Réalisé par : Clint Eastwood
Avec : Cécile De France, Thierry Neuvic, Matt Damon, Frankie McLaren, George McLaren, Bryce Dallas Howard
Sur un scénario de : Peter Morgan avec une musique de : Clint Eastwood
Genre : Drame
Film Américain réalisé en 2010

 

 

Synopsis du film :
Au-delà est l'histoire de trois personnages hantés par la mort et les interrogations qu'elle soulève. George est un Américain d'origine modeste, affecté d'un "don" de voyance qui pèse sur lui comme une malédiction. Marie, journaliste française, est confrontée à une expérience de mort imminente, et en a été durablement bouleversée. Et quand Marcus, un jeune garçon de Londres, perd l'être qui lui était le plus cher et le plus indispensable, il se met désespérément en quête de réponses à ses interrogations. George, Marie et Marcus sont guidés par le même besoin de savoir, la même quête. Leurs destinées vont finir par se croiser pour tenter de répondre au mystère de l'Au-delà.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Au-delà

Au-delà est un film étonnant, qui a partagé le public. Certains ont adoré le film tandis que d'autres ont été déçus. La mort est un sujet très personnel et chacun a sa propre opinion sur l'au-delà. Les expériences personnelles, les croyances personnelles, et l'éducation sont autant de facteurs qui nous amènent à avoir une opinion très différente sur la mort, et donc sur ce film. Cependant, il est bon de rappeler que Au-delà a malheureusement été le produit d'une publicité mensongère qui avait présenté le film comme un "thriller fantastique". Mais peu importe la déception que certains spectateurs ont pu ressentir, l'important est de se concentrer sur le film en lui-même.

De nombreux spectateurs ont trouvé que Clint Eastwood était tombé dans le mélodramatique lourdingue et peu subtil. Bien que nous soyons tous différents, je n'ai pas trouvé que Clint Eastwood signait un film larmoyant. Au-delà dégage de l'émotion et nous n'y réagissons pas tous de la même manière. Cependant, il est plutôt évident que le réalisateur n'a pas cherché à jouer sur les clichés. Dans son cas, l'on parlera davantage d'images collectives. Et après tout, tout est finalement un cliché et c'est bien cela qui nous permet à tous de nous identifier.

La mort n'est pas un sujet évident à aborder, car nous concernant tous, nous avons tous une idée très différente quant à son sujet.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Au-delà n'est pas un film mélancolique, triste et pessimiste. Le réalisateur s'efforce de traiter le sujet avec espoir. En effet, la mort, ou plutôt l'expérience de mort est le point de départ du film et pas sa fin. Les personnages évoluent à l'inverse de ce que la plupart des films préconisent. Les personnages ne vont pas vers une mort certaine. C'est l'expérience de la mort et leur envie de s'en sortir qui les poussent à vivre. De quoi faire taire les rumeurs de clichés donc !

Au-delà

Au-delà est avant tout un portrait croisé. Le spectateur est amené à suivre la vie des trois personnages différents ayant tous fait l'expérience de la mort. Les trois récits venant des quatre coins du monde permettent au réalisateur de montrer l'universalité de la mort.
Marie, journaliste française a survécu au terrible tsunami asiatique de 2004. Son expérience de mort imminente l'a changé pour toujours.
George s'est vu développer un don de médium après une grave maladie dans son enfance, qui lui a presque coûté la vie.
Enfin, Marcus a perdu son frère jumeau. Marcus peut être perçu comme l'héros typique de Dickens. En effet, Marcus est quasiment orphelin (pas de père, mère toxicomane, plus de frère). Son apparence physique n'est pas sans rappeler celle d'Oliver Twist par exemple notamment grâce à la casquette.
Le réalisateur ne se contente pas de nous montrer comment ces trois personnes d'âge différent, et de culture différente réagissent face à la mort, il va les réunir. Et cette fois-ci, ce n'est pas vraiment le hasard qui va bien faire les choses.
Marie qui tente d'écrire un livre sur François Mitterand va finalement s'atteler à l'écriture d'un livre sur son expérience et sur l'expérience de mort imminente dans l'espoir de comprendre ce qui lui est arrivé et de se sentir moins seule. Les anglophones semblant plus ouverts sur le sujet, c'est donc à Londres qu'elle va présenter son livre. George qui perçoit son don comme une malédiction va prendre du recul et s'envoler l'Europe car sa vie solitaire lui pèse. Passionné par Charles Dickens, c'est tout naturellement à Londres qu'il se rend. Enfin, Marcus, jeune londonien cherche désespérément des réponses à la mort de son frère.
Ce n'est pas grâce à un coup de baguette magique que les trois personnages se croisent, c'est grâce à un subtil scénario et à une mise en scène magistrale. Le hasard n'a pas vraiment quelque chose à voir là-dedans.

