Réalisé par : John Boorman
Avec : Jon Voight, Burt Reynolds, Ned Beatty, Ronny Cox
Sur un scénario de : James Dickey avec une musique de :
Genre : Film d'Aventure
Film Américain réalisé en 1972

 

 

Synopsis du film :
Ed Gentry, Lewis Medlock, Bobby Trippe et Drew Ballinger, quatre citadins américains, se réunissent lors d'un week-end afin de descendre une rivière très mouvementée en canoë. Cette rivière de Géorgie devant être recouverte par l'inondation de la région suite à la construction d'un barrage, ils montent cette expédition comme un dernier hommage à la nature défigurée par l'homme. Les épreuves qu'ils affrontent ne proviennent cependant pas seulement de la dangerosité du milieu naturel.

 
 

Analyse de film :

Critique :

Le film Délivrance est l'adaptation du roman homonyme de James Dickey.
Quatre citadins américains, Ed Gentry, l'homme moyen, Lewis Medlock, le philosophe fasciné par l'idée de survie et le courage physique, Bobby Trippe, le bon vivant adepte de l'hédonisme facile et Drew Ballinger, l'artiste qui croit en la loi, se réunissent un week end pour descendre une rivière en canoë, rivière qui n'existera bientôt plus suite à la construction d'un barrage qui inondera toute la vallée. Cette expédition est donc un sorte d'hommage qu'ils veulent rendre à la nature.

I. La Destruction de la Nature et la faillite de la civilisation

Dès l'ouverture du film, le enjeux sont clairement posés. En effet, pendant que l'on découvre les images de la nature puis des bulldozers la détruisant et des explosions, on entend, on ne le sait pas encore à ce moment là, Lewis, incarné par Burt Reynolds, expliquer à ses compagnons son projet de descente de la rivière en canoë avant qu'un barrage ne la transforme en lac. Lewis critique la violation de la nature dans le seul but de produire de l'électricité, la destruction de la nature au nom du progrès.
A la fin de ce discours écologique, défenseur de la nature, succède une violente explosion. Suggérant que cette descente de la rivière sera une descente aux enfers.
Le but de la descente de cette rivière est de retrouver la nature, cette nature qu'on a perdu dans les villes. Lewis préférera même dire que les villes ont « vendu » des choses qu'on trouve dans les bois plutôt que d'utiliser le terme perdu.
Outre le danger que représente la rivière, danger très prévisible, « la rivière est invincible », nos quatre citadins « civilisés » seront confrontés à un danger encore plus grand, l'agression de deux chasseur « primitifs » et violents. Parce qu'ils ont violé la forêt, la forêt, par l'intermédiaire de ces deux chasseurs, les violera à son tour.
Cette violente altercation avec ces deux chasseurs changera pour toujours nos amis. Ceux ci seront alors dominés par l'instinct de survie et bafoueront leurs valeurs morales « civilisées » en tuant et mentant.
La délivrance par la nature se révélera n'être qu'une illusion.

Délivrance

Lors de la première pause de nos quatre citadins, on suit Ed, joué par Jon Voigt, partir à la chasse. Celui-ci n'osera pas tirer sur un faon, hésitant, tremblant. A cette scène, fera écho une autre scène de chasse toujours avec Ed comme protagoniste mais cette fois ci Ed ne chassera pas un animal de la nature mais un homme. Il sera là aussi pris de tremblement mais réussira finalement à tirer.
Là où il a échoué face à un faon, il réussira face à un homme car les événements qui ont précédé la scène : le viol de Bobby et la mort de Drew l'ont changé, on peut même dire les ont changés.
Pourront-ils revenir à la vie citadine avec ce qu'il s'est passé ? Le cauchemar d'Eddy où surgit une main du lac nous fait comprendre qu'il ne sera plus jamais lui-même. Devenu un tueur, lors de son retour à la civilisation il sera hanté par son expérience, il ne pourra plus reprendre sa vie tranquille comme avant.
Leur expérience révélera que la loi en laquelle ils croyaient n'est qu'un « vernis » recouvrant une société proche du code violent de l'ouest.
Lewis, blessé, infirme verra son image d'homme tout puissant ternie. Bobby sera sodomisé par un chasseur et forcé à imiter les couinements d'une truie. Drew, contraint de suivre la décision de ses camarades, soustraire à la justice un corps, abandonnera sa ceinture de sauvetage avant de mourir noyé. Ed quittera la douceur de la vie tranquille pour les tumultes de la nature sous l'influence de Lewis et passera d'un citoyen paisible à un tueur impitoyable.
Tous subiront « l'ordalie » moyenâgeuse, le jugement de Dieu, dont seul Ed semble sortir indemne mais marqué à jamais.

