de faire partager les indices découverts.

Autre point gênant : Samuel Fuller ne propose jamais aucun contre-point de vue. Les spectateurs sont plongés dans cet asile et n’ont aucun moyen d’en sortir. Ils n’ont pas d’autre choix que d’aller là où Johnny veut bien les mener. Ainsi, la révélation du meurtrier de Sloan n’apparaît pas crédible dans le sens où tout ne repose que sur la parole de personnes internées. Pour Johnny, tout semble très clair car il prétend différencier les moments de lucidité de ses camarades et leurs moments de folie. En revanche, rien ne nous prouve en tant que spectateurs que Johnny a bel et bien découvert le meurtrier, excepté cette scène où l’accusé avoue. Bref, le réalisateur ne semble pas prendre en compte la réalité du terrain qu’il dénonce. Que signifie la vérité pour des personnes dont la réalité est différente de ceux considérés comme sain d’esprit ?

Shock Corridor

Cela est d’autant plus gênant que Fuller conclut son film sur le fait que Johnny est parvenu à obtenir le prix Pulitzer et se demande ce que vaut un prix Pulitzer accordé à un fou. C’est exactement ce que l’on se demande lorsque l’on voit Johnny parfaitement intégré dans le couloir de l’asile lors de la dernière scène montrant l’arrivée d’un nouveau patient. Quel prix faut-il payer pour pouvoir obtenir ce que l’on désire ?

Erin

 
 
 

Photos du film :