Réalisé par : Peter Weir
Avec : Robin Williams, Robert Sean Leonard, Ethan Hawke, Josh Charles
Sur un scénario de : Tom Schulman avec une musique de : Maurice Jarre
Genre : Drame
Film Américain réalisé en 1990

 

 

Synopsis du film :
Todd Anderson, un garçon plutôt timide, est envoyé dans la prestigieuse académie de Welton, réputée pour être l'une des plus fermées et austères des États-Unis, là où son frère avait connu de brillantes études. C'est dans cette université qu'il va faire la rencontre d'un professeur de lettres anglaises plutôt étrange, M. Keating, qui les encourage à toujours refuser l'ordre établi. Les cours de M. Keating vont bouleverser la vie de l'étudiant réservé et de ses amis...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Pour l'amour de la littérature

A la fois en guise d'hommage et d'éléments narratifs, le film est rempli de références à des grands noms de la littérature anglophone. Ainsi, M. Keating se présente sous le nom de capitaine en référence au célèbre poème de Walt Whitman « O Captain! my Captain ! ». Le film compte également une référence à Walden, œuvre majeure du mouvement transcendantalisme américain, écrite par Henry David Thoreau en 1854 : « Je m’en allai dans les bois parce que je voulais vivre sans hâte. Je voulais vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie. Mettre en déroute tout ce qui n’était pas la vie, pour ne pas découvrir, à l’heure de ma mort, que je n’avais pas vécu. » Cette citation va bouleverser le petit groupe d'élèves suivi par la caméra de Peter Weir puisqu'elle va devenir une sorte de credo, de mot d'ordre à suivre comme si elle contenait le secret du bonheur.

La force et la beauté des différents vers prononcés par M. Keating vont changer à jamais le cœur de Todd Anderson et ses amis qui iront jusqu'à reformer le cercle des poètes disparus, une sorte de club de poésie clandestin. Ce club illustre bien que le concept de la poésie va au delà de la beauté des mots. En effet, on ne peut pas se contenter de lire ou d'écouter de la poésie sans la vivre car la poésie est une affaire d'émotion. Être un poète est un mode de vie, une manière de penser. A cet égard, Neil Perry apparaît comme un véritable poète. En effet, après avoir découvert l'exaltation que peut procurer la beauté des mots à travers le théâtre de Shakespeare, Neil ne peut plus vivre sans vers.

Le cercle des poètes disparus

La vie est faite de passion comme en témoigne une autre citation de Walt Whitman

« Ô moi! Ô vie ! Toutes ces questions
Qui m'assaillent
Ces cortèges sans fin d'incroyants
Ces villes peuplées de sots
Qu'y a-t-il de bon dans tout cela ô moi, ô vie ?
Réponse
Que tu es ici, que la vie existe, et l'identité,
Que le prodigieux spectacle continue,
Et que, peut-être, tu y contribues par ta rime . »

Apprendre à devenir soi-même

M. Keating ne compte pas seulement enseigner la littérature à ses élèves. Ayant compris toute la dimension du métier d'enseignant, il est bien décidé à leur transmettre plus que des connaissances littéraires. En effet, il veut leur faire comprendre qu'il faut profiter de la vie et de chaque jour présent comme l'indique la locution Carpe Diem qu'il chérit. Il a également compris que ses élèves ne seront pas éternellement des élèves et qu'ils iront un jour voler de leurs propres ailes dans le monde extérieur. A ce moment-là, ils auront besoin d'autre chose que leurs connaissances comme par exemple penser par eux-mêmes, s'affirmer. Dans le film, cette affirmation de soi peut passer par la poésie comme l'illustre un vers de Walt Whitman « I sound my barbaric Yawp over the roofs of the world ».

Carpe Diem

Le premier enseignement de John Keating, le professeur de littérature, consiste à mettre en pratique la locution latine Carpe Diem que l'on traduit généralement par « Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain ». A partir du moment où Keating a présenté cette locution, un groupe d'adolescents va décider de vivre l'instant présent. Knoxstreet va se décider à appeler Chris, une fille dont il est tombé amoureux parce qu'il ne veut pas avoir à regretter sa timidité. Neil Perry va se laisser emporter par sa passion pour le théâtre quitte à aller à l'encontre de l'opinion de son père. Charlie Dalton use et abuse du Carpe Diem, saisissant chaque occasion pour se prouver les limites de sa propre liberté.

