Réalisé par : Alex De la Iglesia
Avec : Javier Botet, Mario Casas, Carmen Maura, Hugo Silva, Carolina Bang, Jaime Ordonez, Macarena Gómez
Sur un scénario de : Jorge Guerricaechevarría et Álex de la Iglesia avec une musique de : Joan Valent
Genre : Comédie
Film Espagnol réalisé en 2014

 

 

Synopsis du film :
En plein jour, un groupe d’hommes braque un magasin d’or de la Puerta del Sol à Madrid. José, père divorcé en plein conflit avec son ex-femme, Tony, son complice, sex-symbol malgré lui, Manuel, chauffeur de taxi embarqué contre son gré dans l’aventure, et Sergio, le fils de José, partent en cavale. Objectif : atteindre la France en échappant à la police… Mais arrivé près de la frontière française, dans le village millénaire de Zugarramurdi, le groupe va faire la rencontre d’une famille de sorcières, bien décidées à user de leurs pouvoirs maléfiques pour se venger des hommes…

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Pour sa nouvelle folie, Alex de la Iglesia s'intéresse au village de Zugarramurdi (Navarre) célèbre pour ses procès de l'Inquisition au 17ème siècle qui ont mené de nombreuses personnes au bûcher. Ces personnes avaient été accusées de participer à des sabbats et à des rituels de débauche.

Les sorcières de Zugarramurdi

Si des vacances dans ce charmant village vous intéressent, rendez vous sur le site suivant : http://www.turismo.navarra.es/fre/organice-viaje/recurso.aspx?o=4040

Sous ses airs de comédie loufoque, Les sorcières de Zugarramurdi se nourrit de la légende pour signer un film critique sur la société actuelle. Pour ce faire, le réalisateur espagnol s'intéresse à la figure de la sorcière, très importante dans la mythologie du Pays Basque : « Car il faut savoir qu'il y a une vraie mythologie de la sorcière, des dieux et des déesses au Pays Basque, c'est pratiquement une religion, considérée comme primitive. Il y avait un culte à la déesse Mère justement, avec une société matriarcale mais qui restait souterraine. Il ne faut pas non plus croire qu'elle était mise en évidence mais cela existait. Nous avons eu envie de réutiliser toutes ces légendes dans ce film et de tourner à Zugarramurdi  qui est un village où serait née la sorcellerie. J'y retournerai sûrement car toute cette région est très riche d'histoire et continue de nourrir ces légendes notamment avec le carnaval. »

Les sorcières de Zugarramurdi

Dans un premier temps, Alex de la Iglesia compare la figure de la femme à la figure de la sorcière. C'est d'ailleurs ce qu'indique le générique dans lequel figurent de nombreuses femmes célèbres telles que Frida Kahlo, Angela Merkel, Margaret Thatcher ou Simone de Beauvoir. Le réalisateur ne les compare pas à des sorcières dans le sens maléfique du terme mais semble pointer leur pouvoir de fascination sur les hommes. Dans un deuxième temps, la femme devient une sorcière au sens métaphorique du terme. En effet, le film met en scène José, un père de famille divorcé qui redoute son ex-femme. Cette ex-femme prénommée Silvia apparaît immédiatement comme une femme dangereuse. Ses cheveux noirs, ses yeux noirs perçants, sa colère et son énergie font d'elle une femme redoutable. Le contexte contemporain dans lequel se déroule le film sous-entend que les femmes possèdent un pouvoir lié à leur maternité et reconnu par la justice en cas de divorce. C'est en tout cas ce que pense José dont je me permets de citer quelques paroles « J'en ai plein le cul de la pension, des juges et de sa sorcière de mère. » Le comportement de José qui surnomme son ex-femme Armageddon nous amène à nous interroger sur l'essence même du mariage. En effet, à aucun moment du film, on ne verra l'attachement de deux ex-époux. L'image de ces tas d'alliances revendues à des sociétés rachetant l'or semble établir une comparaison entre l'institution du mariage et l'argent, comme si le mariage n'était en réalité qu'une union financière.

Les sorcières de Zugarramurdi

Par opposition, le réalisateur dépeint les hommes comme des êtres faibles et dominés, incapables de se gérer seuls . Ainsi, José et sa bande d'amis sont de grands enfants dans des corps d'adultes comme semblent en témoigner leurs déguisements enfantins au début du film. Ils sont excités par leur braquage qui devient une folle aventure sans jamais mesurer la gravité de leurs actes. En ce qui concerne José et son ami Tony respectivement déguisés en Jésus Christ et en soldat vert, on constate qu'ils ont tous deux choisi des déguisements aux attributs masculins forts. Cherchant à tout prix à s'émanciper de leur femme respective, ni l'un ni l'autre n'y parviendra réellement puisqu'ils seront tour à tour rendus prisonniers de leur désir sexuel dès qu'ils croiseront le regard de la belle Eva.

Les sorcières de Zugarramurdi

Le réalisateur espagnol se nourrit non seulement des légendes entourant le village de Zugarramurdi mais également des mythes et légendes basques. Comme l'expliquent certains experts, cette société était basée sur un système matriarcale qui plaçait la femme au centre de la société. Le paganisme basque gravitait autour de la divinité féminine Mari qui incarnait la nature. Considérée comme la mère créatrice du monde, cette déesse avait les particularités de vivre sous terre et d'être servie par une horde de sorcières, éléments repris dans le film. En ce qui concerne la représentation visuelle de la déesse-mère, Alex de la Iglesia semble s'être directement inspiré de Mari, la déesse-mère païenne et de la Vénus de Willendorf. Avec ses attributs féminins sur-développés, elle apparaît comme la représentation même de la fécondité et de la maternité. Néanmoins, elle ne possède aucune chaleur maternelle. Au contraire, la déesse-mère du réalisateur espagnol est monstrueuse et se rapproche de la figure de l'ogresse. Quoiqu'il en soit, De la Iglesia ne prend pas de parti pris. Les femmes comme les hommes en prennent pour leur grade.

Les sorcières de Zugarramurdi

Les sorcières de Zugarramurdi est un film profondément subversif où les règles sont inversées. Ainsi, la figure de Jésus Christ se retrouve assimilée à un braquage et à un vol d'or, celle du courageux soldat à un homme peureux et dominé par sa compagne. Au passage, Alex de la Iglesia ne manque pas de critiquer la situation économique de l'Espagne. Enfin, le réalisateur espagnol porte le coup de grâce en remplaçant Dieu par une déesse féminine païenne. Bref, le film prend des allures de carnaval. Et dans un sens, le film est une version moderne du carnaval, cette courte période où tous les codes sont inversés. Et c'est d'ailleurs ce qu'il fait en revisitant en profondeur le mythe de la sorcière qui est une allusion directe à la femme moderne c'est à dire indépendante et émancipée et donc perçue comme une menace par les hommes. Malgré son rythme effréné, Les sorcières de Zugarramurdi, le film se révèle être un film d'amour où l'impossible arrive puisqu'une sorcière va tomber amoureuse d'un humain un peu raté sur les bords.

Sources :
http://www.toutlecine.com/cinema/l-actu-cinema/0002/00028058-les-sorcieres-de-zugarramurdi-alex-de-la-iglesia-tout-le-film-est-une-boutade.html
http://matricien.org/2014/01/04/cinema-les-sorcieres-de-zugarramurdi-comedie-espagnole-sur-le-paganisme-matriarcal-basque/

Erin

 
 
 

Photos du film :