Chaque personnages a une approche très différente de la mort. Une d'elle vous conviendra sans doute. A travers chaque approche, le réalisateur dénonce aussi les grands maux de notre société.
Marie, qui a fait l'expérience d'une mort imminente, va se servir de son bagage professionnel pour sortir de sa solitude et pour parler au nom de toutes les personnes qui ont fait cette expérience et qui doivent se murer dans le silence afin de ne pas être mis sur le banc de la société à cause de leur soi-disant "folie". L'histoire de Marie permet au réalisateur de montrer que l'expérience de mort imminente concerne de nombreuses personnes que la société a tendance à ignorer afin de se défiler face à la mort.
Les histoires de George et de Marcus se rejoignent en un point. Elles servent à dénoncer le commerce des charlatans qui exploitent la douleur de ceux qui ont perdu quelqu'un. En effet, George ne veut plus utiliser son "don" à des fins lucratives. Il ne veut pas exploiter la douleur pour gagner sa vie. Marcus, qui est en quête de réponses, va s'adresser à des soi-disant professionnels. Il va rapidement se rendre compte que la majorité de ces professionnels n'ont aucun pouvoir et exploitent seulement la douleur des autres pour gagner leur vie. Une scène est d'ailleurs particulièrement révélatrice à ce sujet. Marcus assiste à une séance commune d'une soi-disant grande professionnelle en la matière. Elle demande à son assemblée si la lettre J rappelle quelque chose à quelqu'un. La lettre J n'est elle pas très commune dans les pays anglophones (John, James, Jason, Joshua, Jack, Jim et etc ...) ? Elle rappellera forcément quelque chose à quelqu'un. Marcus se lève donc et dit que la lettre J lui est familière. Face à un petit garçon à la mine triste, la grande médium ne se risque pas trop en affirmant que le jeune garçon a perdu un être cher. Marcus étant très jeune, elle s'avance à dire que le défunt est sans doute le père de Marcus. Le jeune garçon qui comprend que la médium est une fois de plus un charlatan, quitte l'assemblée en la laissant croire qu'il a effectivement perdu son père. Pourquoi ne lui dit-il pas qu'elle se trompe ? Toutes les personnes assistant à la séance souffrent de la perte d'un proche, pourquoi donc les priver d'un certain réconfort ?
En cherchant des réponses à ses question, Marcus comme tous les jeunes de son âge va sur Internet. Le réalisateur montre en quelques secondes les dangers de la toile et la facilité avec laquelle l'internaute peut être confronté à des religieux pouvant même être des extrémistes.
Au-delà est un film d'actualité. Les attentats de Londres (2005) et le tsunami en Asie (2004) nous rappellent que la mort peut frapper à n'importe quel moment, simplement parce que certaines personnes ou la nature l'ont décidé.

Au-delà

Religion et mort sont elles nécessairement indissociables ? Aucun des personnages du film ne cherche de réconfort dans la religion. La spiritualité et la religion ne doivent pas être confondues. Cette distinction est peut être aussi à l'origine de certaines déceptions. En effet, la religion demande aux fidèles de croire en elle mais pas de savoir. Or, c'est précisément ce que recherchent les personnages du film. Tous veulent savoir.

