Réalisé par : Kim Tae-Yong et Min Kyu-Dong
Avec : Kim Gyu-ri, Park Yeh-jin, Lee Yeong-jin
Sur un scénario de : Kim Tae-Yong et Min Kyu-Dong avec une musique de : Sung-woo Jo
Genre : Horreur
Film Sud Coréen réalisé en 1999

 

 

Synopsis du film :
Dans un lycée sud-coréen pour jeunes filles, Min-ah est déconcertée lorsqu'elle découvre un journal intime que deux de ses camarades rédigent de concert. Alors qu'elle en prend connaissance, elle est la proie d'étranges hallucinations. Afin de pouvoir le lire plus en détail, Min-ah feint un malaise et est transportée à l'infirmerie. Là, elle est le témoin involontaire d'une étreinte amoureuse entre Hyo-shin et sa petite amie Shi-eun, les rédactrices du fameux journal. Mais quelques temps plus tard, alors que les filles s'apprêtent à passer l'examen de santé annuel, Hyo-shin se jette par la fenêtre. Contre toute attente, Shi-eun ne semble pas être affectée par cet accident et affiche un visage indifférent dans les jours qui suivent. C'est à partir de ce moment-là que se manifestent dans l'école d'étranges phénomènes qui vont peu à peu bouleverser la vie de Min-ah.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Memento Mori est un titre bien énigmatique pour un film mélangeant drame et horreur. Memento Mori est une locution latine signifiant « souviens-toi que tu mourras ». Réutilisée par la religion chrétienne, la locution rappelle aux hommes qu'ils sont mortels et qu'ils ne doivent pas se perdre dans des plaisirs futiles. On peut retrouver ce thème dans le film de Kim Tae-Yong et de Min Kyu-Dong qui traite de la découverte de la sexualité chez des lycéennes et parallèlement de la découverte de l'homosexualité. En effet, Hyo-shin et Shi-eun sont amantes et souffrent de ne pas pouvoir vivre leur amour au grand jour. Hyo-shin souffre tout particulièrement de la situation. Après l'étreinte amoureuse publique de Hyo-shin, Shi-eun se met à ignorer la jeune fille. Le choc est terrible pour Hyo-shin qui finira par sauter du toit du lycée. Ce qui choque immédiatement ce sont les réactions des élèves qui se moquent des jeunes filles et des professeurs qui ne semblent absolument pas bouleversés.

Memento Mori

Memento Mori apparaît également comme une critique du système scolaire sud-coréen. Le premier élément le démontrant est le geste de Hyo-shin. La Corée du Sud est durement touchée par le fléau du suicide chez les jeunes et ce geste est là pour le rappeler. Puis, le lycée apparaît comme une prison à cause de ses couleurs froides et de son ambiance oppressante. Le lycée devient même une véritable prison lors de la scène finale du film lorsque le fantôme de Hyo-shin bloque les sorties de l'établissement. Paradoxalement, on peut s'étonner du manque évident d'autorité des professionnels de l'établissement. Ils ne sont donc pas la source majoritaire d'oppression. Ainsi, on a le sentiment que le lycée est le reflet de la société sud-coréenne toute entière. En effet, cette société tolérait assez mal (1999) l'homosexualité. Par conséquent, les jeunes filles sont frustrées. Elles avouent même se sentir confinées dans ce lycée sans garçons, dans leur uniforme imposé par les Japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale. Elles sont donc d'autant plus sensibles aux expériences qu'elles vivent. Hyo-shin est d'ailleurs complètement bouleversée par sa découverte du sentiment amoureux au point de sortir avec le professeur Goh. Sa bisexualité témoigne de son goût pour l'expérience. Min-ah est elle aussi attirée par les nouvelles expériences. Ainsi, une scène la montre en proie à un fantôme qui se permet de la toucher à des endroits intimes. Y-a-t-il réellement un fantôme ou Min-ah a-t-elle succombé à ses fantasmes sexuels ?

Memento Mori

L'élément principal du film est un journal intime. Il permet de faire le lien entre les personnages et leur micro-histoire. Il montre d'une manière poignante de l'intensité de l'amour de Hyo-shin pour sa copine. Il témoigne également de l'attraction de l'adolescente pour la mort (le jeu sur les pilules et le poison). Enfin, le journal intime peut être considéré comme un objet maudit et qui tue, comme cela était courant dans les années 1990 et 2000 après le succès considérable de Ringu de Hideo Nakata. Il est plusieurs fois dit que lire le journal d'un mort attire le mauvais œil et cause la mort du curieux.

Memento Mori

Le film souffre de quelques défauts évidents. En effet, le montage qui est sans doute destiné à créer un certain suspense, a tendance à perdre le spectateur dans l'histoire et dans la chronologie. On ne sait plus quand les évènements ont eu lieu et s'ils ont réellement eu lieu. Les différents indices mis en place lors du jeu de piste auquel le film s'apparente est ainsi constamment remis en cause, ce qui a tendance à lasser le spectateur qui ne comprend pas où le film le mène.

De plus, les émotions des personnages sont clairement mises en avant mais ce n'est pas le cas de leur psychologie. Ainsi, il est difficile de se faire une opinion de Shin-eun. Tantôt victime, tantôt coupable, on a quand même l'impression que la jeune fille porte malheur comme le suggèrent plusieurs camarades de classe. En effet, c'est après avoir rencontré Hyo-shin que cette dernière va devenir étrange et mourir. A la fin du film, Shin-eun dit à Min-ah qu'il est possible d'écrire un nouveau journal comme si l'histoire allait recommencer. Enfin, on a bien du mal à connecter le prologue du film qui évoque la mort de sept jeunes filles ayant découvert la vérité.

Memento Mori

Porté par une belle bande originale, Memento Mori est trop brouillon pour parvenir à convaincre. Néanmoins, on apprécie l'audace des réalisateurs qui ont tenté de mélanger deux genres aussi différents que le drame et l'épouvante et de traiter de l'homosexualité dans la société sud-coréenne et chez les adolescents.

Erin

 
 
 

Photos du film :