Réalisé par : Payne Payne
Avec : Bruce Dern, Will Forte, June Squibb
Sur un scénario de : Bob Nelson avec une musique de : Mark Orton
Genre : Comédie dramatique
Film Américain réalisé en 2014

 

 

Synopsis du film :
Un vieil homme, persuadé qu’il a gagné le gros lot à un improbable tirage au sort par correspondance, cherche à rejoindre le Nebraska pour y recevoir son gain, à pied puisqu’il ne peut plus conduire. Un de ses deux fils se décide finalement à emmener son père en voiture chercher ce chèque auquel personne ne croit. Pendant le voyage, le vieillard se blesse et l’équipée fait une étape forcée dans une petite ville perdue du Nebraska qui s’avère être le lieu où le père a grandi. C’est ici que tout dérape. Rassurez-vous, c’est une comédie !

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Veuillez ne pas lire cette critique si vous n’avez pas vu le film.

Primé au Festival de Cannes 2013 pour la performance extraordinaire de Bruce Dern, Nebraska attire immédiatement par sa sublime photographie en noir et blanc. Non seulement elle magnifie les paysages et les visages mais en plus elle sert le propos du film dans le sens où le dépouillement esthétique permet de centrer l’attention sur l’essentiel. Comme l’a remarqué le magazine Positif dans son numéro 638, l’utilisation du noir et blanc fait penser aux photographies de la Grande Dépression. C’est une Amérique appauvrie et affaiblie par la crise que le réalisateur Alexander Payne filme. Pourtant, dans cette Amérique ternie et filmée en noir et blanc, une lueur d’espoir fait encore rêver les hommes. C’est le rêve américain : cette idée que l’on peut réussir en travaillant. Après avoir travaillé toute sa vie, Woody se laisse séduire par l’idée que le ciel ait pu lui faire un petit cadeau financier. Ce rêve qui se transformera finalement en désillusion permet d’aborder une nouvelle thématique : l’illusion.Ces thèmes sont parfaitement mis en scène dans une scène particulièrement émouvante. Après avoir constaté que le ticket de Woody n’était pas gagnant, David se décide à réaliser le rêve de son père c’est à dire avoir un compresseur et une camionnette. Ce petit geste qui conclut l’épopée est très émouvant. Mais là où la scène devient bouleversante c’est lorsque David propose à son père de conduire la camionnette le temps de traverser la rue principale afin que tout le monde le voit. Fier, Woody prend le volant et demande à son fils de se cacher afin que l’illusion soit parfaite. En l’espace d’une scène, Alexander Payne renoue le lien affectif entre un père et son fils.

Nebraska

S’inscrivant dans la tradition américaine du road movie, Nebraska suit le parcours de Woody Grant, vieux bougon persuadé d’avoir gagné une somme importante à un jeu et son fils David qui se sent obligé de l’accompagner dans le Nebraska. Comme dans tout road movie, les personnalités vont se révéler au fil de la route. Sous son apparence peu sympathique, Woody Grant va se révéler être un homme dans tout ce qu’il y a de plus humain. Ses faiblesses sont dévoilées. La plupart des personnages essaieront d’ailleurs d’en profiter. Ses relations complexes avec sa famille sont mises en avant. Il en est de même pour David qui apparaît très distant au début du film et qui se rapproche peu à peu de son père. Le motif de la route est aussi le moyen pour les personnages de remonter le temps et de rattraper certaines erreurs ou certains manquements. Plusieurs éléments participent à la mise en place de cette thématique. Ainsi, la mère de famille, véritable mémoire vivante de la ville, remonte constamment le temps en racontant des histoires sur son entourage. La maladie d’Alzheimer dont Woody est atteint peut également contribuer au thème de la mémoire.

Nebraska

Cette thématique va de pair avec la notion d’héritage largement traitée dans le film. En effet, Woody est un homme banal qui n’a rien fait de spécial pour laisser un souvenir mémorable à sa famille. C’est en partie pour cette raison qu’il veut aller toucher la somme promise afin de pouvoir acheter un compresseur et une camionnette et non pour posséder les objets eux-mêmes mais pour pouvoir transmettre un héritage. C’est de cette action aussi belle qu’inattendue que naît l’émotion la plus pure . Au final, ce ne sont pas ces deux objets que Woody va offrir à son fils mais l’image d’un homme égoïste, capable de se dépasser pour devenir momentanément le père qu’il n’a pas été. Néanmoins, certains ont vu dans le désir de transmission de Woody un nouvel acte égoïste dans le sens où transmettre est un moyen de continuer à exister après la mort. Personnellement, il me semble que Woody est un personnage simple qui suit ses intuitions. Bien qu’il ait été un égoïste tout au long de sa vie, ce désir de transmission apparaît comme une forme de rédemption. Si ce n’était pas pour montrer une évolution dans le comportement de Woody, le film n’aurait que peu d’intérêt et l’introspection de ce même personnage ne serait pas autant mise en avant.

Nebraska

De plus, les relations humaines et en particulier familiales font partie des thèmes principaux de Nebraska. En effet, la famille Grant n’a rien d’une famille unie et chaleureuse. Bien au contraire, elle apparaît comme une famille où les non-dits sont légion. Cette image de famille désunie s’accentue paradoxalement lorsque l’on rencontre les différents membres de la famille élargie. Les cousins fainéants et voyous sur les bords sont immédiatement attirés par l’argent que Woody aurait gagné. Les autres membres de la famille ne sont pas en reste et convoitent aussi le pactole de Woody. C’est notamment le cas de l’affreux Ed Pegram qui dit ouvertement à Woody que ce dernier lui doit de l’argent pour des prétendus services rendus. Cette galerie de personnages pathétiques dont les mauvais côtés ont été révélés par l’appât du gain sont une source inépuisable de comédie. Ils ont aussi pour fonction d’accentuer les faiblesses de Woody. La famille Grant s’unit au fil du film grâce à l’épreuve proposée par Woody. L’épouse de Woody qui est une femme rude n’ayant pas la langue dans sa poche taquine son mari autant qu’elle le défend. Plus touchant encore, David le fils peu enthousiaste au début du film se révèle être un moteur pour son père dans sa quête au pactole. Il émane de lui un sentiment protecteur envers son vieux père.

Nebraska

Alexander Payne signe un film profondément humain où les diverses et parfois contradictoires émotions humaines se mêlent. Avec un duo qui fonctionne à merveille (Bruce Dern-Will Forte), le film aborde une multitude de thèmes avec une efficacité déconcertante. Avec son esthétique élégante et dépouillée, Nebraska magnifie les visages et les paysages et permet aux spectateurs de se concentrer sur l’essentiel c’est à dire l’émotion qui passe à travers une large palette de sentiments (tendresse, amertume, cupidité, générosité …).

Nebraska

L’important c’est d’avoir fait la route, pas ce qu’il y au bout. Et c’est en concluant ainsi son film qu’Alexander Payne signe l’un des plus beaux films de l’année.

Erin

 
 
 

Photos du film :