Réalisé par : Anh Hung Tran
Avec : Tran Nu Yên-Khê, Man San Lu, Thi Loc Truong, Anh Hoa Nguyen, Hoa Hoi Vuong
Sur un scénario de : Anh Hung Tran avec une musique de : Tôn-Thât Tiêt
Genre : Drame
Film Vietnamien réalisé en 1993

 

 

Synopsis du film :
A travers l'histoire de Mui, petite paysanne servante dans une famille de la ville, évocation d'une vie de femme traditionnelle vietnamienne.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Le film débute dans les années 1950 et se termine dans les années 1960. Cette période a été marquée par des évènements importants au Vietnam.
Même si la guerre n'apparaît pas directement à l'écran, elle est présente dans le film par le son des avions.
Il est nécessaire de rappeler quelques uns de évènements de cette époque qui ont changé le visage du Vietnam.
La guerre d'Indochine a lieu de 1946 à 1954, date à laquelle le Vietnam obtient son indépendance, et correspond donc à la période où se déroule la première partie du film.
La guerre du Vietnam éclate en 1958 et ne se termine qu'en 1975. Ce conflit particulièrement sanglant est donc surtout présent lors de la seconde partie du film.

Le rythme du film est plutôt lent, il faut bien l'avouer, mais permet de traduire le rythme de la vie tout simplement. La vie n'est pas seulement faite de moments importants, elle est surtout constituée de rituels quotidiens. Et ce rythme volontairement lent traduit parfaitement la sensation de durée de la vie.
La nature lumineuse et verdoyante est synonyme de simplicité. Tout semble s'enchaîner sans difficulté dans la nature.
Le film est donc plus fluide que lent. Il est similaire du rythme de la vie quotidienne.
L'odeur de la papaye verte se découpe en deux mouvements précis.
Dans une première partie, l'on suit la jeune Mui âgée d'une dizaine d'années dans son quotidien de servante auprès d'une famille de la ville.

L'Odeur de la papaye verte

Dans cette première partie, c'est principalement le thème de la servitude qui est abordé.
En suivant le quotidien de la petite Mui, l'on explore aussi l'enfance d'une petite fille servante dans les années 1950. L'on a parfois la sensation que l'enfance de Mui est sacrifiée au profit de son travail difficile de servante. Le cadet de la famille chez qui la petite fille est employée ne facilite pas la vie de Mui. Il prend un malin plaisir à donner du travail supplémentaire à Mui.
Comme l'a expliqué le réalisateur du film, la condition féminine au Vietnam est étroitement liée à la servitude. La condition féminine n'évolue pas beaucoup car elle se perpétue. L'on voit comment la jeune Mui apprend à devenir servante.
Dans cette partie, le réalisateur vietnamien filme aussi la détérioration de la cellule familiale. Le père de famille est toujours absent et utilise l'argent de la famille pour aller passer du bon temps. La famille qui emploie Mui semble détruite en son for intérieur. La mère est trompée par son mari, la belle-mère reproche à la maîtresse de maison de rendre son fils malheureux, le fils cadet est diabolique sans doute parce qu'il s'ennuie, et les membres de la famille ne communiquent pas entre eux.
De nombreuses scènes se déroulent autour du thème de la cuisine. Mui passe pas mal de temps à préparer les repas et à préparer des papayes vertes. Ce thème récurrent de la cuisine permet de cerner l'aspect quotidien et répétitif de la vie des personnages et de Mui en particulier. Le film montre régulièrement la préparation culinaire de la papaye.
La papaye est à la fois un fruit et un légume. En effet, lorsque la papaye est mûre, elle est considérée comme un fruit. En revanche, lorsque la papaye est encore verte, alors elle est considérée comme un légume.
Le titre du film : L'odeur de la papaye verte, évoque donc les rituels culinaires liés à la préparation de la papaye verte. Comme la plupart des aliments, la papaye dégage une odeur. Le titre évoque donc aussi l'idée d'une odeur familière.
Comme on le voit dans le film, les repas sont préparés par la femme. La préparation de la papaye rappelle donc aussi le monde des femmes et leurs gestes maternels.

