Réalisé par : Michael Powell
Avec : Karlheinz Böhm, Moira Shearer, Anna Massey, Maxine Audley
Sur un scénario de : Leo Marks avec une musique de : Brian Easdale
Genre : Thriller
Film Anglais réalisé en 1960

 

 

Synopsis du film :
Obsédé par le cinéma depuis que son père lui a offert une caméra pour ses 9 ans, Mark Lewis, jeune homme solitaire et névrosé, trouve son suprême plaisir en assassinant des jeunes femmes et en immortalisant leur terreur et leur agonie sur pellicule.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Le Voyeur

Comme son titre l'indique, Le Voyeur de Michael Powell met en scène un voyeur en scène.
Le voyeurisme de Mark Lewis est quelque peu particulier. Il s'agit de scopophilie c'est à dire le plaisir de regarder, comme l'indique un psychiatre dans le film.
La scopophilie se manifeste par le biais de pulsions d'ordre sexuel. C'est pour cette raison qu'une forte tension sexuelle est palpable tout au long du film. Ainsi, l'on comprend bien que Mark Lewis désire sincèrement Helen, sa voisine.

Le refoulement sexuel est très présent dans le film à la fois à travers le personnage de Mark qui ne peut pénétrer qu'en tuant, et un personnage très secondaire : un bourgeois achetant des photographies érotiques. Il s'agit sans doute d'une manière d'exprimer l'image qu'avait la sexualité dans les années 1960 en Angleterre.

Le Voyeur

Mark Lewis n'apparaît pas toujours comme un tueur terrifiant.
Comment soupçonner ce jeune garçon blondinet à la fois sympathique et timide, de commettre des crimes millimétrés et cruels ?
Rien dans l'apparence de Mark ne trahit son vrai visage. N'est ce pas un moyen pour le réalisateur de nous mettre en garde sur ce que nous voyons ? Les images et les apparences peuvent être trompeuses.
Le regard du spectateur évolue sur Mark Lewis tout au long du film. Terrifié lors des premières scènes, le spectateur comprend petit à petit la situation de Mark Lewis. Traumatisé dans son enfance, Mark Lewis agit avant tout sous l'influence d'une maladie que son père a aidé à se développer : la scopophilie. Certains spectateurs iront même jusqu'à éprouver de la compassion pour ce meurtrier. Michael Powell semble manifester une empathie certaine pour son personnage principal, tout simplement peut être parce que ce film parle aussi en quelque sorte d'un metteur en scène. Cette empathie a beaucoup choqué à l'époque où le film est sorti.

Dès la première scène du film, Michael Powell fait usage de la caméra subjective, ce qui lui permet de mêler le regard du spectateur et le regard de Mark Lewis.
Le spectateur finit par devenir lui-même un peu voyeur.
Le réalisateur joue avec le spectateur et va même jusqu'à lui montrer son propre voyeurisme. Il déçoit les attentes perverses des spectateurs lors qu'il coupe la scène du meurtre de le prostituée avec un fondu noir. Le suicide de Mark n'est pas montré à travers l'objectif de la caméra, ce qui une fois de plus, déçoit l'attente des spectateurs devenus voyeurs.

Le Voyeur

Mark Lewis voit le monde à travers l'objectif de sa caméra et traque la moindre image.
Ne pouvant pas se séparer de sa caméra, Mark Lewis ne différencie pas vraiment l'image qu'envoie le projecteur sur l'écran et les images réelles.
Ainsi, le spectateur regarde toutes les scènes de meurtre à travers la caméra et le regard de Mark Lewis, ce qui en quelque sorte, nous rend complice des actes de Mark.

Que cherche Mark Lewis en filmant ses victimes, toujours féminines, d'ailleurs ?
Il cherche à capter l'expression de peur sur le visage de chacune de ses victimes.
Mark Lewis a tellement eu peur dans son enfance qu'il est, à l'âge adulte, incapable de ressentir ce sentiment de peur à nouveau. Il tente de capter les expressions de terreur de ses victimes face à la mort afin de ressentir leur peur, sentiment qu'il ne connaît plus depuis l'enfance.
Lorsque nous allons voir une comédie, nous voulons rire. Lorsque nous allons voir un film d'épouvante, nous espérons frissonner. Mark Lewis visionne ses meurtres afin de ressentir ce que ses victimes ont ressenti au moment de leur mort.
En plus de cette recherche personnelle, il continue le travail de son père et ne se libère donc jamais vraiment de l'emprise paternelle.
Cependant, comme il l'avoue lui-même, il n'est pas vraiment satisfait de ce qu'il a filmé. Ainsi, il doit encore tuer pour filmer ce qu'il chercher à fixer pour toujours sur une pellicule.
Si Mark Lewis ne parvient pas à être satisfait par les expressions terrifiées de ses victimes, c'est peut être parce que ce qu'il cherche à capter est impossible. La mort peut-elle se figer sur une pellicule ?


