Réalisé par : Kim Jee-woon, Nonzee Nimibutr et Peter Ho-Sun Chan
Avec : Hye-su Kim, Bo-seok Jeong, Suwinit Panjamawat, Leon Lai, Eric Tsang, Eugenia Yuan, Ting-Fung Li
Sur un scénario de : Kim Jee-woon, Matt Chow, Yuet-Jan Hui et Nitas Singhamat avec une musique de : Sung-woo Jo, Peter Kam, Sinnapa Sarasas, Apisit Wongchoti et Byung-woo Lee
Genre : Horreur
Film réalisé en 2002

 

 

Synopsis du film :
Trois réalisateurs de trois pays différents (La Corée du sud, la Thaïlande, et Hong Kong), trois histoires de fantômes, trois visions de l'au-delà : Souvenirs met en scène Sung-Min, un homme marié, atteint d'une soudaine amnésie et qui ne retrouve plus sa femme. La Roue raconte l'histoire d'une malédiction qui frappe Kru Tong, un marionnettiste. Et Chez nous se concentre sur l'enquête que mène un policier veuf pour retrouver son fils et sur la découverte qu'il fait dans un appartement.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Attention, cette critique révèle les intrigues.

Souvenirs de Kim Jee-woon

En 2002, Kim Jee-Woon n'avait pas encore réalisé les films qui ont fait son succès : Deux soeurs (2003), A bittersweet life (2005), Le Bon, la Brute et le Cinglé (2008), J'ai rencontré le diable (2010). Dans Souvenirs, Kim Jee-woon s'intéresse à la perte de la mémoire. Son court-métrage Souvenirs semble, à ce égard, préfigurer Deux soeurs. Souvenirs raconte donc l'histoire d'un homme dont la femme a disparu. Kim Jee-woon prend le parti de nous montrer en parallèle l'histoire des deux membres du couple. L'homme est en proie à des hallucinations terrifiantes qui mettent en scène son épouse qui a mystérieusement disparu après une dispute. De l'autre côté, il y a la femme disparue qui va vivre une nuit terrible. Perdue dans la nouvelle ville qui se construit, elle ne parvient pas à contacter ses proches. Le taxi qu'elle prend l'amène hors de la ville. Bref, tout semble s'opposer à son retour à la maison. La fin en révélera la raison. Kim Jee Woon présente le monde extérieur comme un monde menaçant. La femme est ainsi constamment menacée. Elle n'est pas en sécurité dans le taxi qui l'amène à l'opposé de l'endroit où elle voulait se rendre. Lorsqu'elle trouve refuge dans des toilettes publiques, le lieu se transforme en un cauchemar sanglant. Les deux histoires finissent par se rencontrer. Cette rencontre aboutit sur la révélation du film. L'amnésie de l'homme a été déclenchée par un choc terrible. L'homme a tué sa femme mais ne s'en souvient pas. On comprend mieux pourquoi toutes ces embûches étaient semées sur le chemin de la femme, comme pour l'empêcher de retourner chez elle. La maison qui apparaissait alors comme un lieu de réconfort devient inquiétant. Et c'est de là que Souvenirs tire toute sa force.

Trois histoires de l'au delà

La Roue de Nonzee Nimibutr

Considéré comme le segment le plus faible du métrage, La roue ne démérite pas pour autant. Le problème du film de Nonzee Nimibutr réside essentiellement dans le fait qu'il est très différent des deux autres métrages. Tout d'abord, La roue ne s'intéresse pas tellement aux fantômes mais plutôt aux démons appelés yak en Thaïlande. Les croyances thaïlandaises créent une esthétique particulière à laquelle le spectateur occidental n'est pas habitué. Ainsi, ce folklore thaïlandais déroutant rappelle Oncle Boonmee de Apichatpong Weerasethakul. Nonzee Nimibutr met donc en scène des danseurs de khon et des marionnettistes. Ces artistes sont en général assez pauvres et récupèrent les marionnettes des morts. Mais les marionnettes animées par des yak (démons) n'apprécient pas vraiment d'être utilisées par quelqu'un d'autre que leur propriétaire original. A partir du moment où l'on devient le propriétaire d'une marionnette, cette dernière prend le pouvoir sur soi. L'autre problème du métrage c'est son aspect répétitif. Ainsi, les malédictions et les morts s'enchainent et se ressemblent, ce qui crée rapidement un sentiment d'ennui chez le spectateur.

Trois histoires de l'au delà

Chez Nous de Peter Ho-Sun Chan

Chez nous est sans conteste le meilleur segment du film. Dès la première scène, Peter Ho-Sun Chan nous entraîne dans le monde des fantômes. Mais le réalisateur hong-kongais sort des sentiers battus et mélange à sa première intrigue une histoire d'amour extraordinaire. Le film raconte l'histoire d'un policier qui déménage dans un nouvel appartement avec son fils. Immédiatement, le petit garçon est effrayé par la petite voisine qui vit en face de chez lui. Un jour, il suit la petite fille pour aller jouer avec elle. Le petit garçon disparaît quelques jours. Inquiet, le père se rend chez son voisin pour savoir s'il n'a pas vu son fils. On dit que le voisin est un homme qui vit avec sa femme paralysée. Dès l'installation du policier et de son fils dans leur nouvel appartement, l'ambiance est pesante et un sentiment d'étrangeté se dégage. Peu après, on comprend que la petite fille est particulièrement intrigante. En effet, personne ne semble la connaître comme si elle était un fantôme. Alors que l'on pense que le réalisateur va nous amener sur la piste classique du film de fantôme, Peter Ho-Sun Chan surprend le spectateur en s'intéressant de plus près au voisin. L'histoire que l'on va découvrir est tout simplement fascinante. Le voisin croit dur comme fer en la médecine chinoise et tente de faire refaire vivre son épouse décédée depuis trois ans. Mais alors que l'on pensait avoir atteint le comble de l'horreur (ou de l'amour fou), le réalisateur a prévu un autre rebondissement à son histoire et pas des moindres ! En effet, lorsque l'on voit la femme immobile et morte, on pense que son époux fou de douleur n'est pas parvenu à se remettre de la mort de son épouse et qu'il la voit comme elle était avant sa mort. De plus, la mise en scène peut laisser croire qu'il est le seul à la voir. Le choc est immense lorsque Peter Ho Sun Chan abat sa dernière carte : l'homme a lui même été dans l'état de sa femme. Mort il y a six ans, il est revenu à la vie grâce à la médecine chinoise. Ce rebondissement a plusieurs avantages. Tout d'abord, il permet de donner un nouveau souffle à l'histoire. Enfin, il permet de faire croire le spectateur à l'histoire. En effet, alors qu'un cas peut être isolé, deux cas permettent aux spectateurs de conclure que ces miracles sont vrais. Pour couronner le tout, la photographie est signée Christopher Doyle, que demander de plus ?

Trois histoires de l'au delà

Dans l'ensemble, Trois histoires de l'au delà est une réussite même si cet ensemble de courts métrages n'échappe pas aux inconvénients de ce format : l'inégalité. Néanmoins, le film fait preuve d'une réelle cohérence tout en proposant des approches très diverses sur le thème commun : l'au delà.

Erin

 
 
 

Photos du film :