Réalisé par : Kathryn Bigelow
Avec : Jessica Chastain, Jason Clarke, Jennifer Ehle, Kyle Chandler, Mark Strong, Edgar Ramirez, Joel Edgerton, Nash Edgerton, James Gandolfini, Harold Perrineau, Taylor Kinney, Simon Abkarian
Sur un scénario de : Mark Boal avec une musique de : Alexandre Desplat
Genre : Thriller
Film Américain réalisé en 2013

 

 

Synopsis du film :
Le récit de la traque d'Oussama Ben Laden par une unité des forces spéciales américaines...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Pour son nouveau film, Kathryn Bigelow s'intéresse à un des évènements qui a le plus marqué le début du XXI ème siècle : la traque et la mort de Oussama Ben Laden. Le titre Zero Dark Thirty vient du langage militaire pour dire minuit et demie, l'heure à laquelle l'assaut contre Ben Laden a eu lieu le 2 mai 2011.

Le personnage de Maya

Maya interprétée par Jessica Chastain est un personnage fascinant. Inspiré d'une véritable agent de la CIA qui a consacré une bonne partie de sa vie à traquer Ben Laden, Maya est un personnage charismatique et déterminé et paradoxalement profondément antipathique. Cette antipathie est liée au manque évident de caractérisation du personnage. En effet, Maya n'apparaît pas comme une réelle personne. Elle est définie par son travail, son objectif obsessionnel et sa détermination. Cela est renforcé par la mise en avant du fait qu'elle n'a aucune vie privée. Kathryn Bigelow va même plus loin en concluant son film sur Maya, seule et perdue dans l'avion qui la ramène chez elle. La jeune femme est incapable de dire où se trouve sa maison car elle n'a pas d'attaches ni de véritable foyer.

Zero Dark Thirty

Le personnage de Maya est intéressant dans le sens où il connaît une évolution. En effet, lorsque Maya apparaît pour la première fois à l'écran, elle ne semble pas être un personnage fort. Elle a d'ailleurs bien du mal à assiste à la torture d'un prisonnier. Affrontant ses peurs, Maya est quelques scènes plus tard, l'instigatrice de la torture. Son évolution est donc rapide. Elle est si rapide qu'elle en devient dangereuse pour Maya qui ne distingue plus sa personnalité du personnage qu'elle s'est créée (agent de la CIA).

Maya est-elle une allégorie des États-Unis ? Comme les États-Unis, Maya a traqué sans relâche Oussama Ben Laden, devenu l'ennemi public numéro 1 après les attentats du 11 Septembre 2001. La traque du terroriste est devenue une obsession pour le monde occidental et pour les États-Unis en particulier. La presse a d'ailleurs participé à cette escalade obsessionnelle en spéculant sur la possible cachette de Ben Laden. Après des années de recherche, la mort de Ben Laden a été célébrée aux États-Unis par de nombreux américains. Parallèlement, il est également ressorti de cet événement une certaine inquiétude dans le sens où la mort de ce terroriste n'a pas pu mettre un terme au terrorisme. La réaction de Maya face au corps de Ben Laden est relativement révélatrice. La jeune femme peine à réaliser que l'homme qu'elle a tend recherché se trouve là devant elle, emballé dans un sac. A la fin du film, la mort de Ben Laden laisse un sentiment amer : tous ces efforts fournis ne sont en fait qu'une minuscule étape dans la guerre contre le terrorisme (war on terror) lancée par les États-Unis sous le président George W Bush.

Zero Dark Thirty

A partir de tous ces éléments, on comprend pourquoi Kathryn Bigelow a décidé de mettre en avant le personnage de Maya. En revanche, on a plus de mal à comprendre pourquoi la jeune femme est perçue comme la seule personnalité du film. En effet, on peut remarquer que la réalisatrice traite la CIA et les terroristes de la même manière en leur supprimant leur individualité. Tous deux sont perçus comme des groupes, des masses composées d'agents. Ce même traitement participe au point de vue objectif adopté par la réalisatrice et dont nous reparlerons plus tard mais il est également une source d'ambiguïté. En effet, on a l'impression que Maya se bat autant contre sa hiérarchie que contre les terroristes, ce qui confère un sentiment étrange.

Le traitement des évènements : objectivité et subjectivité

Il est plus qu'honorable que Kathryn Bigelow ait opté pour un point de vue résolument neutre. En effet, la réalisatrice ne fait pas dans le sensationnalisme pro-américain. Elle présente les évènements comme ils se sont passés (d'après des témoignages). Elle n'hésite pas à montrer des scènes de torture et semble dénoncer cette pratique dans l'armée américaine.

