Réalisé par : Marco Bellochio
Avec : Alba Rohrwacher, Toni Servillo, Isabelle Huppert, Michele Riondino, Maya Sansa
Sur un scénario de : Stefano Rulli, Veronica Raimo et Marco Bellocchio avec une musique de : Carlo Crivelli
Genre : Drame
Film Italien réalisé en 2013

 

 

Synopsis du film :
Le 23 novembre 2008, l'Italie se déchire autour du sort d'Eluana Englaro, une jeune femme plongée dans le coma depuis 17 ans. La justice italienne vient d'autoriser Beppino Englaro, son père, à interrompre l'alimentation artificielle maintenant sa fille en vie. Dans ce tourbillon politique et médiatique les sensibilités s'enflamment, les croyances et les idéologies s'affrontent. Maria, une militante du Mouvement pour la Vie, manifeste devant la clinique dans laquelle est hospitalisée Eluana, alors qu'à Rome, son père sénateur hésite à voter le projet de loi s'opposant à cette décision de justice. Ailleurs, une célèbre actrice croit inlassablement au réveil de sa fille, plongée elle aussi depuis des années dans un coma irréversible. Enfin, Rossa veut mettre fin à ses jours mais un jeune médecin plein d'espoir va s'y opposer de toutes ses forces.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Pour La Belle Endormie, Marco Bellochio a choisi comme toile de fond un cas qui a secoué l'Italie. En 1992, Eluana Englaro était une jeune femme de 22 ans lorsqu'elle a eu un accident de voiture qui l'a laissé dans un état végétatif irréversible. A l'époque, son père s'était positionné en faveur de l'arrêt des machines qui maintenaient sa fille en vie. A partir de ce moment-là, le cas Eluana Englaro a connu un retentissement énorme en Italie. Les pro euthanasie et les militants du mouvement pou la vie soutenus par les Catholiques et le Vatican se sont violemment affrontés en 2007 lorsque la justice a accordé au père d'Eluana le droit de mourir dignement dans le respect de la Constitution Italienne qui autorise le droit. Même si Marco Bellochio ne fait pas d'Eluana un personnage à part entière, il laisse son ombre planer tout au long du film, en incluant des images d'archives notamment, afin de connecter les différentes histoires. En effet, La Belle Endormie est un film choral qui regroupe quatre histoires liant mort, conscience et dignité même s'il en ressort un manque évident d'unité.

La Belle Endormie

L'histoire la plus intéressante est sans doute l'histoire du sénateur Uliano Beffardi qui se retrouve face à un dilemme. Ayant accédé à la demande de son épouse mourante de la laisser mourir, il est appelé à voter une loi ayant pour but d'empêcher l'arrêt de l'alimentation artificielle d'Eluana. Uliano est en conflit avec Maria, sa fille qui combat l'euthanasie au sein du mouvement pour la vie et qui s'est elle même opposée à laisser sa mère partir. Le personnage de Maria est mystérieux, un peu trop même pour comprendre ses motivations et sa psychologie. On ne sait pas si elle est profondément catholique ou si elle agit un peu par rébellion envers son père. L'état de sa mère la bouleverse mais elle résiste au nom de ses convictions. En dépit de ses convictions, elle va tomber sous le charme de Roberto, un jeune homme qui lutte pour l'euthanasie avec son frère bipolaire et violent. Une parenthèse amoureuse va leur permettre de mettre chacun de côté leurs convictions comme si elles importaient peu au final. Leur histoire brève permet de questionner le poids des convictions dans les relations humaines. Peut-on s'entendre et s'aimer et avoir des points de vue opposés ? Hormis cette courte parenthèse, le film tend à montrer que les convictions pèsent dans les relations humaines. En effet, Maria et Roberto ne resteront pas ensemble. On retrouve cette idée dans quasiment toutes les autres histoires du film. En effet, l'épouse de Beffardi était très croyante mais la souffrance l'a fait aller contre ses convictions : elle a demandé à son mari d'abréger ses souffrances. Les convictions de la Divina Madre incarnée par Isabelle Huppert sont incompatibles avec la présence de son mari et de son fils qui sont tournés vers l'avenir.

