Réalisé par : Sam Raimi
Avec : Alison Lohman, Justin Long, Lorna Raver, Dileep Rao
Sur un scénario de : Sam Raimi et Ivan Raimi avec une musique de : Christopher Young
Genre : Horreur
Film Américain réalisé en 2009

 

 

Synopsis du film :
Christine Brown, spécialiste en crédit immobilier, vit à Los Angeles avec son petit ami, le Professeur Clay Dalton. Tout va pour le mieux jusqu'au jour où la mystérieuse Mme Ganush débarque à la banque et la supplie de lui accorder un crédit supplémentaire pour sa maison. Christine hésite entre la compassion et la pression de son patron, Mr Hicks, qui la voudrait plus ferme avant de lui octroyer une promotion. Fatalement, Christine choisit sa carrière, même si sa décision met Mme Ganush à la rue. Pour se venger, la vieille femme jette la malédiction du Lamia sur Christine, transformant sa vie en un véritable cauchemar. Hantée par un esprit malfaisant, incomprise de son petit ami, elle se fait aider du medium Rham Jas, qui l’entraîne dans une course frénétique contre la damnation éternelle, pour inverser le sortilège...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Dès le début du film, on peut sentir le spectre de la crise financière de 2008 planer sur le nouveau long métrage de Sam Raimi. En effet, Christine Brown travaille dans une banque et reçoit Mme Ganush, une vieille femme d'origine gitane qui vient lui demander une prolongation de crédit. La jeune femme est alors tiraillée entre sa nature plutôt douce et son envie de gravir les échelons dans l'entreprise, ce qui ne sera possible que si elle sait se montrer ferme d'après son patron. Après avoir parlé du problème à son patron, Christine prend la décision de refuser le prêt à Mme Ganush qui va alors supplier la jeune femme. Paniquée, Christine repousse la vieille femme qui s'agrippe à sa jupe. C'est la goutte de trop pour Mme Ganush qui considère ce geste comme une humiliation. S'ensuit alors une bagarre aussi brutale que comique durant laquelle Mme Ganush arrache un bouton de la veste de Christine et la maudit. Grâce à une scène d'introduction mettant en scène un enfant envoyé aux enfers pour avoir volé un collier aux gitans, on comprend immédiatement ce qui attend la pauvre Christine.

Jusqu'en enfer

En dépit d'une entrée en la matière particulièrement sombre, Jusqu'en enfer réserve de véritables moments de comédie. En effet, Sam Raimi se montre particulièrement habile pour mélanger l'horreur et l'humour. Le réalisateur enchaîne les scènes à mi-chemin entre le grotesque et la terreur. On pense évidemment à la scène de rencontre à la banque, à la scène de dispute dans la voiture, à la scène du cimetière où Christine s'acharne à mettre le bouton dans la bouche de Mme Ganush qui sont toutes aussi jouissives les unes que les autres. Si la forme de Jusqu'en enfer est particulièrement séduisante, c'est aussi parce qu'elle rend hommage à un certain cinéma d'horreur. Ainsi, on reconnaîtra la voiture de Mme Fields de Evil Dead.

Jusqu'en enfer

Le personnage de Christine est l'un des points forts du film. En effet, la jeune femme apparaît au premier abord comme une jeune femme douce, sensible et généreuse. Petit à petit, son portrait est écorné par diverses révélations. Ainsi, sa bonté naturelle qui prédominait perd peu à peu de sa splendeur au point que l'on se mette à penser que la jeune femme est une carriériste qui se cache derrière un visage enfantin. Christine connaît d'ailleurs très bien le jeu des apparences. En effet, derrière sa silhouette menue, la jeune femme cache les blessures d'une ancienne ronde. Derrière ses apparences de citadine, elle cache ses origines campagnardes et l'alcoolisme de sa mère. Bref, Christine est un personnage plus ambigu qu'il n'y paraît. C'est d'ailleurs ce que montre l'une des dernières scènes du film lorsque Christine cherche à offrir le bouton maudit à quelqu'un afin d'échapper à la damnation éternelle. Elle hésite à s'en prendre à un vieil homme sans défense et déjà malade, à son collègue de bureau qui lui a volé son dossier et qui a été promu à sa place avant de se décider à condamner à la damnation Mme Ganush, la responsable de tous ses malheurs. Pourtant, on ne peut s'empêcher d'avoir de la compassion pour cette pauvre Christine qui va subir les pires souffrances psychologiques (sa mort et sa damnation éternelle programmée) et physiques (cheveux arrachés, coups multiples d'une puissance démoniaque, projections de vomi et autres).

Jusqu'en enfer

Les autres personnages ne sont pas mis de côté. En effet, Clay le petit ami a une personnalité propre. Il est présenté comme un rationaliste qui ne croit pas au médium. Sa famille est dépeinte comme bourgeoise et coincée, ce qui donnera lieu à une scène de dîner très drôle. Mme Ganush a elle aussi une famille. Enfin, notons que le point de vue de Clay est intéressant dans le sens où il semble être le plus proche de celui du spectateur. En effet, on regarde passivement les horreurs qui arrivent à Christine tout en ayant de la compassion pour elle. Notre surprise et notre impuissance sont similaires.

Jusqu'en enfer

Le Lamia est également une belle réussite. En effet, Sam Raimi a l'intelligence de ne jamais montrer le Lamia mais plutôt de suggérer sa présence, ce qui fait généralement froid dans le dos. De plus, la scène d'introduction agit comme une scène de présentation effroyable de la « chose » et crée donc une attente par rapport à l'histoire de Christine. Le nom du monstre est sans aucun doute inspiré du personnage Lamia que l'on trouve dans la mythologie grecque. Lamia était l'amante de Zeus, ce qui provoqua la colère d'Héra qui décida de la punir en tuant ses enfants et en l'empêchant de fermer les yeux afin qu'elle ne puisse jamais trouver le repos. Par conséquent, Lamia devint folle et se transforma peu à peu en un monstre mi-femme mi-serpent. Privée de ses enfants, Lamia se mit alors à tuer les enfants d'autres mères. Ce mythe fit de Lamia le croque-mitaine de l'époque.

Jusqu'en enfer

Tout en sachant que le Lamia existe, Sam Raimi s'intéresse au sentiment de culpabilité qui bouleverse Christine. Ainsi, les premières apparitions peuvent être mises sur le compte de cette culpabilité alors qu'il n'en est rien. Cela montre bien que le réalisateur des Evil Dead est capable de dépasser le stade du simple film d'horreur. Il est capable de donner corps à une réflexion sur la société actuelle. Peut-on voir dans les conséquences du refus de Christine de prolonger le prêt de Mme Ganush une métaphore de ce que les gens peuvent penser des banquiers qui n'hésitent pas à jeter à la rue ceux qui n'ont plus rien ?

Jusqu'en enfer

Jusqu'en enfer est une véritable réussite que l'on prend un plaisir fou à regarder. En mélangeant habilement les genres et en ajoutant une réflexion sur la société, le film est bien plus ambitieux qu'il n'y paraît.

Erin

 
 
 

Photos du film :