Réalisé par : Emanuele Crialese
Avec : Charlotte Gainsbourg, Vincenzo Amato, Aurora Quattrocchi, Francesco Casisa, Filippo Pucillo
Sur un scénario de : Emanuele Crialese avec une musique de : Antonio Castrigano
Genre : Drame historique
Film Italien réalisé en 2007

 

 

Synopsis du film :
Début du XXème siècle. Dans un coin perdu de la campagne sicilienne, vit une famille de paysans qui s'échinent sur le même lopin de terre depuis des générations. Ils mènent une existence en harmonie avec la nature et cohabitent avec les esprits de leurs défunts. La monotonie de leur vie quotidienne est interrompue par des récits du Nouveau Monde, de leurs habitants, et des innombrables richesses de cet Eden... Salvatore décide de vendre tout ses biens : sa terre, sa maison, son bétail pour partir avec ses enfants et sa mère âgée mener une vie meilleure de l'autre côté de l'océan. Mais pour devenir citoyen du Nouveau Monde, il faut mourir et renaître un peu. Il faut abandonner les traditions séculaires et les vieilles croyances de sa terre, il faut être sain de corps et d'esprit savoir obéir et jurer fidélité si l'on veut franchir "La Porte d'Or"...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Lion d'argent de la Révélation à la 63ème Mostra de Venise, Golden Door s'intéresse à Salvatore Mancuso un sicilien qui décide de partir en Amérique dans l'espoir d'avoir une vie meilleure. Afin de nous faire comprendre les raisons qui ont poussé ce personnage à immigrer, Emanuele Crialese prend le temps de filmer les paysages siciliens et le dénuement dans lequel vivent les populations. La Sicile est montrée comme une terre aride où rien ne pousse et qui ne peut donc pas nourrir suffisamment. Contrairement à de nombreux films, la décision de quitter la Sicile n'est pas facilement prise. En effet, même si Salvatore est rapidement attiré par les perspectives de richesse que propose l'Amérique, sa mère Fortunata n'est pas du même avis. Pourtant, Salvatore s'accroche à son rêve et tous les signes vont dans son sens. C'est en tout cas ce que semblent signifier la scène où Salvatore gravit une colline aride et où face au refus de sa mère il préfère s'enterrer. Bref, cela fait partie du destin de Salvatore de partir en Amérique.

Golden Door

Partir ….

Le réalisateur accorde du temps au départ des Mancuso, ce qui permet de mettre en avant les difficultés inhérentes au départ. Ainsi, il découpe les différentes étapes préparant au départ. Et l'on se rend compte qu'il fallait une bonne dose de courage pour pouvoir quitter sa terre dans l'espoir d'améliorer ses conditions de vie. La scène qui montre le bateau s'éloigner lentement du port est particulièrement émouvante. La manière dont la scène est filmée est assez révélatrice sur le point opté par le réalisateur. En montrant un bateau lentement s'éloigner du quai, on prend conscience que ces immigrants s'éloignent simplement de leur terre natale. En ce sens, le retour n'est pas exclu, et ce sera finalement le cas pour Fortunata à la fin du film.

Golden Door

Et revenir ….

Dès le début du film, Fortunata est assimilée aux traditions. Elle apparaît comme une « sorcière » capable de faire fuir les mauvais esprits comme en témoigne la scène où Rita va la voir pour un terrible mal au ventre. Le mal de Rita est psychosomatique dans le sens où elle angoisse terriblement à l'idée de se rendre aux États-Unis et épouser un homme qu'elle n'a jamais vu auparavant. Comme l'indique le très intéressant dossier du site crdp.ac-paris.fr, Fortunata a recours à ce que l'on appelle la psychomagie lorsqu'elle retire un serpent du corps de Rita pour lui montrer qu'elle a physiquement fait sortir le mal de son corps. Bref, Emanuele Crialese prend le temps de filmer les traditions de l'époque : la vestizione, l'ensevelissement de Salvatore comme un ultime adieu à sa terre, aux siens. Si vous souhaitez en savoir davantage, je vous invite à lire le dossier du crdp.ac-paris.fr http://crdp.ac-paris.fr/seanceplus/goldendoor/document_italien.htm

Revenons en à Fortunata. Ce voyage en Amérique n'a aucune signification pour elle car elle n'attend rien de l'Amérique. En effet, elle a déjà vécu sa vie en Sicile et n'a rien à espérer de l'Amérique. Si elle accepte de faire le voyage c'est en partie pour s'assurer que son fils Salvatore réalise son rêve. Une fois que Salvatore est arrivé en Amérique, Fortunata ne met pas vraiment de la bonne volonté pour passer les tests. En effet, elle compte rentrer en Italie, sa terre natale. Est-ce une technique narrative de la part du réalisateur pour rappeler que de nombreux italiens, et en particulier les italiens du Sud repartaient dans leur pays natal après qu'ils aient gagné suffisamment d'argent ?

