Réalisé par : Jung et Laurent Boileau
Avec : William Coryn, Christelle Cornil, Jean-Luc Couchard
Sur un scénario de : Jung et Laurent Boileau avec une musique de : Siegfried Canto et Little Comet
Genre : Animation
Film Franco-Belge réalisé en 2012

 

 

Synopsis du film :
Ils sont 200 000 enfants coréens disséminés à travers le monde depuis la fin de la guerre de Corée. Né en 1965 à Séoul et adopté en 1971 par une famille belge, Jung est l’un d’entre eux. Adapté du roman graphique Couleur de peau : Miel, le film revient sur quelques moments clés de la vie de Jung : l’orphelinat, l’arrivée en Belgique, la vie de famille, l’adolescence difficile... Il nous raconte les événements qui l’ont conduit à accepter ses mixités. Le déracinement, l’identité, l’intégration, l’amour maternel, tout comme la famille recomposée et métissée, sont autant de thèmes abordés avec poésie, humour et émotion... Réalisé dans un étonnant mélange d’images réelles et dessinées, entre présent et souvenirs, utilisant à l’occasion des archives historiques et familiales, "Couleur de peau : Miel" est un récit autobiographique d’animation qui explore des terres nouvelles.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Avec Persepolis, Marjane Satrapi avait lancé un nouveau genre : l'adaptation du roman graphique dans le but de raconter une histoire personnelle au sujet universel. Après Valse avec Bachir d'Ari Folman , c'est autour de Jung de voir son roman graphique adapté au cinéma. Notons que contrairement à ses prédécesseurs, le film propose une innovation en intégrant directement au récit des vidéos personnelles sorties tout droit des archives du réalisateur. Cela a une incidence considérable sur le spectateur qui se laissant porter par la beauté des dessins est rappelé à la réalité par le biais de ces images. Conclusion : le message délivré est encore plus fort et les émotions sont au rendez-vous.

Le dessin n'est pas seulement un support, il est mis à profit dans le film car Jung explique à de nombreuses reprises que le dessin est un moyen pour lui de s'inventer une autre réalité, de s'imaginer sa mère biologique ou encore de se persuader d'être japonais.

Couleur de peau : miel

Le film aborde le thème de l'adoption sud-coréenne et de ses conséquences sur les adoptés. Sans concession, Jung donne beaucoup d'importance au sentiment d'abandon qui ressurgit chez lui lorsqu'il se sent rejeté. L'image de la pomme pourrie est très présente dans le film car elle est liée à un souvenir d'enfance en Corée du Sud alors qu'il errait seul dans les rues.

Couleur de peau : miel

Jung s'est rendu dans son pays d'origine afin de se confronter à ses origines. Ces moments filmés sont très forts car on sent qu'il est tiraillé par les interrogations. Comment les sud-coréens perçoivent-ils Jung ? Jung est envahi par un sentiment étrange : il a l'apparence d'un asiatique et a toujours été perçu ainsi en Europe. En revanche en Asie, son apparence physique n'est plus une source de discrimination mais Jung se sent pourtant comme un touriste. Ce voyage est d'autant plus fort que Jung a longtemps rejeté ses origines coréennes se rêvant japonais, ce qui n'a rien d'anodin puisque la Corée et le Japon ont longtemps été des pays rivaux. En même temps, ce rejet qui mène à la découverte d'une nouvelle culture asiatique apparaît pour le jeune garçon comme un moyen de se rapprocher de ses origines.

Concernant l'adoption, la partie la plus difficile est sans aucun doute celle qui concerne l'autodestruction. Et Jung, qui lui-même confesse avoir eu inconsciemment envie de mourir, énumère tous les noms des adoptés qui ont mal fini.

Couleur de peau : miel

Après le magnifique Une vie toute neuve d'Ounie Lecomte, Couleur de peau : miel aborde un autre pan de l'adoption. Alors que le film d'Ounie Lecomte se focalisait sur les sentiments de l'enfant, Jung traite de l'adoption dans son double sens. En effet, les parents ne sont pas les seuls à adopter, les enfants aussi doivent adopter leur nouvelle famille. Il n'est pas facile de s'intégrer dans une famille européenne où l'on est et sera toujours l'asiatique de la famille. Mais c'est encore plus dur lorsque l'on perd cette place à l'arrivée d'une petite sœur venue d'Asie.

Couleur de peau : miel

La plus grande force de Couleur de peau : miel est sans aucun doute sa dimension universelle. En partant de son histoire personnelle, Jung parvient à raconter l'histoire de tout un peuple divisé par une guerre meurtrière et inutile (la guerre de Corée 1950-1953). Le parallèle entre la nation divisée et les familles éclatées est imposant. En effet, cette guerre a mené à l'abandon de milliers d'enfants, rejetés soit à cause de la misère soit à cause de la pression sociale qui poussait les mères célibataires à abandonner leurs enfants surtout quand ces derniers avaient pour père un soldat américain.

Couleur de peau : miel

Jung et Laurent Boileau signent un film aussi beau qu'innovant. La pluralité des émotions proposées permet de d'inscrire ce film dans la réalité. L'utilisation de diverses techniques d'animation telles que la 2D, 3D, les prises de vues réelles et les images d'archives renforce cet effet et l'émotion est au rendez-vous. Que demander de plus ?

Erin

 
 
 

Photos du film :