En dépit de toute la bonne volonté de Kathryn Bigelow, l'objectivité de son film peut être remise en question. En effet, si la réalisatrice a eu la décence de ne pas montrer à nouveau les attentats du 11 septembre 2001, on peut en revanche lui reprocher de ne pas conserver cette ligne de conduite tout au long du film. Pourquoi donc montrer les attentats de Londres ? Est-ce plus simple de montrer des attentats s'étant produits en Europe qu'aux États-Unis ? N'est ce pas prendre le problème avec des pincettes pour ne pas offenser qui que ce soit aux États-Unis ?

Zero Dark Thirty

De plus, il est intéressant de noter que la réalisatrice qui a décidé de ne pas montrer les images de l'attentat du World Trade Center, a quand même décidé d'inclure la présence de ces attentats dans son film. Kathryn Bigelow substitue les sons aux images. Sur un écran noir immobile, on peut entendre des victimes de l'attentat appeler leur famille. Le résultat est encore plus puissant que ces images que le spectateur a vu des milliers de fois. Ainsi, la réalisatrice contourne la difficulté et ne tombe pas dans le piège qui lui était tendu. En revanche, en ouvrant son film sur cet événement traumatisant, elle pointe du doigt l'origine du conflit (Ben Laden) et faillit à sa promesse d'objectivité. Le point de vue est résolument américain même si Kathryn Bigelow n'opte pas pour une mise en avant du patriotisme à l'américaine. Il n'est pas contrebalancé par un autre point de vue. Pire, le film semble tendre à la généralisation dans le sens négatif du terme. Tous les habitants d'un pays oriental apparaissent comme des potentiels terroristes, ce qui fait transparaître un manque d'objectivité caché sous l'aspect documentaire et réaliste du film.

Réalisme

L'aspect réaliste et quasi documentaire est le point fort de Zero Dark Thirty. A cet égard, la reconstitution de l'assaut final contre Ben Laden est impressionnante. La scène dure environ 45 minutes, ce qui correspond d'après les témoignage à la durée de l'assaut. On a vraiment l'impression d'être sur les lieux grâce à une utilisation incroyable du son et de l'image. En effet, on voit dans cette scène essentiellement filmée en vision nocturne les soldats progresser de pièce en pièce éliminant tous les obstacles se dressant sur leur passage (y compris des femmes). La vision nocturne permet de créer une tension car l'on a parfois bien du mal à distinguer des éléments dans cette obscurité. Ce travail sur le son est omniprésent dans le film et il contribue parfaitement à créer une tension. On est pris par chaque intervention (par exemple la scène de recherche d'un homme avec le signal d'un téléphone portable).

Zero Dark Thirty

Polémiques :

L'usage de la torture a été le principal élément dénoncé dans Zero Dark Thirty à cause de la manière dont Kathryn Bigelow aborde le problème. Sans concession, elle montre des scènes de torture physiques et mentales sans jamais juger son usage. Ainsi, ces techniques d'interrogatoires avancées, comme elles sont appelées dans le film, apparaissent comme un mal nécessaire pour le bien des États-Unis et du monde occidental. C'est ce que suggère une scène particulièrement éloquente qui montre le Président Obama déclarer que l'armée américaine ne fait pas usage de la torture alors même qu'une scène la mettant en scène vient de se produire. En ce qui me concerne, il me semble que les scènes de torture sont utilisées au même titre que les autres éléments du film. Ce sont des scènes voulant montrer une réalité dans un esprit plus documentaire que polémique.

Courrier International rapporte le point de vue du journaliste Nadeem F. Paracha qui a pointé quelques incohérences dans le film de Kathryn Bigelow. Je vous laisse juger par vous-mêmes.

Zero Dark Thirty

Porté par la magnifique musique d'Alexandre Desplat, Zero Dark Thirty est une belle réussite dans le sens où Kathryn Bigelow excelle dans la reconstitution et l'action. Ainsi, on a l'impression d'y être grâce aux diverses techniques mises en place (images, sons). En dépit des polémiques que le film a suscité, Zero Dark Thirty a tout de même assez de subtilité pour aborder sans lasser ni choquer un sujet aussi polémique que le traque et la mort de Ben Laden. Enfin, terminons sur la performance de Jessica Chastain qui montre dans ce film une nouvelle facette de son jeu et qui s'impose résolument comme une actrice américaine sur laquelle il faudra désormais compter.

Erin

 
 
 

Photos du film :