Réalisé par : Icíar Bollaín
Avec : Luis Tosar, Gael García Bernal, Juan Carlos Aduviri, Karra Elejalde
Sur un scénario de : Paul Laverty avec une musique de : Alberto Iglesias
Genre : Drame
Film Espagnol réalisé en 2010

 

 

Synopsis du film :
Sebastian, jeune réalisateur passionné et son producteur arrivent dans le décor somptueux des montagnes boliviennes pour entamer le tournage d'un film. Les budgets de production sont serrés et Costa, le producteur, se félicite de pouvoir employer des comédiens et des figurants locaux à moindre coût. Mais bientôt le tournage est interrompu par la révolte menée par l'un des principaux figurants contre le pouvoir en place qui souhaite privatiser l'accès à l'eau courante. Costa et Sebastian se trouvent malgré eux emportés dans cette lutte pour la survie d'un peuple démuni. Ils devront choisir entre soutenir la cause de la population et la poursuite de leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. Ce combat pour la justice va bouleverser leur existence.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Écrit par Paul Laverty, plus connu pour être le scénariste fétiche de Ken Loach, Même la pluie s'intéresse au tournage d'une équipe espagnole partie faire un film sur la colonisation en Amérique latine à Cochabamba en Bolivie. Les producteurs n'ont pas choisi la Bolivie par hasard puisqu'ils comptent bel et bien exploiter les acteurs boliviens en ne les payant que deux dollars par jour.

Même la pluie

Au début du film, le réalisateur Sebastian apparaît comme un homme convaincu par son histoire. En effet, la première scène du film le montre complètement dépassé par la masse de candidats venus postuler pour figurer dans le film. Sebastian semble déçu de ne pas pouvoir tous les engager. L'orientation que prend le film en cours de tournage semble également montrer que Sebastian se sent concerné par le sort des premiers habitants du continent. En effet, le film met en avant les personnages de Bartolomé de Las Casas et Montesinos, deux hommes d'église qui ont lutté contre le massacre des populations natives d'Amérique Latine. Pourtant, il ne va pas tarder à montrer son vrai visage. A partir du moment où le tournage du film est menacé par les revendications des Amérindiens qui se battent contre la privatisation de l'eau, Sebastian se révèle être particulièrement égoïste.

Même la pluie

Au fil du tournage, l'histoire des amérindiens au temps de la colonisation se met à faire écho à la lutte des boliviens qui se battent contre la privatisation de l'eau. C'est l'histoire de la colonisation qui se rejoue. Ainsi, les amérindiens ont été exploités par les espagnols et cette lutte entre les dominants et les dominés se rejoue à présent entre les boliviens et le gouvernement bolivien associé à des multinationales. C'est précisément cette mise en abyme subtile qui fait de Même la pluie un grand film. Cette mise en abyme est d'autant plus intelligente qu'elle fait référence à des événements ayant réellement eu lieu en Amérique latine : la colonisation par les Espagnols et leurs désirs d'or et de christianisation et plus récemment la guerre de l'eau qui a eu lieu en 2000 à Cochabamba.

Le désir de christianisation de l'Amérique latine est symbolisé par le croix transportée par hélicoptère pour les besoins du tournage. La mise en abyme des histoires permet d'établir un parallèle entre la christianisation des Indiens dans le passé et le désir de « civilisation » du gouvernement bolivien qui s'attaque à la privatisation de l'eau.

Même la pluie

Le conflit ne va pas s'attarder à s'envenimer et Daniel, l'acteur incarnant le chef Hatuey (résistant Taïno) va se faire arrêter pour ses activités de leader du mouvement contre la privatisation de l'eau. L'un des points positifs du film est de donner la parole à la minorité oppressée et de ne pas se contenter de la représenter à travers un personnage. Même si Iciar Bollain les filme comme une masse anonyme, la réalisatrice espagnole semble réellement concernée par le sort des Indiens et elle les filme régulièrement lorsqu'ils ont la parole.

Même la pluie

Les différentes périodes de l'histoire se font dramatiquement écho au point que certains événements du passé semblent se reproduire. C'est ce que rappelle le sort de Belen, la petite fille qui ayant voulu participer aux manifestations contre la privatisation de l'eau, perdra sans doute l'usage de ses jambes, une mutilation rappelant celle subie par les Indiens à l'époque coloniale.

Même la pluie

Le tournage est l'occasion de dénoncer l'attitude coloniale que de nombreux européens ont vis à vis des Indiens tout en prétendant comprendre leurs souffrances. Ainsi, on constate que la vision de l'époque et la vision contemporaine des Indiens est relativement proche. En effet, les Indiens sont perçus comme une masse potentielle d'esclaves à exploiter. Les colons n'hésitaient pas à contraindre les populations à l'esclavage et à les exploiter pour trouver de l'or. L'équipe de tournage a choisi Cochabamba pour pouvoir exploiter les figurants, payés deux dollars la journée. Pire, cette équipe pense pouvoir leur imposer des choix soi disant artistiques. A cet égard, la scène montrant le refus des figurantes indiennes de noyer des bébés dans la rivière est particulièrement éloquente. Personne ne cherche à comprendre pour quelle raison les jeunes femmes refusent de tourner cette scène, personne ne s'intéresse réellement aux blessures causées à ces populations dans le passé. L'ensemble des figurants semble être utilisé sans la moindre compassion et le tournage du film apparaît comme étant dépourvu de toute humanité : « Il y a quand même des choses plus importantes que ton film dans la vie. » dira Daniel à Sebastian, le réalisateur du film.

Même la pluie

Le film reste tout de même optimiste en optant pour la prise de conscience de Costa, producteur insensible aux revendications des Indiens, qui va finalement apporter sa pierre à la révolte.

Même la pluie est un film puissant et brillamment réalisé par Iciar Bollain. Reprenant avec exactitude des événements ayant marqué la colonisation espagnole de l'Amérique Latine, Même la pluie rappelle avec subtilité que l'histoire et ses injustices sont toujours prêtes à se répéter à travers les âges. Le film est une réussite notamment grâce à un travail sur la mise en abyme et un trio d'acteurs particulièrement convaincant (Gael Garcia Bernal, Luis Tosar et Carlos Aduviri).

Erin

 
 
 

Photos du film :