Réalisé par : Maurice Tourneur
Avec : Pierre Fresnay, Josseline Gaël, Noël Roquevert, Guillaume de Sax, Palau
Sur un scénario de : Jean-Paul Le Chanois avec une musique de : Roger Dumas
Genre : Fantastique
Film Français réalisé en 1943

 

 

Synopsis du film :
Un peintre sans le sou passe un pacte avec le diable. Il achète sa main, qu'il conserve dans un petit coffre de bois. Mais au bout d'un an, il doit l'avoir revendue sinon son âme est damnée.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Réalisé en 1943 en pleine occupation allemande, La main du diable est produit par la Continental Films, une société de production française contrôlée par les occupants allemands. Le film est une adaptation de la nouvelle La main enchantée de Gérard De Nerval (1832).

Le mythe de Faust pendant l'occupation

Le film évoque sans concession le mythe de Faust. En effet, Roland signe un contrat avec le diable. Il lui vend son âme en échange de la main qui lui permettra de réussir tout ce qu'il souhaite.

La main du diable

On ne peut pas oublier que le film a été tourné pendant l'occupation. C'est pour cette raison que le pacte avec le diable apparaît comme l'équivalent du pacte entre certains français et l'Allemagne Nazie. On pense alors au gouvernement de Vichy, qui était un gouvernement de collaboration. Cette hypothèse est renforcée par le fait que l'avant- dernier propriétaire de la main soit d'origine italienne et que l'Italie était un allié de l'Allemagne Nazie.

On peut voir dans le film un combat entre le Bien et le Mal que l'on peut étendre, étant donné la période, à la résistance et au nazisme. En effet, Ange le serveur du restaurant tente de dissuader Roland d'acheter le talisman. Grâce à son nom biblique, on comprend qu'il est du côté du Bien et qu'il tente d'aider Roland contre le diable.

Le symbolisme de la main

De manière générale, la main est un symbole de puissance et de domination. Ce symbole est largement repris dans La main du diable puisque Roland Brissot, le peintre raté, devient le peintre en vogue lorsqu'il achète la main au cuisinier d'origine italienne. A partir du moment où le talisman (la main) est à lui, Roland va réussir tout ce qu'il entreprend. Il va épouser la femme qu'il aime, il va vendre ses toiles à des prix inespérés et il va connaître la gloire. Cependant, il faut noter que la réussite de Roland est paradoxale puisqu'il réussit sous le nom de Maximus Léo.

La main du diable

C'est justement cet intriguant Maximus Leo qui est à l'origine de l'histoire. Maximus Leo avait reçu un don de Dieu dans sa main gauche, capable de réaliser tout ce qu'il souhaitait. Une fois décédé, le diable lui vole cette main exceptionnelle dans sa tombe afin de corrompre les hommes. Il est alors intéressant de revenir à la Bible dans laquelle la main gauche de Dieu est associée à la justice et la main droite à la miséricorde. On retrouve cette symbolique dans la résolution du film car Roland se trouve face aux personnes qui ont eu la main avant lui. Ces derniers improvisent un procès du diable.

Il est également intéressant de se référer à l'Ancien Testament dans lequel on trouve la main gauche associée aux malédictions et la main droite associée aux bénédictions. La main de Maximus Leo est la parfaite représentation de ce symbolisme. En effet, sa main gauche est un don de Dieu mais elle est aussi la source de la malédiction qui s'est transmise entre les âges du temps.

Fantastique et peur

La main du diable n'est pas un film qui fait véritablement peur. Dans un premier temps, il est intéressant de noter que le diable n'a aucun attribut fantastique. En revanche, il est effrayant parce qu'il ressemble à un homme banal. Le ton de sa voix est calme, son visage n'est pas déformé. Et c'est sans aucun doute cette apparence sereine qui est source de peur puisque l'on sait qu'il n'est pas ce qu'il paraît être.
Maurice Tourneur suggère la peur. C'est ce que l'on voit dans une scène où Roland va voir une chiromancienne. La vieille femme lit les lignes de sa main, se lève et lui demande de partir. Tourneur filme le visage horrifié de la femme et c'est la voir avoir peur qui est source de peur.

La main du diable

En conclusion, La main du diable allie subtilement le mythe de Faust aux résonances fantastiques à la situation de la France en 1943. Sans être un film d'horreur, La main du diable peut être terrifiant car il renvoie à nos désirs de réussite les plus sombres. Le tout est porté par une photographie sublime aux accents expressionnistes.

Erin

 
 
 

Photos du film :