Réalisé par : Steven Spielberg
Avec : Daniel Day Lewis, Sally Field, Tommy Lee Jones, David Strathairn, Joseph Gordon-Levitt, James Spader, Hal Holbrook, John Hawkes, Jackie Earle Haley, Bruce McGill, Tim Blake Nelson, Joseph Cross, Jared Harris, Michael Stuhlbarg, Lee Pace, Peter McRobbie, Gulliver McGrath, Gloria Reuben
Sur un scénario de : Tony Kushner avec une musique de : John Williams
Genre : Biopic
Film Américain réalisé en 2013

 

 

Synopsis du film :
Les derniers mois tumultueux du mandat du 16e Président des États-Unis. Dans une nation déchirée par la guerre civile et secouée par le vent du changement, Abraham Lincoln met tout en œuvre pour résoudre le conflit, unifier le pays et abolir l'esclavage. Cet homme doté d'une détermination et d'un courage moral exceptionnels va devoir faire des choix qui bouleverseront le destin des générations à venir.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Que penser du dernier long-métrage de Steven Spielberg ? D'après le titre, le film est censé traiter d'Abraham Lincoln, l'illustre 16 ème président des États-Unis dont le second mandat fut essentiellement marqué par la guerre de sécession. Le défaut majeur du film est de ne pas trouver réellement son sujet. En effet, le film n'est pas un biopic sur Abraham Lincoln, bien que Steven Spielberg s'intéresse de près à certains aspects de sa vie. Le film n'aborde pas frontalement la politique menée par le président. Ce manque de directive est regrettable dans le sens où le réalisateur ne manque de rappeler que la période à laquelle se déroule le film est cruciale au niveau politique. Néanmoins, au lieu de s'intéresser à la guerre de Sécession, au déchirement de la nation, à la cause abolitionniste et etc..., Steven Spielberg préfère s'intéresser aux soi-disant problèmes psychologiques de l'épouse du président qui ne s'est jamais vraiment remise de la mort de l'un de ses fils.

Lincoln

La manière dont Steven Spielberg présente son personnage principal manque cruellement d'audace. D'emblée, le président est présenté comme un homme illustre, capable de réaliser de grandes avancées avant même que les projets dont il est question (13ème amendement concernant l'abolition de l'esclavage aux États-Unis) ne soient achevés. Film verbeux manquant cruellement d'action, Lincoln ennuie du début à la fin. Steven Spielberg s'attache à montrer Abraham Lincoln comme un humain avant tout. Bien que l'intention soit louable, le rendu est inintéressant. Quel est donc l'intérêt de voir ce grand homme sage se promenait dans sa maison, jouer avec son fils cadet, se disputer avec son épouse et etc … ? Par conséquent, les manœuvres présidentielles perdent de leur ampleur. De plus, Spielberg entretient un suspens aussi artificiel qu'inexistant sur l'issue du vote en faveur du 13ème amendement.

Lincoln

La manière dont la cause abolitionniste est abordée est contestable. En effet, le cœur du film a beau résider dans la lutte pour la promulgation du 13ème amendement, le réalisateur ne rend jamais les afro-américains acteurs de leur lutte, comme si l'idée même de l'abolition ne venait que de têtes pensantes blanches. Les quelque afro-américains présents dans le film sont présentés comme des êtres passifs qui subissent sans agir. Cette vision de l'histoire est aussi contestable que regrettable. De plus, le choix de se concentrer sur le 13ème amendement ne semble pas être pertinent dans le sens où la réalité sur la guerre de Sécession est reléguée au second plan. En effet, la cause abolitionniste n'est devenue importante qu'après la Proclamation d'Emancipation en 1863. En dépit de cette nouvelle cause à défendre, le but ultime de la guerre de Sécession a toujours été de préserver l'union entre les états du Nord et les états confédérés du Sud. En ne s'intéressant qu'à la cause abolitionniste à cette période, le réalisateur entretient l'erreur historique selon laquelle la guerre de Sécession n'avait que ce but.

Lincoln

Est-ce par maladresse que Steven Spielberg a choisi de dépeindre Abraham Lincoln comme un défendeur de la supériorité intellectuelle ? En effet, ce dernier semble considérer que les intellectuels, ici grossièrement représentés par les nordistes, sont les seuls capables du changement. Les sudistes, les esclavagistes sont dépeints comme des personnes se complaisant dans leur soi-disant ignorance. Ils sont représentés comme des illettrés, incapables de produire un raisonnement humain. Ainsi, on a la désagréable impression que les sudistes sont simplement des racistes écervelés qui s'entêtent bêtement à préserver leur institution particulière. Or, la réalité est bien différente. En dépit de toute l'horreur liée à l'esclavage, les sudistes se battaient pour ce qui leur semblait vital. Pour eux, l'esclavage leur garantissait une stabilité économique confortable. Steven Spielberg ne prend pas le soin de s'embarrasser des arguments sudistes. Il se contente de les condamner fermement et de réduire les sudistes à une masse non civilisée.

Lincoln

En dépit de tous ces défauts, Lincoln propose une belle reconstitution historique, que ce soit au niveau des décors et des costumes ou au niveau des références historiques. Ainsi, on apprécie la présence des généraux Lee et Grant et la référence à l'adresse de Gettysburg prononcée en 1863 : «Nous sommes ici hautement résolus à ce que ces morts ne seront pas morts en vain ; que cette nation, si Dieu le veut, verra renaître la liberté ; et que le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, ne disparaîtra pas de la terre ». Néanmoins, toutes ces références historiques sont écrasées par la mise en lumière du personnage principal Lincoln. On comprend que Spielberg ait voulu consacrer un film à l'illustre président mais on a bien du mal à suivre ses choix. Pourquoi ne se concentrer que sur les derniers mois de la vie du président alors que son influence est immense ? Pourquoi faire de lui une figure écrasante au point d'oublier les enjeux de la période et ne rien montrer d'autre que Lincoln sous toutes ses coutures ?

Lincoln

Enfin, on a connu Daniel Day-Lewis dont le talent est incontestable bien plus inspiré. Même si l'acteur irlandais est brillant dans le rôle du président, le scénario ne sert pas sa performance qui aurait pu, on n'en doute pas, être bien plus spectaculaire.

Erin

 
 
 

Photos du film :