Réalisé par : Hirokazu Kore-eda
Avec : Hiroshi Abe, Yui Natsukawa, You, Kazuya Takahashi, Shohei Tanaka, Kirin Kiki, Yoshio Harada
Sur un scénario de : Hirokazu Kore-eda avec une musique de : Gonchichi
Genre : Drame
Film Japonais réalisé en 2009

 

 

Synopsis du film :
Une journée d'été à Yokohama. Une famille se retrouve pour commémorer la mort tragique du frère aîné, décédé quinze ans plus tôt en tentant de sauver un enfant de la noyade. Rien n'a bougé dans la spacieuse maison des parents, réconfortante comme le festin préparé par la mère pour ses enfants et ses petits-enfants. Mais pourtant, au fil des ans, chacun a imperceptiblement changé... Avec un soupçon d'humour, de chagrin et de mélancolie, Kore-Eda nous donne à voir une famille comme toutes les autres, unie par l'amour, les ressentiments et les secrets.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Still Walking que l'on pourrait traduire par « Ne pas cesser de marcher », est une chronique familiale douloureuse où se croisent des adultes rongés par la douleur et le remords et l'insouciance des enfants. Cette douleur sous-jacente est liée à la disparition de Junpei, le fils aîné de la famille, mort en sauvant un enfant de la noyade. Le personnage qui semble être le plus affecté par cette disparition est le grand-père qui n'est pas parvenu à faire le deuil de son fils ni de son futur tout tracé. En effet, son fils aîné devait reprendre le cabinet médical. L'attitude grincheuse du grand-père blesse sans cesse l'autre fils de la famille qui se sent rejeté et mal-aimé par son père car il n'a pas choisi la voie de la médecine. « Ne pas cesser de marcher » apparaît alors comme le synonyme de ne pas cesser d'avancer en dépit de la perte d'un être cher.

Still Walking

Le personnage du fils cadet permet de reprendre un thème commun du cinéma japonais : la relation entre les traditions et la modernité. En effet, il n'a pas respecté le choix de ses parents en travaillant dans la publicité. Il n'a pas non plus respecté les traditions en épousant une veuve déjà mère d'un enfant. A cet égard, l'une des scènes les plus représentatives de cette dichotomie est celle où la grand-mère offre un kimono à sa belle-fille en guise d'un premier pas vers l'union de la famille.

La mort est omniprésente dans Still Walking dans le sens où Junpei est présent par son absence. En effet, tout rappelle le jeune homme décédé, que ce soit des références dans les conversations, un autel ou des photographies. Kore-Eda signe donc un film peuplé de fantômes où les absents sont plus présents que ceux qui restent. Le souvenir de l'enfance de Junpei, Ryôta et Chinami retrouve un second souffle lorsque les enfants de ces deux derniers jouent ensemble, recréant ainsi la complicité des frères et sœurs.

Still Walking

Still Wallking a beau raconter l'histoire d'une famille réunie à l'occasion de la commémoration de la mort du fils aîné Junpei, le film gravite surtout autour du discret personnage de la grand-mère. En effet, la grand-mère apparaît comme un personnage clé grâce auquel les traditions et la mémoire familiale peuvent perdurer. Le réalisateur japonais explique d'ailleurs que le point de départ du film a été le décès de sa mère : "Après ses funérailles, je n'ai pas réussi à accepter sa disparition. Je n'avais que des remords comme " je n'ai finalement rien pu faire pour elle " et je n'arrivais pas à l'accepter. Je voulais aussi mettre en forme, à ma manière, les souvenirs de ma mère tels qu'ils me revenaient pendant la période où je lui rendais visite dans sa chambre de malade. En tout cas, j'avais le sentiment que je ne pourrais passer à autre chose que si je sortais, d'un seul coup, tout ce que j'avais en moi." Elle est la gardienne de la mémoire de la famille. Cette mémoire passe par son savoir-faire culinaire qu'elle tente de transmettre à sa fille. Elle passe aussi par la visite annuelle du garçon sauvé de la noyade par le fils/frère défunt. L'apparente bonté de cette visite annuelle cache en réalité une part de sadisme. Enfin, la mémoire passe aussi par les souvenirs des temps passés et des temps heureux comme en témoigne la chanson Blue Light to Yokohama qu'elle entonne pour rappeler sa rencontre amoureuse avec son époux.

Still Walking

Le fils de la veuve épousée par Ryôta, le fils cadet de la famille est la conséquence directe de toute cette transmission qui transcende les liens du sang. En effet, ce dernier ira se recueillir sur la tombe de ses grands-parents d'adoption. En revenant du cimetière, c'est lui qui transmettra à sa petite sœur la légende du papillon que sa grand-mère adoptive lui avait raconté : un papillon jaune représente l'esprit d'un défunt.

Still Walking

Still Walking propose également une réflexion douce-amère sur la famille. En effet, faire partie d'une famille c'est accepter les siens dans leurs joies et leurs douleurs, c'est accepter de fermer les yeux sur certains non-dits, sur certains mensonges, sur certaines actions et etc … Par exemple, Ryôta est stupéfait lorsqu'il apprend que sa mère invite chaque année le garçon sauvé des eaux par son fils Junpei pour lui faire du mal et pour pouvoir un peu soulager sa peine. En ce qui concerne l'attitude grincheuse du grand-père qui avait consacré toute sa vie à la médecine, tout le monde accepte en silence les explications du grand-père quant à sa retraite. Ainsi, ses problèmes médicaux ne sont pas la seule raison qui l'ont poussé à prendre sa retraite. La concurrence des hôpitaux privés qui peu à peu lui avaient pris sa clientèle est passée sous silence. L'intelligence de la réalisation de Kore-Eda réside sans aucun doute dans le fait que le réalisateur ne présente pas directement les personnages ni la situation qui les unit. Au contraire, il se pose en spectateur et laisse les personnages évoluer et révéler leurs secrets.

Still Walking

Still Walking est un film sensible et bouleversant où chaque scène prend son ampleur lorsque le générique de fin tombe sur l'écran. En effet, après le décès des grands-parents, on réalise à quel point les parents qui n'étaient pas parvenus à faire le deuil de leur fils disparu n'ont pas su profiter de l'instant présent avec leurs deux autres enfants. Le film apparaît alors comme une succession de rendez-vous manqués et c'est en cela que le film est profondément émouvant.

Erin

 
 
 

Photos du film :