Délivrance

La fin de leur cauchemar s'achève sur le retour à la civilisation et la vision d'épaves d'automobiles abandonnées au bord de l'eau et de travaux de construction du barrage. Ces images sont un écho aux premières images du début du film, permettant au réalisateur d'insister sur la faillite de la civilisation dont le progrès passe par la destruction de la nature. Boorman est d'ailleurs très critique contre la civilisation qu'il représente par des déchets. « Notre civilisation n'a-t-elle pas entamé son agonie ? » Le personnage de Lewis veut assister à la faillite du système, il déclare d'ailleurs que « les machines ne triompheront pas de la [rivière] ».

Le film est très pessimiste, conduisant Ed, le personnage principal, à une angoissante aliénation, à un univers totalement fermé et condamné.
Délivrance remet en cause la société américaine, et est un retour aux sources où l'américain retrouve ses racines et ses pulsions les plus profondes de sa civilisation

II. L'Amérique contemporaine

Boorman confronte deux types d'américains dans la film. On retrouve le petit groupe de citadins, formé par Lewis, Ed, Bobby et Drew, c'est à dire des américains installés dans la vie moderne, « civilisés » mais éloignés de la nature et les habitants de cette région sauvage, c'est à dire les habitants du hameau qui vivent en haut de la forêt et les chasseurs, qui eux sont restés proches de la nature et des traditions mais abandonnés par le progrès et donc sont pauvres, isolés et victime de dégénérescence génétique.
La première rencontre entre ces deux groupes d'américains se fait au hameau que notre groupe de citadin qualifient de « bout du monde ». Cette scène nous montre que le dialogue par les mots est impossible et que seul le dialogue par des langages universels, musique et danse, est possible. Boorman réalise la fameuse scène où un enfant joue du banjo avec Drew qui lui de son côté joue de la guitare. Afin d'inverser le sentiment de supériorité des quatre citadins, Boorman a placé l'enfant en hauteur et Drew au niveau du sol. A l'aide des deux instruments différents, le banjo représente le passé et la guitare le modernisme, le réalisateur continue à confronter ces deux Amériques, mais ce n'est pas tout, il va aussi accentuer la dualité en faisant danser le vieil homme ( danse traditionnelle paysanne ) alors que de son côté Bobby frappera seulement des mains, marquant le rythme d'une façon plus moderne.
On comprend aussi que ces deux mondes ne peuvent se rejoindre et que la rupture entre eux est totale. En effet après avoir joué, l'enfant détournera le regard de la main tendue par Drew, et Bobby parlera de dégénérescence, ce à quoi les autochtones répondront « on joue quand même du banjo ».

Délivrance

III. Le titre : « Délivrance »

Le titre « Délivrance » est ambivalent. Le titre peut se référer aux conséquences judiciaires, les coupables ne sont pas soupçonnés, à la libération sociale, la descente de la rivière leur permettant d'échapper à la monotonie de leur vie citadine, ou à un salut métaphysique, Ed s'étant retrouvé après s'être perdu.

IV. Conclusion

Chef d’œuvre du cinéma, Délivrance de Boorman est sans doute une des meilleures critiques de la civilisation américaine qui a oublié la nature et ses origines. Ce film reste 40ans après un véritable choc par la violence qui s'en dégage mais aussi par la puissance du récit. La musique qui revient tout le long du film, duelling banjos, et la scène qui s'y réfère aura marqué l'histoire du cinéma. Et que dire de cette atmosphère bestiale, suffocante qui nous prend du début à la fin et scotche le spectateur.
Jamais l'Amérique sauvage n'aura été aussi bien filmée.

TitCalimero

 
 
 

Photos du film :