Réalisé par : Marius Holst
Avec : Benjamin Helstad, Trond Nilssen, Stellan Skarsgard, Kristoffer Joner
Sur un scénario de : Eric Schmid et Dennis Magnusson avec une musique de : Johan Söderqvist
Genre : Action
Film Norvégien réalisé en 2010

 

 

Synopsis du film :
Hiver norvégien, début du 20ème siècle. Dans la maison de redressement de Bastoy, un nouveau détenu pousse les autres à se révolter contre une direction autoritaire et brutale. Une violente émeute commence alors mais jusqu’où sont-ils prêts à aller ?

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Ce très beau film norvégien s’intéresse au centre de redressement pour mineurs sur l’île de Bastoy en Norvège. Tiré d’une histoire vraie, le film raconte le quotidien difficile de ces jeunes gens qui doivent travailler dur dans un froid souvent glacial et qui sont victimes des pires supplices (humiliations, abus sexuels pour l’un d’entre eux, rabaissement, diminution des rations ….) L’histoire s’ouvre sur l’arrivée de jeunes garçons : Erling et Olav. D’entrée, le ton est donné : les garçons doivent traverser la cour entièrement nus, et ce dans un froid glacial, devant tous les autres pensionnaires. Désormais, l’humiliation sera leur quotidien. Il en sera de même de la discipline. La déshumanisation va de pair avec l’instauration de cette discipline de fer puisqu’à l’entrée des pensionnaires au centre, ils deviennent des matricules parmi d’autres. Le moindre contournement du règlement entraîne des punitions sévères. Erling, esprit rebelle, en fait rapidement les frais après avoir tenté de s’évader de Bastoy. Le réalisateur prend le temps de montrer que ces conditions de vie imposées par le personnel de la prison sont, pour certains, une manière d’exprimer leur puissance et de soulager leur désir de domination. C’est notamment le cas avec le personnage du surveillant qui va jusqu’à abuser d’Olav et qui semble prendre un malin plaisir à punir et à voir souffrir les pensionnaires. Enfin, il est intéressant de noter que c’est au nom d’une certaine idée de l’éducation que ce centre de redressement fonctionne. Encadré par une morale chrétienne, l’établissement éduque par le biais d’une discipline de fer et de châtiments.

Les révoltés de l’île du diable

La révolte vient tardivement car le film prend le temps de montrer comment l’établissement rend les pensionnaires dociles et disciplinés au point que cela devienne une seconde nature pour eux. Pourtant, l’ordre des choses va être rétabli, du moins ponctuellement, par un soulèvement contre l’injustice, la violence et la cruauté. En effet, la révolte que l’on voit dans le film n’est pas une rébellion de jeunes délinquants contre un système mais celle de jeunes gens maltraités contre un système injuste et cruel, comme en témoigne la participation active d’Ivar en charge du bloc C et qui n’a pu supporter l’idée même que la gestion de son bloc soit remise en question par le directeur qui a fermé les yeux sur les réelles raisons de la mort du jeune Olav qui n’a pas voulu s’enfuir mais qu’il s’est suicidé.

Les révoltés de l’île du diable

Si le film fonctionne si bien c’est en partie grâce à l’ambiance que le réalisateur parvient à instaurer. En effet, l’atmosphère est tout simplement glaciale. Les immenses étendues blanches et l’insularité du lieu accentuent la violence des situations. On a l’impression qu’il n’y a aucune issue, que personne ne peut quitter cette île. Le froid omniprésent pique la peau et gèle les membres du corps et accentue la douleur.

Les révoltés de l’île du diable

Le personnage d’Erling qui est un jeune garçon qui a un peu vécu et qui donne l’idée de la rébellion est très intéressant. En effet, sous ses airs de gros durs, Erling apporte beaucoup d’humanité au récit notamment par le biais des lettres qu’il écrit à sa sœur Elsa à qui il cache sa captivité à Bastoy. Ainsi, il raconte son histoire par le biais de métaphores marines. Il raconte une histoire de marins partis à la chasse à la baleine pour écrire sur son expérience à Bastoy. Ainsi, Erling se compare plusieurs fois à une baleine harponnée à trois reprises et mettant une journée à mourir. Enfin, sa mort est également une belle métaphore. Marin dans son cœur, il est avalé par les eaux, comme une baleine.

Les révoltés de l’île du diable

Pour conclure, l’évasion fantasmée et réalisée pour un court instant a beau être un échec, elle est également une véritable libération pour les pensionnaires qui peuvent enfin remplir leurs poumons d’air et parcourir les étendues immaculées. Ce sentiment de liberté éphémère est rendu possible uniquement grâce au travail du réalisateur sur l’enfermement. Enfin, il est intéressant de noter que la liberté a beau être une perspective réjouissante pour ces enfants, elle est aussi une source de peur.

Erin

 
 
 

Photos du film :