Réalisé par : Spike Jonze
Avec : Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Olivia Wilde, Amy Adams, Rooney Mara
Sur un scénario de : Spike Jonze avec une musique de : Arcade Fire
Genre : Drame
Film Américain réalisé en 2014

 

 

Synopsis du film :
Los Angeles, dans un futur proche. Théodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l’acquisition d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de ‘Samantha’, une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux…

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Dès la scène d’ouverture du film, Her se veut original. D’emblée, le film en impose avec son sujet soi-disant révolutionnaire et innovant, comme si le spectateur n’avait jamais vu une histoire d’amour entre un homme et une machine. Bref, on patiente en attendant la suite en se disant que Spike Jonze va parvenir à donner de la consistance à son film. Les minutes passent et il n’en est rien. En effet, le premier défaut de Her réside sans aucun doute dans son manque d’ambition. Alors que le réalisateur prend du temps pour mettre en place la situation initiale, en présentant le monde dépersonnalisé dans lequel Theodore Twombly vit. L’atmosphère n’est pas chaleureuse, les relations humaines sont rares et la solitude semble être inévitable. L’histoire d’amour entre Samantha, le système d’exploitation et Theodore va naître, se développer puis mourir, comme cela est prévisible sans aucune ambition. En effet, alors que l’on peut légitimement s’attendre à une critique aussi frontale qu’acerbe de cette société numérique vers laquelle nous courrons, Spike Jonze se contente de signer une simple petite comédie romantique entre un homme et une machine dont l’issue est évidente.

Her

Le second défaut de Her réside sans aucun doute dans sa mise en scène. En effet, le film est incroyablement long et ne s’intéresse finalement qu’à des détails minimes constituant toute histoire d’amour. Le réalisateur fait le choix de filmer longuement certains détails notamment d’ordre sexuel. Il répète ce type de scène, ce qui conduit inévitablement le spectateur à l’ennui.

Her

Premier point positif : Joaquin Phoenix livre une performance exceptionnelle toute en nuance. Il prouve qu’il est toujours l’un des meilleurs acteurs de sa génération. Il faut dire que l’acteur a un très beau rôle. Theodore Twombly est un personnage romantique et naïf en amour qui parvient à toucher les spectateurs par sa souffrance physiquement visible. A cet égard, le film livre un constat attristant des situations amoureuses actuelles. Les couples se séparent sur des coups de tête. La souffrance n’est pas acceptée en société et il est bien difficile pour les hommes comme les femmes de l’assumer. La solitude et la réalité virtuelle deviennent inévitablement des refuges rassurants pour ces hommes et ces femmes blessés par ce qui reste d’humain sur cette planète c’est à dire les sentiments. Que ce soit Theodore ou Amy, tous deux blessés par un divorce incompréhensible, la réalité virtuelle offre un havre de paix où le mensonge n’a pas sa place. Les différentes histoires d’amour montrées dans le film et qui se sont toutes soldées par des échecs mettent en avant la difficulté pour l’être humain, qui peut tout avoir en l’espace d’un clic, à accepter les travers de toute relation amoureuse. Néanmoins, le film n’atteint jamais le niveau de la réflexion critique : est-ce l’évolution de notre société qui détruit les relations humaines et amoureuses ? Est-ce que l’utilisation des nouvelles technologies a changé notre manière de communiquer au point d’empêcher les gens de s’affronter et d’être honnête les uns envers les autres dès qu’il s’agit de sentiments ? Il semble difficile de répondre à cette question lorsque l’on voit le film qui apparaît à des moments relativement ambigu. En effet, les relations amoureuses heureuses et épanouies n’ont pas disparu de la surface de la terre puisque Theodore écrit des lettres d’amour pour des couples heureux depuis des années. De plus, pendant une bonne partie du film, on voit des couples s’épanouir autour des protagonistes.

Her

Le film propose un idéal féminin relativement réducteur dans le sens où l’âme sœur apparaît nécessairement comme une femme belle et soumise, prête à consacrer du temps à son homme dans les bons comme dans les mauvais moments. Lorsque cette dernière ose se rebeller, elle met à mal toute la relation amoureuse et fait souffrir.

Her

Deuxième point positif : la performance vocale de Scarlett Johansson qui parvient plus ou moins à donner corps à ce système d’exploitation. En effet, on parvient pendant une partie du film à matérialiser la voix de Samantha. Connaissant l’actrice, on imagine une femme pulpeuse qui pourrait être à elle seule l’incarnation de l’idéal féminin. Alors que Spike Jonze réussit ce pari aussi fou que risqué pendant la première partie du film, le charme cesse d’opérer au moment même où le réalisateur tente de donner corps à Samantha par l’intermédiaire d’une prostituée. A partir de ce moment-là, on cesse d’y croire et Samantha redevient un simple système d’exploitation.

Her

Pour conclure, Her est un film particulièrement intéressant mais qui peine à convaincre à certains moments. Le charme du film a tendance à s’estomper au fil du film qui manque également d’une vision critique de nos sociétés modernes et futures. Après une très courte réflexion sur l’autonomie de l’intelligence artificielle, le film se termine sur la fin des histoires d’amour entre les humains et les machines, ce qui était plus que prévisible. Avec une durée aussi longue et de nombreux passages à vide, il est regrettable que le film s’arrête avant même de s’intéresser aux conséquences inévitables qu’une telle expérience peut avoir sur la manière d’appréhender les relations humaines et amoureuses.

Erin

 
 
 

Photos du film :