L'Odeur de la papaye verte

Dans une seconde partie, Mui est devenue une jeune femme d'une vingtaine d'années et sert une nouvelle famille.
Devenue une femme et ayant servi pendant plus de la moitié de sa vie, la seconde partie du film s'intéresse à l'acceptation totale de la servitude par Mui.
Cette seconde partie est caractérisée par la rencontre de l'amour et son épanouissement.
Mui qui a bien grandi, tente de s'épanouir à travers la découverte de sa féminité. Elle est tentée d'essayer une paire d'escarpins et essaie même un rouge à lèvres.
C'est en apprenant à devenir une femme que Mui connaît le désir et l'amour.
Le maître de maison succombe au charme de sa servante. Quelles sont les relations entre l'amour, le désir et la servitude ?
Employer une jeune femme pour accomplir les tâches ménagères généralement destinées à la femme, donne un certain sentiment de puissance aux employeurs.
Le maître de maison tombe-t-il amoureux de sa servante parce qu'il s'agit de Mui ou parce qu'il exerce un pouvoir sur elle ?
Mui, servante devient épouse. Quel rapport entretient-elle alors avec la servitude dont elle a toujours été plus ou moins prisonnière ?
Mui reste une servante même en changeant de statut. A la place de servir une famille, elle va servir un mari et une famille. C'est sans doute ce que montre aussi la dernière image du film : Mui enceinte assise sur un fauteuil.
Mui a toujours dû accepter ce que la vie lui réservait. Elle a accepté sans broncher de quitter sa famille pour devenir servante. Attachée à cette famille, elle n'a pas rechigné dix ans plus tard à aller servir une autre famille. Bien que toujours liée à la servitude à la fin du film, Mui s'émancipe à la fois en devenant une femme et en apprenant à lire. L'émancipation de Mui n'est pourtant pas initiée par la jeune fille elle-même.

L'Odeur de la papaye verte

Bien que pudique, un érotisme latent est bien présent dans le film. Certains parfums sont réputés aphrodisiaques.  Est-ce le cas de l'odeur de la papaye verte ?
La moiteur du climat, les couleurs, la musique, la scène de cache-cache amoureux ne sont que des illustrations subtiles de la tension érotique émanant de la relation de Mui et de son amoureux.

Mui apprend beaucoup de la nature : elle observe les fourmis, elle examine les graines de la papaye et etc ...
Ayant appris de la nature, Mui est en constante communion avec elle. Tous les mouvements de son corps sont en rythme avec la nature et ses éléments.
C'est ce rapport particulier à la nature qui fait de Mui un être unique et remarquable. C'est pour cela que c'est elle que l'on suit tout au long du film.
L'animisme est encore assez présent au Vietnam. Tout ce qui est est vivant : les êtres humaines, les minéraux, les végétaux et les animaux. Ils ont, au même titre que les éléments naturels une force vitale.
Ainsi, les fourmis que l'on voit à plusieurs reprises sont aussi vivantes que les personnages du film. C'est d'ailleurs pour cette raison que lorsque l'un des garçons de la famille écrase une fourmi avec son doigt, la scène apparaît comme étant très cruelle.
Mui trouve en quelque sorte refuge dans la nature. Bien qu'inerte, elle déborde de vie.

Quasiment muet, les sons du film prennent donc de l'importance. Ainsi, les pleurs de la mère de famille qui pleure en voyant sa petite fille décédée en Mui résonnent et sont particulièrement émouvants.
Enfin, chapeau beau aux décors de studio spectaculaires qui donnent l'impression aux spectateurs d'être au cœur du Vietnam dans les années 1950 et 1960.

L'Odeur de la papaye verte

Erin

 
 
 

Photos du film :