Réalisé par : Mike Leigh
Avec : Imelda Staunton, Richard Graham, Eddie Marsan, Anna Keaveney
Sur un scénario de : Mike Leigh avec une musique de : Andrew Dickson
Genre : Drame
Film Britannique réalisé en 2004

 

 

Synopsis du film :
Vera Drake est une mère de famille exemplaire et totalement dévouée à son entourage. Pourtant, derrière son quotidien apparemment banal, Vera cache une activité secrète : elle aide certaine femme à mettre fin à leur grossesse involontaire...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Lion d'or du meilleur film en 2004, Vera Drake raconte l'histoire d'une femme admirée pour sa générosité. Ouvrière à l'usine d'ampoules, Vera Drake consacre son temps libre à aider les autres. C'est ce que s'emploie à montrer la première partie du film. Ainsi, elle apporte un peu de sa chaleur humaine à un infirme un peu seul ou encore à une mamie qui refuse de quitter son lit. Mike Leigh nous entraîne dans son quotidien quand soudain Vera toque à la porte d'une femme, entre et fait bouillir de l'eau. Rien de plus normal au pays du tea time ! Vera demande à la femme d'enlever sa culotte et la vérité nous frappe en pleine figure : Vera Drake pratique illégalement des avortements.
Toute la vie de Vera et de sa famille va basculer un beau jour de Décembre lorsque la police fait irruption chez les Drake pour venir arrêter Vera suite à un avortement qui a mal tourné. Dans cette seconde partie du film, bien plus sombre dans les teintes que la première, le ciel tombe littéralement sur la tête de Vera qui se défend d'avoir fait du mal à qui que ce soit. En effet, même si elle comprend les faits qui lui sont reprochés, elle pense qu'elle n'a fait qu'aider des jeunes femmes en détresse. Là où le film de Mike Leigh est particulièrement pertinent c'est lorsqu'il établit un contraste entre Vera qui pratique les avortements sans aucune contrepartie et son amie Lily qui profite de la détresse des jeunes femmes souhaitant avorter pour se faire un peu d'argent.

Vera Drake

A partir de la situation de Vera Drake, Mike Leigh propose une véritable réflexion sur l'avortement. Est-ce parfois un "mal nécessaire" comme le dit Vera ? Alors que Vera et les femmes qu'elle a aidé pensent que l'avortement est un mal nécessaire, la société ne partage pas leur vision et les blâme pour ce qu'elles ont fait. Mike Leigh ne prend pas parti et expose les deux points de vue, laissant juger le spectateur en fonction de ses convictions. D'un côté, il y a ces femmes qui ne souhaitent pas poursuivre leur grossesse pour des raisons multiples et variées. L'enfant à venir représente pour elle un obstacle pour leur futur. Et cette raison Vera semble parfaitement la comprendre puisqu'il est sous-entendu qu'elle a aussi un jour fait ce choix. De l'autre côté, il y a la société bien pensante, qui s'offusque et qui change de trottoir pour ne pas croiser les faiseuses d'anges. Mike Leigh, qui reste relativement neutre, n'appuie pas le point de vue de cette société qui semble ignorer la réalité. Cette réalité, elle est d'abord sociale. Le film se déroule au début des années 1950 et à cette époque, le peuple anglais est encore rationné et le sera jusqu'en 1954. Difficile de mettre un enfant au monde dans cette situation. Et puis il y a une autre réalité incarnée par Susan qui a été abusée par son "petit ami'. Grâce à elle, Mike Leigh montre que l'avortement se pratique légalement, et en dépit de la loi en vigueur, dans les cliniques lorsqu'une expertise psychiatrique penche en faveur de cette pratique.

Vera Drake

L'histoire de Susan permet au réalisateur anglais de faire un commentaire sur la société anglaise et ses classes sociales. Toutes les femmes enceintes mais qui souhaitent avorter sont dans la même situation, elles n'ont pas les mêmes moyens de remédier au problème en fonction de leur classe. Les filles de bonne famille iront se faire avorter dans une clinique alors que les femmes issues de la classe moyenne ou populaire n'ont pas d'autre choix que de se faire avorter dans la clandestinité, sans aucun suivi médical.
Mike Leigh pousse le commentaire social plus loin en faisant discuter deux femmes incarcérées dans la prison où se trouve Vera. Toutes deux sont des faiseuses d'anges et elles ont été condamnées à deux reprises. Cet élément n'a rien d'anodin dans le sens où personne n'est prêt à engager une femme condamnée pour avoir pratiqué des avortements clandestins. Ainsi, pour survivre, ces femmes sont plus ou moins condamnées à continuer leurs activités illégales. Mike Leigh signe donc un portrait d'une société hypocrite qui obligent les femmes à passer dans l'illégalité pour jouir de leurs droits sur leur corps et leur vie de femme et condamnent toutes les Vera Drake à la prison.

Vera Drake

Enfin, Vera Drake est aussi un film sur la famille et son fonctionnement. Après la révélation du secret de Vera, la famille Drake se fissure. Le fils en veut à sa mère et refuse de lui parler car il considère qu'en gardant son secret, elle a menti à sa famille. Les autres membres de la famille se serrent les coudes et restent solidaires. Le beau-frère de Vera est d'ailleurs plutôt de cet avis mais ne peut pas aller au bout de ses idées à cause de son épouse qui ne souhaite rien avoir à faire avec la faiseuse d'ange. Cette réaction au sein de la famille est une sorte de représentation à petite échelle de ce qui se passe dans la société.

Vera Drake

Imelda Staunton récompensée de la Coupe Volpi à la Mostra de Venise en 2004 est tout simplement exceptionnelle dans le rôle de Vera Drake. Respirant la force et la générosité, elle est bouleversante de vérité dans ce rôle d'une grande richesse mais aussi d'une grande finesse.

Erin

 
 
 

Photos du film :