Réalisé par : Darren Aronofsky
Avec : Russell Crowe, Jennifer Connelly, Ray Winstone, Anthony Hopkins, Emma Watson, Logan Lerman, Douglas Booth
Sur un scénario de : Darren Aronofsky et Ari Handel avec une musique de : Clint Mansell
Genre : Action
Film Américain réalisé en 2014

 

 

Synopsis du film :
Russell Crowe est Noé, un homme promis à un destin exceptionnel alors qu’un déluge apocalyptique va détruire le monde. La fin du monde… n’est que le commencement.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

On ne peut reprocher à Noé de ne pas être une adaptation fidèle du récit biblique. En effet, Darren Aronofsky et Ari Handel ont tous les deux écrit une bande dessinée intitulée Noé, pour la cruauté des hommes dans laquelle ils exposent leur interprétation de l’histoire. Ainsi, Noé interprété par Russell Crowe, a des faux airs de Mad Max. Son côté guerrier l’emporte toujours sur son côté prophète, ce qui est assez déstabilisant de la part d’une personnage aussi connu. Ainsi, sa folie obsessionnelle fait de lui un personnage contrasté que l’on n’a franchement pas envie d’aimer. Homme intègre au début du film, Noé met un point d’honneur à respecter la soi-disant volonté divine et affirme qu’il tuera toute fille née dans l’arche car le Créateur veut détruire l’espèce humaine qui est trop néfaste pour l’humanité. Même si tout finit bien pour les jumelles d’Ila, on a quand même l’impression que le réalisateur nous sert une nouvelle fois la même soupe : un personnage rongé par une obsession qui lui sera fatale tout comme dans Requiem for a dream ou encore dans Black Swan. Bref, on commence sérieusement à tourner en rond dans l’univers de Darren Aronofsky. De plus, il est bien difficile de savoir où il veut en venir en mettant autant en avant l’obsession de Noé, et en particulier dans cet univers mélangeant une grande quantité d’éléments. Doit-on simplement considérer Noé comme un personnage de fiction à la Mad Max ? Doit-on rapprocher l’obsession de Noé avec l’idée de fanatisme que certains confondent avec la foi ? Rien n’est moins sûr.

Noé

Ce qui est certain c’est que le réalisateur signe un film de fantasy qui puise son inspiration principale à la fois dans les films de catastrophe et dans la trilogie de Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. En effet, on ne peut cesser de penser à la Terre du Milieu lorsque l’on voit Noé et sa famille parcourir les étendues de terre en piteux état. On pense aussi aux Ents, les esprits de la forêt lorsque l’on voit les veilleurs qui sont en réalité des anges déchus enfermés dans un corps de pierre difforme. Cet aspect visuel commun aux films de fantasy est déstabilisant surtout pour un film s’intitulant Noé où l’on peut s’attend légitimement à voir une adaptation du récit biblique. Le titre du film n’est donc peut-être pas adapté au récit mis en scène par Darren Aronofsky. Néanmoins, il faut bien avouer que les scènes de combat ou la scène de déluge sont très réussies d’un point purement visuel.

Noé

L’un des défauts du film réside essentiellement dans le message qu’il délivre. Le film fait ouvertement l’apologie du véganisme, un mode de vie excluant toute consommation de produits issus des animaux. En effet, le récit se base sur l’histoire d’Adam et Eve qui ont eu trois fils : Caïn Abel et Seth. Caïn a tué Abel et a fondé une lignée qui, dans le film, aime manger de la viande (y compris humaine) car elle est sensée donner de la force. Bref, ce sont les méchants du film puisqu’ils sont dépeints comme des barbares, portant des vêtements en cuir !, et capables des pires horreurs. Évidemment, le chef de la lignée essaie de répandre le mal et tente même de corrompre l’un des fils de Noé. Seth, qui a été chassé après vu son père nu, a fondé sa propre lignée. Noé fait partie de sa descendance. A l’opposé de son frère, la lignée descendant de Seth est végétarienne et refuse de tuer des animaux pour se nourrir. Noé, chef de file du véganisme version biblique, reçoit un message de Dieu qui lui annonce qu’un déluge va s’abattre sur la terre car les hommes l’ont trop souillé. Tout n’est pas mauvais sur terre et Noé se voit chargé de sauver les êtres innocents c’est à dire les animaux afin de repeupler un monde meilleur où l’espèce humaine est amenée à disparaître. Par conséquent, les hommes ne pourront pas reproduire leurs erreurs et la terre sera préservée. C’est pour cette raison que les fils de Noé ne sont pas autorisés à amener une compagne et que le personnage imaginaire d’Ila est sensé être stérile. Bref, le message véganiste du film semble être profondément ancré dans la production même du film dans le sens où aucun animal n’a été utilisé pendant le tournage et que tout a été réalisé en 3D, ce qui ne rend pas forcément très bien dans le film. L’actrice anglaise Emma Watson a dit avoir été malade pendant le tournage après avoir bu un verre d’eau non potable car les bouteilles d’eau n’étaient pas autorisées.

Noé

Pour conclure, Noé est un film en demi-teinte. Ni réussi, ni raté, Darren Aronofsky semble avoir été trop ambitieux pour ce film présenté comme une interprétation personnelle du récit biblique. A ce niveau là, le film ne tient absolument le spectateur. Il aurait sans aucun doute été plus judicieux de reprendre des éléments du récit biblique et de les intégrer à une histoire de fantasy. Cela aurait certainement évité de nombreuses déceptions. Le film souffre également d’un traitement inégal notamment en ce qui concerne les personnages. Alors que le personnage de Noé est très travaillé, les autres passent un peu à la trappe et sont écrasés par l’interprétation de Russell Crowe. C’est notamment le cas du personnage joué par Jennifer Connelly, littéralement écrasé. Ce traitement inégal se retrouve également dans la construction du film. Ainsi, le film met beaucoup de temps à commencer car le réalisateur se perd dans ses rappels à la Bible : l’histoire d’Abel et Caïn, la création du monde, Adam et Eve, l’histoire du père de Noé et etc … tout ça avant d’en arriver au cœur du sujet : la construction de l’arche. Enfin, il est gênant de ne pas parvenir à comprendre quelles sont les réelles motivations du réalisateur à se lancer dans un tel projet. Les divers sens que l’on peut trouver dans le film tels que l’apologie du véganisme, le rapprochement possible entre le fanatisme et la foi ne sont pas clairement assumés.

Erin

 
 
 

Photos du film :