Réalisé par : Paolo Sorrentino
Avec : Toni Servillo, Carlo Verdone, Sabrina Ferilli, Isabella Ferrari
Sur un scénario de : Paolo Sorrentino et Umberto Contarello avec une musique de : Lele Marchitelli
Genre : Comédie dramatique
Film Italien réalisé en 2013

 

 

Synopsis du film :
Rome dans la splendeur de l’été. Les touristes se pressent sur le Janicule : un Japonais s’effondre foudroyé par tant de beauté. Jep Gambardella – un bel homme au charme irrésistible malgré les premiers signes de la vieillesse – jouit des mondanités de la ville. Il est de toutes les soirées et de toutes les fêtes, son esprit fait merveille et sa compagnie recherchée. Journaliste à succès, séducteur impénitent, il a écrit dans sa jeunesse un roman qui lui a valu un prix littéraire et une réputation d’écrivain frustré : il cache son désarroi derrière une attitude cynique et désabusée qui l’amène à poser sur le monde un regard d’une amère lucidité. Sur la terrasse de son appartement romain qui domine le Colisée, il donne des fêtes où se met à nu "l’appareil humain" – c’est le titre de son roman – et se joue la comédie du néant. Revenu de tout, Jep rêve parfois de se remettre à écrire, traversé par les souvenirs d’un amour de jeunesse auquel il se raccroche, mais y parviendra-t-il ? Surmontera-t-il son profond dégoût de lui-même et des autres dans une ville dont l’aveuglante beauté a quelque chose de paralysant…

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Il est bien difficile de comprendre pour quelle raison le jury cannois de Steven Spielberg a ignoré La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino. En effet, cette œuvre aussi singulière que magnifique témoigne d'une grande maîtrise de la mise en scène. La Grande Bellezza se traduit littéralement par la grande beauté. Mais de quelle grande beauté s'agit-il ? De la beauté de Rome ? De la beauté de la nature humaine ? De l'idéal du bonheur ?

Rome, ville éternelle

Dès l'ouverture du film, la splendeur de Rome envoûte le spectateur au même titre que ce touriste asiatique qui s'écroule raide mort devant tant de beauté. Même si la situation peut paraître exagérée, il n'en est rien puisque ce phénomène existe bel et bien sous le nom du syndrome de Stendhal. Paolo Sorrentino fait de Rome, un personnage à part entière du film comme en témoigne la formule « Auguri Roma » lancée par une fêtarde à l'anniversaire de Jep. Rome est sans cesse magnifiée par des prises de vue superbes. Cette beauté romaine est si puissante qu'il est bien difficile de quitter l'écran des yeux lorsque le générique de fin tombe et montre une dernière fois Rome au fil du Tibre.

La Grande Bellezza

Une vision de l'art

Ce qui frappe immédiatement dans La Grande Bellezza c'est sa forme profondément littéraire. Et c'est sans doute pour cette raison que le film s'ouvre sur une citation de Céline dans Voyage au bout de la nuit. Ainsi, Sorrentino fait graviter tout un ensemble de personnages autour du monde de la littérature et de l'édition, monde auquel appartiennent Jep et son éditrice naine. Très écrit, le film cumule les références littéraires : Moravia, Thomas Mann, Breton, Tourgueniev, Robert Burns. Mais revenons-en à Jep qui ne doit sa notoriété qu'à la publication de son unique roman : L'appareil humain. D'après ce titre, on comprend que Jep a déjà analysé la nature humaine sous toutes ses coutures et a depuis sombré dans le néant. En effet, Jep considère que c'est sa sensibilité qui l'a destiné à observer la vie et à devenir un écrivain. Mais à l'aube de ses 65 ans, c'est une nouvelle question qui va intéresser Jep. Existe-t-il une beauté ultime dans ce monde ? Après avoir vécu différents épisodes formateurs, le film apparaît comme l'ensemble des sources qui vont inspirer Jep pour son nouveau roman qui pourrait bien s'intituler La Grande Bellezza. Il est alors intéressant de noter que c'est dans la mémoire (sa propre mémoire, la mémoire que portent les bâtiments de Rome …) que Jep va trouver les matériaux nécessaires pour construire son nouveau roman, ce qui laisse penser que l'avenir est bien sombre ou inexistant, ce qui tombe sous le sens puisque Jep vient de fêter ses 65 ans.