La Belle Endormie

L'histoire de la Divina Madre fait écho à celle d'Eluana Englaro. En effet, cette mère est confrontée au coma de sa fille. Sa résistance passe par la recherche de la foi et la religion. Les messes, les signes divins la rassurent dans son combat. Pourtant, elle n'a pas la foi mais elle pense qu'en persévérant et en changeant, elle peut changer la situation. L'aspect le plus marquant de cette histoire est sans aucun doute la froideur et la cruauté qui caractérisent la Divina Madre. Toute douce avec sa fille, elle rejette son fils et le brise dans son élan pour devenir acteur. De plus, elle apparaît pendant une grande partie du film comme une narcissique qui passe son temps à se regarder dans le miroir.

La Belle Endormie

Enfin, il y a l'histoire de Rossa qui se drogue et qui vole pour subvenir à ses besoins. Après sa tentative de suicide, un médecin du nom de Pallido se met en tête de la sauver. L 'histoire de Rossa fait contre-poids. En effet, elle dispose de toutes ses capacités physiques et mentales mais elle veut mourir. Elle a fait le choix de mourir en tentant de se suicider. Son histoire évoque évidemment la liberté de conscience. Elle contraste avec l'histoire de la Divina Madre qui impose à sa fille de vivre et à celle d'Eluana qu'une partie de la société italienne empêche de mourir. Dans ces deux cas, les patients ne disposent malheureusement pas de leurs capacités pour exprimer leur volonté de mourir ou non. Même si l'histoire de Rossa permet d'atteindre un nouveau stade de réflexion, elle semble déconnectée du reste du film pour convaincre. Elle souffre du même problème que les autres histoires : la psychologie des personnages n'est pas assez développée pour que l'on puisse pleinement apprécier leurs gestes. Ainsi, on a bien du mal à comprendre pourquoi Pallido s'entête à sauver Rossa et le film n'apporte pas de réponse claire à ce sujet.

La Belle Endormie

Le film propose une réflexion sur la communication moderne Les écrans sont omniprésents. Ainsi, Maria et Roberto prennent rendez-vous au téléphone alors qu'ils se trouvent dans la même rue, comme s'il était plus facile de communiquer sans se voir. Les écrans de télévision sont également très présents. Ils sont la source principale d'information. Peut-on y voir une critique des médias italiens qui, on le sait, sont en majorité détenus par des politiciens ? Dans tous les cas, l'omniprésence des écrans et les conséquences qu'ils ont sur les différents personnages tendent à montrer que les personnages souffrent paradoxalement d'un manque de communication. De plus, ce manque de communication participe à l'éclatement des familles (que ce soit celle de la Divina Madre ou celle du sénateur Beffardi).

La Belle Endormie

Pour conclure, La Belle Endormie est une belle réussite. Marco Bellochio ne prend pas réellement partie pour ou contre l'euthanasie, il se contente de montrer les conséquences de cette question de société sur la population et les politiques. Cela peut être considéré comme un manque de prise de position. Le combat entre les personnes en faveur de l'euthanasie et celles contre permet de nous rendre compte du poids de l'Eglise Catholique et du Vatican dans la politique italienne. Marco Bellocchio parvient à saisir le déséquilibre des personnages et de la société italienne. En dépit d'un manque évident d'émotion, ce qui peut paraître étonnant dans un film avec un tel sujet, La Belle Endormie joue sur le thème de la peur : la peur de perdre un être cher (histoire de la Divina Madre), la peur d'affronter ses convictions profondes (histoire de Maria et de son père, histoire de la Divina Madre), la peur d'affronter la vie (la Divina Madre, Rossa).

Erin

 
 
 

Photos du film :