Réalisé par : Todd Haynes
Avec : Julianne Moore, Dennis Quaid, Dennis Haysbert
Sur un scénario de : Todd Haynes avec une musique de : Elmer Bernstein
Genre : Drame
Film Américain réalisé en 2003

 

 

Synopsis du film :
Dans l’Amérique provinciale des années cinquante, Cathy Whitaker est une femme au foyer exemplaire, une mère attentive, une épouse dévouée. Son sourire éclatant figure souvent dans les colonnes du journal local.Cathy sourit toujours. Même quand son mariage s’effondre, même quand ses amies l’abandonnent. Quand l’amitié qui la lie à son jardinier provoquera un scandale, elle sera forcée, derrière son sourire, d’affronter la réalité.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Avec Loin du Paradis, Todd Haynes offre une splendide reconstitution de la vie d’une femme bourgeoise au foyer en 1957. En effet, Cathy Whitaker s’efforce d’être une épouse modèle qui comprend et soutient son mari y compris dans des situations difficiles. Elle veille à être une bonne mère et surtout à être bien vue de tous dans sa petite ville du Connecticut. Toujours tirée à quatre épingles et toujours souriante, Cathy Whitaker va devoir affronter la réalité.

Rendant hommage aux mélodrames de Douglas Sirk, Loin du Paradis offre une reconstitution extraordinaire des années 1950. D’un point de vue visuel, on rentre tout de suite dans le thème. En ce qui concerne les thèmes abordés, Todd Haynes a l’intelligence de traiter des thèmes tels que la place de la femme dans la société, le racisme, le sexisme et l’homosexualité à travers le prisme des années 1950 tout en leur donnant une résonance moderne.

Loin du Paradis

Dès le début du film, on sent Cathy Whitaker constamment sous pression car elle doit gérer au mieux sa maison, son couple, ses enfants et son investissement dans la vie sociale de la ville tout en soignant les apparences. Cette pression s’accentue dramatiquement lorsque Cathy découvre que son mari aime les hommes. Todd Haynes parvient parfaitement à capter les enjeux dramatiques de cette situation dans les années 1950. A cette époque, l’homosexualité était perçue comme une maladie que l’on pouvait guérir. En présentant ainsi les choses, le réalisateur donne l’impression que le couple Whitaker a définitivement volé en éclats. Néanmoins, Cathy se comporte comme une épouse modèle même lorsqu’elle essuie une gifle de son mari.

Todd Haynes a parfaitement compris la place de la femme dans la société des années 1950 qui, à plusieurs égards, pourrait être qualifié de « victorienne ». En effet, la place de la femme dans cette société se trouve à la maison et nulle part ailleurs. Cathy l’apprendra à ses dépens. On constate que le réalisateur a fourni un réel travail sur la gestion de l’espace. Ainsi, c’est lorsque Cathy s’éloigne de chez elle que le pire se produit. Tout d’abord, elle surprend son mari avec un homme lorsqu’elle se rend à son bureau. Après sa rencontre avec Raymond Deagan, son jardinier d’origine Afro-Américaine, elle transgresse une nouvelle fois les règles établies par la société lorsqu’elle se rend avec lui dans un restaurant réservé aux gens de couleur. Les conséquences ne se feront pas attendre. Immédiatement, les rumeurs naissent : Cathy Whitaker a une liaison avec un homme de couleur et cela est inacceptable dans une société façonnée selon les règles ségrégationnistes. A chacune de leurs rencontres, leur cas est aggravé. Néanmoins, Todd Haynes ne se concentre pas seulement sur la place de la femme dans cette société des années 1950 et montre également les difficultés rencontrées par tout personnage n’étant pas à sa place. Ainsi, Raymond Deagan et sa fille subissent de plein fouet la solitude car ils sont Afro-Américains dans une société blanche. Frank Whitaker est sous pression car il est homosexuel dans une société hétérosexuelle.

Pour revenir à la place de la femme de la société, Todd Haynes ajoute un nouvel élément : la question du choix. Alors que son mari apparaît comme libre de choisir de vivre sa relation amoureuse avec un homme, Cathy Whitaker freine ses désirs pour Raymond Deagan qui n’appartient pas à la même classe sociale ni aux mêmes origines ethniques. A la fin du film, on ressent une profond injustice et on comprend le poids de la société sur les décisions des personnages. Si Cathy se refuse à vivre une histoire d’amour avec son jardinier, c’est parce qu’elle écoute la société et préfère sauver les apparences que de prendre les risques de devenir une femme libre et libérée. C’est en comparant les situations de Cathy et de Frank que Todd Haynes définit sans doute le mieux la non-place de la femme dans la société des années 1950. Non seulement Cathy n’a pas le droit d’écouter ses désirs mais en plus elle se doit d’être irréprochable.

Loin du Paradis

Le principal défaut du film réside sans aucun doute dans le fait qu’il propose seulement une ébauche de ces nombreux thèmes très intéressants mais ne traite jamais en profondeur ces thèmes. Ainsi, un aspect de superficialité domine. On aurait aimé que l’histoire de la petite Sarah qui a reçu une pierre soit un peu plus développée. On aurait tout simplement voulu en savoir plus sur le personnage de Raymond. Le poids de la rumeur aurait pu être accentué. Néanmoins, la mise en scène est à saluer car elle est précise et fourmille de détails (l’utilisation des saisons correspond aux différentes étapes de la vie de Cathy Whitaker par exemple). Enfin, on ne peut pas parler de Loin du Paradis sans parler de l’incroyable performance de Julianne Moore qui est tout simplement parfaite. Son visage exprime à chaque seconde une large palette d’émotions . A ce titre, elle mérite largement le prix d’interprétation qu’elle a reçu pour ce film à La Mostra de Venise.

Erin

 
 
 

Photos du film :