Le Voyeur

Michael Powell accorde beaucoup d'importance aux séquences que Mark montre à Helen. Ces séquences racontent comment le père de Mark a utilisé son propre fils pour faire des expériences. Le Voyeur est avant tout l'histoire d'un enfant traumatisé par son père. Atteint de la maladie qu'étudiait son père : la scopophilie, Mark est régulièrement en proie à des pulsions.
La caméra qui a torturé Mark pendant son enfance est devenue l'arme du crime et un substitut phallique. Mark Lewis se sert de l'un des pieds de son trépied pour poignarder ses victimes.
Ainsi, lorsque la lame pénètre dans le corps des victimes, c'est un peu comme si lui-même Mark Lewis pénétrait ses victimes.
La caméra tue véritablement car les personnes qui se retrouvent sur la pellicule ne sont en général plus en vie. Sur les images, l'on voit les victimes. Mark Lewis est en revanche victime des images.

Les meurtres de Mark Lewis sont de plus en plus perfectionnés. La scène du meurtre de la doublure en est l'exemple. Lewis prépare au détail près la mise en scène du meurtre. C'est moins tuer qui intéresse le personnage que les procédés de la mise en scène et l'image traduisant la peur.

Le Voyeur

Mark finit par se suicider de la même manière qu'il assassinait les femmes. Il n'agit pas sur un coup de tête. Il avait préparé et mis en scène sa mort. Mark se savait-il condamné à vivre avec ce désir brûlant ? Le seul moyen de s'en débarrasser était-il la mort ? Est si le seul moyen d'avoir peur c'était d'approcher la mort au plus près, quitte à y laisser sa peau ?
Mark va même jusqu'à déclarer qu'il est "content d'avoir peur." Il est heureux d'avoir peur car en ressentant à nouveau ce sentiment, il sait qu'il est enfin libéré de l'emprise de son père.
Filmer sa propre peur face à la mort est le projet ultime de Mark. Et pourtant, il ne verra jamais ce dernier film, celui qui l'aurait sans doute délivré de son mal. L'on ne peut pas filmer la mort. Elle se présente et disparaît aussi vite qu'elle est venue.
Comment représenter la mort au juste ?
Ce que nous voyons ce sont les manifestations physiques liées au corps qui souffre, pas le visage de la mort elle même.

La musique est vraiment bien utilisée dans le Voyeur. Quelques notes au piano suffisent pour traduire l'état émotionnel de Mark, et annoncer son envie meurtrière.
L'on prête souvent moins attention au son et pourtant le réalisateur nous démontre toute son importance dans la scène où Mark Lewis est surpris par la mère aveugle d'Helen.
Cette dernière a rapidement compris que sa fille fréquente un homme tourmenté, juste à l'écoute de ses pas.

Michael Powell a beaucoup travaillé sur la lumière et le son.
La lumière, qui est habituellement rassurante, n'évoque ici que la terreur. En effet, les victimes de Mark sont aveuglées par une lumière, qui sera alors la dernière chose que verront les jeunes femmes.
L'obscurité, habituellement synonyme d'angoisse, est ici rassurante. Mark est dans son monde lorsqu'il évolue dans son sombre appartement. Helen est protégée lorsqu'elle se trouve dans le noir avec Mark, car ce dernier ne peut pas percevoir sa peur sur son visage et peut donc contrôler ses pulsions.

Le Voyeur

Erin

Critique :

Attention chef d'oeuvre (méconnu) !!
Ca me donne envie de regarder d'autres films de Powell. Pourtant le film ne tentait pas vraiment... j'avais tort en tout cas !
Tout en restant suggéré, le film se révèle assez angoissant et on a droit à certaines scènes magistrales.
Le film parle du pouvoir de la caméra et de la peur, entre autres; mais aussi du pouvoir de la science (jusqu'où faut-il aller ?) la psychologie du personnage personnage  (Karlheinz Böhm joue très très bien) est vraiment travaillée.
Bref un très grand moment de cinéma pour moi qui mériterait d'être vu !!

Tinalakiller

 
 
 

Photos du film :