Réalisé par : Elio Petri
Avec : Gian Maria Volonté, Florinda Bolkan
Sur un scénario de : Elio Petri et Ugo Pirro avec une musique de : Ennio Morricone
Genre : Criminel
Film Italien réalisé en 1970

 

 

Synopsis du film :
En Italie, au début des années 70, le chef de la brigade criminelle est sur le point d’être promu au poste de directeur de la section politique. Persuadé que ses fonctions le placent au-dessus des lois, il égorge sa maîtresse, Augusta Terzi, au cours de leurs joutes amoureuses. Avec un sang-froid parfait, il met tout en œuvre pour prouver que personne n'aura l'intelligence, ni même l'audace, de le soupçonner et de troubler ainsi la bonne hiérarchie sociale. Il s'ingénie à semer des preuves accablantes, relançant l'enquête quand celle-ci s'égare...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Film tourné pendant les années de plomb, Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon a été couronné en 1971 de l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Ce que l'on admire immédiatement dans ce film c'est son audace. En effet, il fallait quand même oser réaliser un film autour d'un commissaire assassin qui ne cherche pas à dissimuler son meurtre, surtout pendant les années de plomb. Dans les années 1970, l'Italie a traversé une période particulièrement sombre. Le pays fut le théâtre d'une violence politique incroyable. Ce contexte politique est très important car il permet de mieux comprendre les intentions de ce citoyen au-dessus de tout soupçon. Le film fait directement référence à la politique, disons-le, répressive du gouvernement italien de cette époque (les écoutes téléphoniques, la répression contre tout élément considéré comme marginal (des homosexuels, les prostituées, les militants d'extrême gauche)).

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon

Gian Maria Volonté interprète donc ce chef de la police qui va commettre un meurtre en toute impunité. Ce personnage est entièrement désigné par son fonction. Ainsi, on ne connaîtra jamais son nom. Son costume bleu foncé et sa cravate bleue font de lui le représentant immédiat de l'autorité. Tous ces éléments l'imposent d'emblée comme un garant de l'autorité et de la morale. Il est l'incarnation même du citoyen au-dessus de tout soupçon. Étant si sûr de ce fait, il va le prouver à son monde en commettant un meurtre et en dévoilant peu à peu des indices menant directement à lui. Ses collègues de la police se refuseront alors à voir la vérité en face. Pourtant, les preuves sont accablantes. En effet, le policier a pris le soin de laisser ses empreintes dans l'appartement de la victime, de laisser un fil bleu de sa cravate sous son ongle, de marcher dans le sang d'Augusta, de prendre ses bijoux, de se laisser voir par un habitant de l'immeuble. Le but du commissaire était alors clairement de prouver que l'habit fait le moine et que son costume de policier l'empêche d'être soupçonné de tout acte immoral. C'est d'ailleurs ce que sa maîtresse Augusta Terzi a compris. Bien avant sa mort, elle lui avait fait comprendre que son statut de policier lui permettait d'enfreindre la loi. C'est d'ailleurs ce dont témoigne la scène où il grille un feu rouge.

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon

Le personnage incarné par Gian Maria Volonté n'est pas seulement porté par une idée fixe. Il apparaît également comme un personnage schizophrène. Après le meurtre d'Augusta Terzi, on apprend que la relation entre le policier et la jeune femme était relativement malsaine. Les amants se prenaient à des jeux sexuels et rejouaient des scènes de meurtre afin de pouvoir les prendre en photo. Il est intéressant de constater qu'Elio Petri ne s'est pas contenté de faire d'Augusta Terzi une simple victime. Augusta apparaît comme une personne en marge de la société. Indépendante et très libérée, la jeune femme est d'une lucidité étonnante en ce qui concerne son amant. Elle est parfaitement consciente du pouvoir infini de son amant, du lien que l'autorité et l'excitation sexuelle entretiennent chez lui. Elle a également compris que le goût de son amant pour l'autorité est une sorte de réponse à son infantilisme.

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon propose une réflexion sur le pouvoir et ses dérives autoritaires. A ce propos, le journaliste italien Fabio Ferzetti parle d'une stratégie de la tension. Il considère que l'émergence d'un climat d'insécurité permet l'instauration d'un État autoritaire. Le commissaire incarné par Gian Maria Volonté semble être partisan de cette théorie si l'on se réfère à son discours où il compare la civilisation à la répression. Le film se termine sur une citation de Kafka « Quelque impression qu’il nous fasse, il est le serviteur de la loi, il appartient à la loi, et échappe au jugement humain. » qui tend à déshumaniser les représentants de la loi alors perçus comme des rouages nécessaires au bon fonctionnement de la loi. Cette fonction d'autorité semble avoir des conséquences dramatiques sur l'équilibre du personnage principal qui a tendance à se comparer au dieu de la morale tout en assumant de déroger lui-même à ces lois. Enfin, la manipulation du commissaire permet aux spectateurs de comprendre comment fonctionne la machine judiciaire à cette époque dans une Italie corrompue. La torture, les moyens de pression divers, les mises en accusation dénuées de toute conscience sont autant de moyens utilisés par la police pour faire avouer tout et n'importe quoi aux coupables désignés.

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon

En conclusion, Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon fait partie de ce que l'on appelle les grands films qui traversent les époques sans perdre de leur puissance. Gian Maria Volonté est tout simplement magistral dans ce rôle de policier à la fois figure de l'autorité et meurtrier. Le thème musical d'Ennio Morricone est merveilleusement bien adapté au contenu du film.

Erin

 
 
 

Photos du film :