Réalisé par : Rodrigo Plá
Avec : Daniel Giménez Cacho, Maribel Verdú, Alan Chavez, Daniel Tovar
Sur un scénario de : Laura Santullo avec une musique de : Fernando Velázquez
Genre : Thriller
Film Mexicain réalisé en 2008

 

 

Synopsis du film :
Mexico. Trois adolescents des quartiers pauvres pénètrent dans l'enceinte de La Zona, une cité résidentielle aisée, entourée de murs et protégée par un service de sécurité privé. Ils s'introduisent dans l'une des maisons, mais le cambriolage tourne mal. Plutôt que de prévenir les autorités, les résidents décident de se faire justice eux-mêmes. Une chasse à l'homme sans pitié commence...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique:

Pour son premier long métrage récompensé du Lion du futur du Meilleur premier film au Festival de Venise ainsi que du Prix de la Critique Internationale au Festival de Toronto 2007, Rodrigo Plá s'intéresse à un phénomène actuel et qui tend à se développer : la construction de zones résidentielles privées pour les riches. Pour ce faire, ces riches se cloîtrent dans une zone privée délimitée par des murs gigantesques et par des fils barbelés. Ne sortant que rarement à l'extérieur, ils ont recrée une vie à l'intérieur de la zone qui comprend même une école. Cette zone coupée du reste du monde que l'on devine obscure et dangereux devient un personnage à part entière au moment où trois jeunes (Miguel par exemple) issus des quartiers défavorisés y pénètrent. En effet, à partir de ce moment-là, les gens soi disant respectables commencent à prendre peur et établissent leurs propres règles au mépris de la loi en vigueur. C'est ce qu'indique le réalisateur : "La Zona est un personnage à part entière, c'est même le personnage phare de l'histoire. L'immersion dans ces univers clos gouvernés par la peur est passionnante : ils finissent par inventer leurs propres règles, au mépris de la loi qui s'impose à tous. Dans ce genre de système, les valeurs morales de respect et de coexistence dégénèrent graduellement pour aboutir à un comportement primitif, où "l'autre", le voleur, l'étranger, n'est plus considéré comme une personne mais comme un simple ennemi à abattre." Il est alors intéressant de voir comment le réalisateur Rodrigo Plá transforme peu à peu cette zone rassurante, ce petit havre de paix en une zone dangereuse où la proie (Miguel) est traquée sans relâche. Cette proie c'est le jeune Miguel 16 ans qui est parvenu à se réfugier dans la cave d'Alejandro un adolescent du même âge que lui. Terrifié à l'idée de se faire lyncher par les résidents de la zone comme l'ont été ses amis, Miguel voudrait bien s'enfuir mais ne peut pas à cause des nombreuses caméras qui surveillent le lieu.

La zona, propriété privée

En s'intéressant à une réalité aussi triste qu'effrayante, Rodrigo Plá parvient à réaliser un film brillant sans jamais tomber dans le moindre manichéisme. En effet, même s'il présente les riches comme une masse informe, paniquée et privée de toute conscience, il introduit quelques personnages discrets qui s'opposent à l'hystérie collective. Cette hystérie collective se manifeste notamment dans les assemblées mises en place pour prendre les décisions adéquates quant à l'intrusion d'un individu pauvre dans la zone mais aussi par le biais de confrontations entre les résidents. Ainsi, on ne peut être que stupéfait de voir débarquer la milice chez un résident pour lui couper le téléphone de peur qu'il appelle la police. En effet, la police considérée comme corrompue est perçue comme un ennemi par les résidents de la zone.

La zona, propriété privée

Le film est choquant et violent lorsqu'il montre le lynchage du jeune Miguel par les gens considérés comme respectables par la société. On se demande alors ce qui peut bien provoquer tant de haine chez des personnes pour arriver à tuer un gamin de 16 ans qui a le malheur d'être né pauvre ou plutôt du mauvais côté du mur. Ce mur n'est d'ailleurs pas anodin. Il fait penser au mur construit à la frontière entre les États-Unis et le Mexique c'est à dire entre les riches et les pauvres car c'est bien de cela qu'il s'agit. La zona, propriété privée dénonce l'accroissement de l'inégalité du partage des richesses qui mène nécessairement à des tensions. C'est l'individualisme et le matérialisme qui motivent les gens de la zone à retrouver leurs instincts les plus bestiaux pour défendre leur territoire et leurs biens.

La zona, propriété privée

Le film montre comment les résidents c'est à dire les riches perçoivent ceux qui vivent en dehors de leurs murs. Pour eux, ces individus ne sont même pas des personnes. C'est en tout cas ce que la mise en scène tend à montrer. En effet, les résidents organisent des battues pour retrouver le troisième intrus et l'abattre comme si ce dernier n'était qu'un vulgaire gibier. Ils ne s'interrogent jamais sur cet individu et n'envisage même qu'il puisse s'agir d'un enfant. Coupés de la réalité, ils considèrent que les pauvres sont une masse et non un ensemble d'individus.

La zona, propriété privée

Dans toute cette obscurité, la lumière d'un espoir apparaît. Cette lumière c'est Alejandro, un jeune garçon qui a été élevé dans la zone et qui partage l'avis de sa communauté avant de tomber nez à nez avec Miguel qui a le même âge que lui. Cette rencontre va changer le regard d'Alejandro sur ceux qui vivent dehors mais surtout sur sa propre communauté. Alejandro va même essayer de faire sortir Miguel avant de se faire attraper par sa mère. Mais le jeune garçon avait eu la présence d'esprit de faire une vidéo de Miguel pour montrer que le garçon n'avait pas de mauvaises intentions. Cette vidéo permet à l'intrus d'avoir un nom et un visage, ce qui va susciter un sentiment de culpabilité chez les parents d'Alejandro. Enfin, il y a l'ultime geste d'Alejandro qui va fournir à Miguel une sépulture, qui préviendra ses proches de sa fin tragique et qui décidera d'affronter les réalités de l'extérieur.

La zona, propriété privée

La zona, propriété privée est donc un premier film d'une intelligence remarquable. Porté par une mise en scène impeccable, le film est tout simplement bouleversant. A voir encore et encore.

Erin

 
 
 

Photos du film :