Golden Door

Le personnage de Lucy

Au moment même où Lucy apparaît à l'écran, elle contraste avec tous les autres immigrés embarqués en Sicile. Bien habillée et anglaise, Lucy est un personnage mystérieux qui se révélera très peu tout au long du film. On apprend seulement que la jeune femme avait probablement un rang assez élevé dans la bourgeoisie anglaise et qu'elle a besoin d'un mari pour pouvoir rentrer aux États-Unis. Il suffit de quelques secondes à Salvatore Mancuso pour être fasciné par Lucy. En effet, ce dernier décide de défendre la jeune femme très sollicitée à bord par d'autres hommes. Après s'être cherchés, Salvatore et Lucy conviennent d'une union lors de leur arrivée en Amérique. Le personnage de Lucy est particulièrement intéressant d'un point de vue analytique. Pour commencer, on constate que le prénom Lucy vient de Lux qui signifie « lumière » en latin. En ce sens, Lucy est associée à la lumière, celle que l'on voit au bout du tunnel. De plus, Lucy est associée à l'abondance et cela dès la première fois où elle apparaît à l'écran richement vêtue. A ce titre, les rumeurs vont bon train sur ses origines sociales et sur son histoire. Lucy pourrait être liée de loin ou de près au roi d'Angleterre. Lucy apparaît à deux reprises dans des scènes hors du temps où on la voit accompagnée de Salvatore nager dans une mer de lait, symbole d'abondance et de richesse. Comme pour rendre le message plus explicite, le réalisateur a décidé d'intégrer une carotte géante comme on avait pu les voir sur les photographies truquées venues des États-Unis au début du film. Enfin, le réalisateur donne un indice sur la fonction de Lucy dans le film par le biais d'un court dialogue au cours duquel Salvatore demande où l'Amérique se trouve et Lucy répond qu'elle est juste devant lui mais qu'elle ne se voit pas. En un mot, Lucy apparaît comme l'allégorie de l'Amérique et en particulier aux yeux de Salvatore.

Golden Door

Conclusion

Golden door est un film très instructif sur ces millions d'immigrés qui ont choisi l'Amérique dans l'espoir de jours meilleurs. Le film est extrêmement réaliste et très documenté. Emanuele Crialese ne néglige aucun détail que ce soit au départ, pendant le voyage ou à l'arrivée à Ellis Island. Ainsi, il s'intéresse de près à la psychologie des personnages au départ, dénonce la propagande américaine visant à faire venir des travailleurs à travers des photographies truquées montrant des pièces poussant sur les arbres ou des fruits et légumes géants. Il montre également la première sélection faite dans le pays d'origine et l'embarquement douloureux. Ensuite, il filme la traversée et les terribles conditions auxquelles devaient faire face les immigrants. Enfin, et c'est sans doute dans cette partie que l'on voit le mieux le travail documentaire, Crialese s'intéresse de près aux moments passés à Ellis Island. On assiste donc aux différents examens médicaux, puis aux différentes séries de tests. Et l'on voit également les différentes réactions des immigrants qui vont de la peur à la colère. Enfin, la richesse de la documentation atteint des sommets lorsque le réalisateur italien filme les mariages arrangés à Ellis Island ou encore lorsque Lucy remplit un formulaire à la place de Salvatore, élément qui permet de situer les aventures des personnages avant 1917, époque où les immigrants n'avaient pas besoin de savoir lire et écrire pour rentrer aux États-Unis. Le rendu à l'écran est fantastique et l'on sent bien que le réalisateur ne s'est pas contenté de s'informer mais a lu des milliers de lettres d'immigrés italiens. Pour conclure, on peut constater que le réalisateur a une vision particulièrement réaliste de l'immigration et qu'il ne fait aucune concession. Ainsi on assiste avec étonnement aux mariages arrangés à Ellis Island. Au lieu d'être un moment heureux, cette scène fait rejaillir toute le désespoir de ces femmes jeunes et moins jeunes prêtes à épouser un inconnu pour pouvoir espérer une vie meilleure. Enfin, à mesure que le film avance, le réalisateur s'oriente au même titre que ses personnages vers l'Amérique. Pour ce faire, Crialese fait usage d'une musique plus en plus américaine.

Golden Door

Erin

 
 
 

Photos du film :