Réalisé par : Kiyoshi Kurosawa
Avec : Haruhiko Katô, Kumiko Asô, Koyuki
Sur un scénario de : Kiyoshi Kurosawa avec une musique de : Takefumi Haketa
Genre : Horreur
Film Japonais réalisé en 2001

 

 

Synopsis du film :
Taguchi, un jeune informaticien, est retrouvé pendu dans son appartement. Sous le choc, ses collègues cherchent à en savoir plus sur ce suicide inexplicable. La victime a laissé un mystérieux message contenu dans une simple disquette. De toute évidence, celle-ci recèle un virus qui contamine ses utilisateurs et a de graves répercussions sur leur comportement. A Tokyo, l'inquiétude grandit au fur et à mesure que le virus se propage à travers les réseaux informatiques. Des petits groupes de jeunes gens tentent de résister, tandis que les disparitions se multiplient.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Kaïro a beau être peuplé de fantômes, le film apparaît avant tout comme une critique acerbe de la société japonaise. Le Japon apparaît comme un pays en pleine désincarnation. Au pays de la technologie de pointe, un terrible virus se transmettant via les réseaux informatiques rappelle la triste réalité japonaise. Les jeunes sont de plus en plus nombreux à vivre dans un monde virtuel et à devenir ce que l'on appelle au Japon des otakus c'est à dire des personnes qui vivent recluses et dont Internet est le seul moyen de communication. Ce manque de communication est clairement illustré par le manque de contacts physiques entre tous les personnages du film.

Kaïro

Film sur la société japonaise, Kaïro peut aussi être interprété comme une mise en garde pour nos sociétés occidentales, qui à l'heure de la communication à vitesse grand V, ont tendance à sombrer dans la même forme de solitude. Cette solitude semble inévitable puisqu'elle concerne les fantômes et les vivants. Ainsi, les vivants se sentent seuls car ceux qui les entouraient jusqu'à présent s'en vont et les fantômes se sentent seuls car la mort est "un isolement éternel" comme le confie un fantôme dans le film. Kiyoshi Kurosawa s'est appliqué à faire ressentir cette solitude tout le long de son film. Ainsi, peut-on se sentir plus seul que lorsque l'on voir ce bateau au beau milieu de l'eau ? La solitude est omniprésente comme l'illustre la fin du film où Michi Kudo se retrouve seul après que son ami Kawashima ait disparu.

Kaïro

Kaïro est un film particulièrement triste et mélancolique. Chaque disparition apparaît comme un échec. De plus, plus le monde se vide de ses habitants, plus les rues sont vides et plus l'on se sent seul dans cette immense ville qu'est Tokyo. La scène où Kawashima se retrouve seul dans une salle de jeux est assez révélatrice à ce sujet.

Le film présente un paradoxe intéressant dans le sens où la technologie qui a pour but de faire évoluer les sociétés est ici présentée comme la source même de destruction des sociétés.

Kaïro

Kaïro signifie en japonais "circuit électrique". Dans « Cinéastes » en mai 2001, Kiyoshi Kurosawa expliquait l'origine de son titre : « cela fait référence à internet dans le sens où cela véhicule des informations. Cette idée peut aussi s'étendre au système économique où Kaïro peut signifier la circulation d'argent. Mais le sens le plus fort du titre pour le film est lié au fait que les fantômes reviennent sur terre grâce à un système qui marche en circuit fermé. » Bref, Kurosawa utilise l'image du circuit fermé pour expliquer les étranges phénomènes et le retour des fantômes sur terre. Pour lui, les fantômes ont atteint la limite de place disponible et ont dû revenir sur terre. Les passages entre les deux mondes sont signalés par les portes encadrées de ruban adhésif rouge.

Kaïro

Lorsque Kurosawa filme Tokyo sans vie, les images de cette ville détruite rappellent les terribles évènements d'Hiroshima et de Nagasaki. Comment ne pas penser à ces évènements historiques lorsque l'on voit un avion semblant sortir du passé s'écraser sur un bâtiment ? lorsque l'on voit les cadavres calcinés ou les cendres des disparus ?

Kairo est une œuvre aussi dérangeante que terrifiante parce que le film apparaît comme une métaphore de nos sociétés actuelles obsédées par les technologies et sombrant peu à peu dans le manque de communication. Esthétiquement, Kiyoshi Kurosawa opte pour une mise en scène minimaliste, ce qui renforce l'aspect de vide propre au film. Pour obtenir une ambiance angoissante à souhait, le réalisateur a su habilement jouer sur les lumières, les ombres et la musique qui joue un rôle primordial dans Kairo. Kairo est particulièrement effrayant car Kurosawa ne filme pas seulement la mort mais plutôt la disparition et la désintégration du corps. Le réalisateur va très loin dans son sujet en terminant son film sur une scène extrêmement pessimiste lors de laquelle l'un des héros ayant le potentiel de survivre finit par devenir à son tour un fantôme sous les yeux de sa nouvelle amie qui déclare être heureuse d'être avec un ami.

Erin

 
 
 

Photos du film :