L'un des atouts majeurs du film est sa mise en scène magistrale.
Marie, George et Marcus viennent de trois pays différents. Afin de bien différencier les trois histoires, un soin tout particulier a été accordé aux couleurs de chaque récit.
Que Marie soit à Paris ou en Asie, ce sont toujours des couleurs chaudes (rouge, orange, jaune) qui l'entourent.
George qui vit une vie imprégnée d'odeur de mort est entouré de couleurs froides (bleu, vert et leurs dérivés). Comme le dit très justement George, une vie entourée de morts n'est pas une vie. C'est cette mort omniprésente qui empêche George de vivre. La mort est souvent symbolisée par le froid (voir par exemple Le sixième sens de M Night Shyamalan).
Enfin, l'environnement de Marcus qui vit à Londres et dans un milieu défavorisé (sa mère se drogue et les services sociaux sont à leurs trousses) utilise des couleurs ternes qui permettent aux spectateurs de ressentir toute la tristesse du foyer.
Les transitions entre les trois histoires sont également un élément fort du film. Les histoires ne s'enchaînent pas sans transition intelligente. Un exemple flagrant est la transition entre la mort de Jason et le retour de Marie en France : un mouvement de caméra vers le ciel permet à la fois d'évoquer la mort et le décollage de l'avion de Marie.

Techniquement, la reconstitution des scènes effroyables du tsunami est impressionnante. Notons aussi la justesse des performances de Matt Damon, de Cécile De France et des jeunes Frankie et George McLaren.

Film intimiste et profond, Clint Eastwood signe une nouvelle fois un film sensible, pudique et intelligent. Au-delà n'apporte aucune réponse sur ce qu'il y a après la mort. En revanche, il a le mérite de soulever des questions. Chacun approche la mort selon ses expériences, son éducation et sa culture. Avec Au-delà, Clint Eastwood nous offre simplement une vision et une approche de la mort. Le film n'est pas ni un film fantastique ni un film sur le surnaturel. Clint Eastwood s'intéresse au spirituel et à la manière dont les personnes touchés par la mort.

Au-delà

Erin

Critique :

La plupart du temps, Papi Clint ne me déçoit pas. Mais cette fois-ci, son nouveau film, Au-delà, m'a déçu. Tout d'abord, je me suis plutôt ennuyée (sans être méchante, il ne se passe pas grand chose de palpitant) et j'ai senti les deux heures passer assez lentement. Puis, malgré le sujet, son long-métrage ne m'a pas du tout ému. Je l'ai trouvé larmoyant et très lourdingue (surtout la musique, d'habitude si géniale dans les films de Clint) dans le genre. J'ai eu l'impression de voir du Marc Levy sur grand écran. Horrible.

Au-delà

Le film est composé de trois parties qui se rejoignent. La partie avec les jumeaux est celle qui m'a le plus plu, et celle qui serait un peu émouvante. Les deux frères McLaren s'en sortent d'ailleurs très bien, c'est peut-être même les meilleurs de ce long-métrage. Par contre, j'ai eu des sentiments extrêmement mitigés envers les deux autres parties du film. Parlons de celle avec Cécile de France. L'actrice joue correctement mais je l'ai trouvé un peu insignifiante, je trouve qu'il manque un truc pour que je sois totalement convaincue par sa prestation. De plus, sa partie aurait pu être intéressante mais pareil que pour sa performance, je ne sais pas si ça vient de moi ou si je suis trop exigeante mais j'ai eu l'horrible impression que quelque chose était inachevé. Quelque chose sonne faux. J'ai ressenti un peu la même chose pour la partie avec Matt Damon. J'aime beaucoup cet acteur mais, sans forcément dire qu'il joue comme une patate, je ne l'ai pas trouvé très en forme. Et sa partie est, je crois, celle qui m'a le plus agacé (il faut dire que la Bryce Dallas Howard, qu'on voit pourtant peu, participe pas mal au désastre). C'est vrai que ça parait vide comme les sentiments du personnage mais j'ai l'impression qu'il manquait un truc pour susciter plus d'intérêt en fait. Malgré la durée du film, plutôt longue, j'ai l'impression qu'il manque de la consistance aux personnages, trop peu attachants, que l'ensemble semble inachevé. Le sujet est super intéressant mais pourtant je trouve que c'est très mal exploité. De plus, j'ai trouvé la fin un peu improbable et c'est quand même un peu cliché...

C'est réellement dommage que Au-Delà soit raté car on retrouve quand même une bonne mise en scène, la scène du tsunami est impressionnante et ça avait de bonnes intentions. Malgré le résultat qui parait un peu sans âme, je pense que ce film a été réalisé sincèrement. Mais les bonnes intentions ne font pas forcément de bons films... Dommage.

Tinalakiller

 
 
 

Photos du film :