La Grande Bellezza

La réflexion sur l'art dépasse le cadre de la littérature dans le sens où Paolo Sorrentino montre divers artistes expérimentaux à travers leur art. Que pensez de cette fille nue fonçant droit dans un mur ou encore de cette enfant en pleurs qui met toutes ses forces d ans sa peinture ? Qu'est ce que l'art ? Est-ce une question de sensibilité ?

Omniprésence de la mort

En dépit de l'aspect joyeux du film, la mort est omniprésente dans La Grande Bellezza. En effet, le film s'ouvre sur un chant élégiaque qui apparaît comme un mauvais présage. Et c'est donc sans surprise que le film sera ponctué de morts. La première mort concerne le premier grand amour de Jep. Cette femme jeune qui va hanter les pensées du héros avait préféré épouser un autre homme mais n'avait jamais cessé d'aimer Jep comme en témoigne son journal intime dans lequel seulement quelques lignes sont accordées à celui qui fut son mari pendant 35 ans. La seconde mort concerne Ramona, une strip-teaseuse qui refait découvrir à Jep la « normalité ».

La Grande Bellezza

Vision d'une société décadente

Dès le début du film, Paolo Sorrentino prend le temps de montrer le monde décadent dans lequel vit Jep. Ainsi, il filme une très longue scène de soirée au son de Far l'amore de Raffaella Carrà et Bob Sinclar. On appréciera les effets de style du réalisateur montrant par exemple que Jep est toujours seul au milieu de cette foule. Cette scène apparaît comme une scène clé du film dans le sens où la décadence saute immédiatement aux yeux et où l'on assimile dans un premier temps Jep à tous ces fêtards. Pourtant, Jep n'est pas dupe. Il est parfaitement conscient que ces soirées ne sont que du néant. Vers la fin du film, Paolo Sorrentino introduit le personnage de la sainte centenaire. Véritable figure de la foi, elle opère un contraste fort avec le monde de Jep. Cette spiritualité offre une nouvelle piste dans la recherche de la grande beauté. La spiritualité peut-elle donner accès à la grande beauté dans ce monde débauché et vide de sens ? Sorrentino laisse toutes les portes ouvertes mais n'hésite pas à mettre en scène un prêtre peu concerné par les problèmes de foi de Jep. Doit-on voir dans cette vision décadente de la société qui comme le petit train de Jep ne va nulle part une critique de la société italienne qui traverse une crise qui la tue à petit feu « Tout ce qui m’entoure ne cesse de mourir » note même Jep.

La Grande Bellezza

Le néant

La plus grande réussite de Paolo Sorrentino est sans aucun doute de réussir à réaliser un film sur le néant sans jamais ennuyer le spectateur qui est constamment amené à s'interroger sur le vide qui anime les différents personnages. Jep est le premier concerné par le vide présent dans sa vie. A 65 ans, il ne cesse de regarder en arrière pour n'y voir que du néant et des occasions manquées. Rouillé par les soirées mondaines et le néant, Jep constate que ce qui avait autrefois été un objet de plaisir n'en est plus un. Ainsi, les fêtes deviennent lassantes et fatigantes. Il s'étonne même d'apprécier ne pas avoir fait l'amour avec Ramona, une situation qui lui permet de comprendre que le plaisir est ailleurs et qu'il n'est pas nécessairement synonyme de bonheur. Le retour à l'enfance (Comment trouves tu la minestrone Geppino ? ), aux valeurs chrétiennes (la sainte centenaire), aux souvenirs qui hantent l'esprit et la ville de Rome sont autant d'éléments qui rappellent le conseil donné par la sainte « Les racines sont importantes » et c'est peut être là que réside le bonheur.

La Grande Bellezza

Conclusion

Le film se conclut sur ce constat que la beauté peut se trouver partout y compris dans les choses les plus insignifiantes ou les plus douloureuses et que par conséquent il n'y a pas de Grande Beauté ultime. Seule la vie elle-même peut être cette Grande Beauté. En abordant cette recherche de la Grande Beauté, Paolo Sorrentino a signé un film magnifique et d'une riche incroyable. Souvent comparé à La Dolce Vita de Federico Fellini, le subtil mélange entre le profane et le sacré, comme en témoigne le choix musical, rappelle également le poète des réalisateurs italiens : Pier Paolo Pasolini. Enfin, il est nécessaire de parler de la performance extraordinaire de Toni Servillo qui est à la fois juste et bouleversant dans le rôle de Jep. On se demande comment le jury du Festival de Cannes 2013 a pu passer à côté d'un film cumulant autant de qualités.

La Grande Bellezza

Erin

 
 
 

Photos du film :