Le cercle des poètes disparus

Conventions et conformisme

Welton, surnommée « Hell-ton » par M. Keating représente le poids des traditions. Peter Weir insiste clairement sur ce point dans la scène d'ouverture du film où les quatre mots clés sont énoncés : Tradition, honneur, discipline, excellence. De plus, l'école apparaît encore plus rigoureuse et stricte lorsque le réalisateur filme une autre école, celle de Chris, où le mouvement et les couleurs dominent. Pour aller à l'encontre de cette rigueur castratrice, M. Keating impose d'emblée ses méthodes novatrices qui laissent l'équipe éducative de l'école perplexe. Pourtant, le professeur de latin s'intéresse à ces méthodes, prouvant que l'innovation a du bon.

Le cercle des poètes disparus

L'idée de conformisme dépasse les murs de l'école dans le sens où les parents représentent également le poids des traditions. C'est tout particulièrement vrai pour Neil Perry, élève doué et appliqué qui est dévoré par une passion folle pour le théâtre. Il ne sera jamais aussi heureux que sur scène où il interprète Puck dans Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare. Mais cette passion n'est pas du tout du goût de son père qui a peur que son fils se détourne de ses objectifs : devenir un brillant médecin. Que ce soit l'institution scolaire ou les parents, les remparts qui se dressent vers la liberté de pensée semblent gigantesques pour ces adolescents. Le désespoir de Neil sera même supérieur à son courage puisque se heurtant face à l'acharnement de son père, ce dernier préférera choisir la mort. Dans une moindre mesure, Todd Anderson est victime de sa famille qui ne semble pas beaucoup se préoccuper de son sort, en lui envoyant chaque Noël le même cadeau. En effet, le frère aîné de Todd a été un brillant étudiant à Welton et personne ne lui manque de le lui rappeler, ce qui a tendance à écraser ce frêle jeune garçon sous un poids trop lourd à porter. Enfin, Todd Anderson est sans aucun doute le personnage qui évolue le plus tout au long du film. Soumis à sa famille et à l'institution scolaire, Todd a beau être un garçon timide, il est le premier à saisir l'unique chance de dire à M. Keating à quel point son enseignement a été bénéfique en montant sur la table et en défiant l'autorité du directeur de Welton. Cette scène est certainement l'une des plus belles du film dans le sens où l'on se rend compte du chemin parcouru par ces élèves et de ce lien unique qui unit parfois élèves et enseignants. Prouvant qu'il n'est pas manichéen, cette même scène montre des élèves qui ne se lèvent pas pour M. Keating. C'est le cas de Richard Cameron, l'élève qui a livré le cercle des poètes disparus et M. Keating à l'institution scolaire. Est-ce le poids des conventions ou sa réelle personnalité qui l'a poussé à accuser M. Keating de la mort de Neil ? Il semble bien difficile de répondre à cette question dans le sens où Cameron s'est laissé tenter par la modernité en participant au cercle des poètes disparus. De plus, il est intéressant de noter que même s'il assiste aux réunions du cercle des poètes disparus, il est fortement attaché aux traditions dans le sens où il a bien du mal à déchirer la page du Docteur Pritchard lorsque M. Keating le lui demande.

Enfin, il est intéressant de noter que le film se déroule à la fin des années 1950 et qu'il annonce le mouvement vers la libération des traditions à travers l'histoire de Knox Overstreet. En effet, le jeune garçon épris de Chris est en demande d'affection et de découvertes, et en particulier sexuelles. Son approche incisive de la jeune femme fiancée à un autre garçon témoigne du vent de liberté sexuelle prêt à déballer sur le monde.

Le cercle des poètes disparus

Peter Weir signe une œuvre magistrale où l'émotion domine sans jamais être écrasante ou mielleuse. Le réalisateur australien prouve qu'il est sans aucun doute l'un des plus talentueux dans ce domaine lorsque l'on constate avec quelle sensibilité il parvient à capter les émotions de ces jeunes garçons. La mise en scène haute en symbolique est tout simplement brillante d'intelligence. La puissance de sa mise en scène est symbolisée par cette dernière scène bercée au son de la musique de Maurice Jarre et où l'on peut voir les élèves se dressés sur leur table, les uns après les autres, pour rendre hommage à leur capitaine M. Keating. Sans un mot, il est certain que la leçon a été apprise.

Erin

 
 
 

Photos du film :