Réalisé par : William Friedkin
Avec : Ashley Judd, Michael Shannon, Harry Connick Jr., Lynn Collins, Brían F. O'Byrne
Sur un scénario de : Tracy Letts avec une musique de : Brian Tyler
Genre : Drame
Film Américain réalisé en 2007

 

 

Synopsis du film :
Agnès vit seule dans un motel désert. Elle est hantée par le souvenir de son enfant, kidnappé plusieurs années auparavant, et redoute la visite de son ex-mari, Jerry, un homme violent récemment sorti de prison. Dans cet univers coupé du monde, Agnès s'attache peu à peu à un vagabond excentrique, Peter. Leur relation tourne au cauchemar lorsqu'ils découvrent de mystérieux insectes capables de s'introduire sous la peau. Ensemble, ils vont devoir découvrir s'il s'agit d'une folie partagée ou d'un secret d'État...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Bug : en voilà un titre énigmatique. Lorsque l'on a vu le film, l'on comprend toute la difficulté de traduire un tel titre se résumant pourtant à un seul mot. Bug est un mot polysémique pouvant être traduit par bestiole, ou punaise de lit mais aussi par micro caché. Le film de William Friedkin va constamment osciller entre ces deux interprétations et va mener le spectateur à se demander si les punaises de lit existent vraiment ou si le couple Agnès/Peter succombe à la paranoïa.

Paranoïa et contamination

Après avoir fait l'amour avec Agnès, Peter voit pour la première fois les insectes dans le lit. Il est apparemment le seul à les voir. Petit à petit, Agnès les voit à son tour. Le réalisateur prend le soin de ne pas montrer à quoi ressemblent les insectes afin de mettre le doute : existent-ils vraiment ou sont-ils le fruit de l'imagination de Peter ?

Au début du film, il est tout à fait possible de croire à une invasion d'insectes microscopiques mais plus le temps passe et plus les personnages extérieurs viennent contredire la vision d'Agnès et Peter qui eux pensent que la situation s'aggrave d'heure en heure et que les insectes se multiplient à vitesse grand V. Bref, la propagation réelle ou imaginée des insectes se rapproche de la contamination. La paranoïa peut-elle être contagieuse comme une maladie ? C'est en tout cas ce que suggère William Friedkin. En effet, Agnès semble sombrer dans la paranoïa après avoir eu un contact physique avec Peter. Peut-on contaminer l'esprit d'un humain aussi rapidement et efficacement que le corps ?

Cette paranoïa évidente des personnages pose la question des réalités. Qu'est ce que la réalité ? Comment reconnaître la réalité ? Est-ce que ma réalité est la même que celle d'un autre ?

Bug

La paranoïa en tant que contamination pose deux problèmes majeurs dans le film. Tout d'abord, Agnès est une paumée et Peter sort de nulle part. L'on ne sait quasiment rien sur leur vie. La paranoïa de Peter a forcément une origine. A-t-il vraiment subi des expériences de la part de l'armée ? Nous n'en saurons rien même si le film tend à montrer le contraire. Agnès est une femme seule qui vit dans la peur de voir son ex-compagnon. Affaiblie sur le plan psychologique, l'on voit bien qu'elle est enclin à sombrer dans la paranoïa. Pourtant, elle croit toujours Peter et ne remet jamais en question ses paroles même lorsqu'il élabore des explications tirées par les cheveux.

Enfin, l'autre problème du film réside dans le fait que les protagonistes utilisent de la drogue. Si la drogue est bel et bien à l'origine de leur paranoïa alors le film perd en consistance. Toutes leurs visions ne sont alors que la réalité de deux junkies un peu seuls qui refont le monde.

Un amour absolu

Comme nous l'avons dit, Agnès suit toujours Peter quoiqu'il fasse, même lorsqu'il se mutile. Au début, l'on a du mal à comprendre comment cette femme seule et faible peut croire aux histoires de Peter alors que ses yeux ne voient pas ce que Peter lui montre. Peter lui aussi croit tout ce que dit Agnès à propos de son fils même si nous ne saurons jamais s'il a réellement existé.

Pourtant, Agnès et Peter ne forment bientôt plus qu'une et même personne. En dépit des évènements qu'ils traversent, leur histoire d'amour est extrêmement forte. Ils sont prêts à tout l'un pour l'autre même à mourir brûlés vifs. De plus, ils sont constamment menacés par le monde extérieur. Peut-on considérer cette réclusion en couple comme la forme absolue de la jalousie liée à l'amour ?

Après tout, ne dit-on pas que l'amour c'est regarder ensemble dans la même direction ? C'est exactement ce qui arrive à Agnès et Peter, même si la direction vers laquelle ils regardent n'est pas la nôtre, ils regardent la même et c'est cela l'essentiel.

Bug

Une dimension politique

Adapté d'une pièce de Tracy Letts, le film révèle une dimension politique notamment à travers le discours de Peter sur l'armée et ses expériences sur les soldats.

La paranoïa post-11 Septembre que l'Amérique connaît peut être ressentie dans ce film. Tous les signes de vie extérieure sont perçus comme des menaces potentielles pour les personnages. Ironiquement, le mal vient de l'intérieur. Les insectes se trouvent sous la peau de Peter et se multiplient à cause du rapport sexuel que les amants ont eu.

Film post-11-Septembre, les insectes invisibles ne sont pas sans rappeler les armes de destruction massives que l'armée américaine n'a jamais trouvé en Irak.

Conclusion :

Bug

Huis clos claustrophobique, Bug est un film intéressant de par les thèmes qu'il aborde. Cependant, il faut reconnaître certains longueurs et l'absence de parti pris qui laisse planer le doute jusqu'à la fin. Cela n'est pas gênant en soi mais il est légitime de se sentir un peu perdu puisque l'on ne sait pas exactement ce que l'on a vu. Le pire c'est peut-être de savoir que le point de vue adopté c'est à dire celui du couple n'est en réalité pas le nôtre. A la fin du film, l'on comprend que les hélicoptères ne sont que dans la tête d'Agnès et de Peter et qu'ils n'ont aucune réalité.

Le véritable point fort du film ce sont les performances des acteurs. Ashley Judd est admirable et maîtrise parfaitement la folie de son personnage qui va crescendo.

Michael Shannon qui avait déjà interprété le rôle de Peter au théâtre est tout simplement exceptionnel. Tout son corps transpire la paranoïa.

L'autre point fort du film c'est la graduation de la folie et de la paranoïa qui explosent dans une scène finale magnifique. Plus pathétique que spectaculaire, l'incendie qui apparaît comme purificateur semble être le seul moyen de libérer le couple de l'emprise de leurs esprits malades.

Erin

 
 
 

Photos du film :