Réalisé par : Benoît Delépine et Gustave Kervern
Avec : Benoît Poelvoorde, Albert Dupontel, Brigitte Fontaine, Areski Belkacem, Yolande Moreau, Gérard Depardieu
Sur un scénario de : Benoît Delépine et Gustave Kervern avec une musique de :
Genre : Comédie
Film Français réalisé en 2012

 

 

Synopsis du film :
Les Bonzini tiennent le restaurant "la Pataterie" dans une zone commerciale. Leur fils ainé, Not, est le plus vieux punk à chien d'Europe. Son frère, Jean Pierre, est vendeur dans un magasin de literie. Quand Jean Pierre est licencié, les 2 frères se retrouvent. Le Grand Soir, c'est l'histoire d'une famille qui décide de faire la révolution... à sa manière.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

La révolution sociale est morte, vive la révolution sociale !

En choisissant pour titre "Le Grand Soir", les réalisateurs posent le décor. Alors que leur film a été vendu par une partie de la presse comme un film punk, le titre annonce que le film va plutôt s'intéresser à la révolution sociale qui fait cruellement défaut dans notre société lissée.
En effet, l'expression "c'est le grand soir" est née à la fin du XIX ème siècle pour désigner la lutte ouvrière qui se révoltait contre les conditions sociales. C'est exactement ce dont rêvent Not et son frère Jean-Pierre devenu entre temps Dead. Ils espèrent que les gens répondront à leur appel et que la soirée qu'ils organisent sur l'ancien parking de Leroy Merlin va tout changer.

Le Grand Soir

Quête désespérée de liberté

Le mode de vie de Not semble être motivé par une envie de liberté. C'est en tout cas ce que prétend Not. En effet, nous n'en saurons pas plus sur les origines de sa marginalité. Après son licenciement, Jean-Pierre, écrasé par les pressions de la vie moderne, va se rapprocher de son frère qui va l'entraîner dans son monde.
Leurs envies de liberté sont immédiatement contrastées par la réaction de la société qui rejette les marginaux. En effet, la marginalité des personnages et notamment celle des parents a tendance à réduire la portée du message du film. Il est fort probable que si les personnages n'avaient pas été si originaux, le message des réalisateurs aurait été plus fort et aurait sans aucun doute touché davantage le public.
Leur quête de liberté est malheureusement vouée à l'échec, ce qui donne au film un grand sentiment de désespoir.

Le Grand Soir

Action collective VS action individuelle

Cette opposition est rendue explicite dans le film à plusieurs reprises.
Au début du film, Not est perçu comme un marginal contre lequel la société s'érige. Son nouveau nom "Not" apparaît comme une négation de son existence dans cette société. Après que son frère l'ait rejoint dans son combat, ils deviennent "Not" et "Dead", c'est à dire "Not dead". Ensemble, ils montrent que leur idéologie n'est pas morte "not dead". A deux, leur action apparaît comme collective. Cela peut paraître dérisoire mais cette action minoritaire mais collective tout de même s'oppose clairement à l'action individuelle. Ainsi, lorsque Jean-Pierre s'immole en plein milieu d'un supermarché, personne ne réagit. Personne ne réagit non plus aux demandes de Not et son frère réclamant un yaourt. L'individualité apparaît donc comme la norme actuelle contre laquelle il semble être bien difficile de lutter. Paradoxalement, Not et Dead attendent le grand soir au nom de la société et pas seulement pour eux-mêmes. C'est donc toute la conception d'une société capitaliste ayant érigé comme valeur première l'individualisme qui est remise en question.

Le Grand Soir

Conclusion :

Benoît Delépine et Gustave Kervern parviennent à installer leur film dans une réalité sociale que nous connaissons. L'immolation de Jean-Pierre au supermarché n'est pas sans rappeler des cas tragiques de travailleurs désespérés après avoir été mis à la porte. Le monde des zones commerciales nous renvoie à notre quotidien. Qui n'a jamais traversé une zone commerciale ? Qui ne s'y est jamais rendu ? Les réalisateurs ne se servent pas seulement du cadre pour planter le décor de cette triste réalité, ils vont plus loin en réfléchissant sur l'attrait de ces zones commerciales. Que viennent donc chercher les gens dans ces zones ?
Ils se servent également du milieu des supermarchés pour commenter la surveillance omniprésente des magasins et de nos vies en général.
Le grand soir tant attendu mais qui ne s'est pas présenté apparaît comme le triste constat selon lequel il devient de plus en plus difficile de mobiliser collectivement dans notre société guidée par l'individualisme. Ce n'est pas sans rappeler des évènements contemporains.

Erin

 
 
 

Photos du film :