Réalisé par : Guillermo del Toro
Avec : Marisa Paredes, Eduardo Noriega, Federico Luppi, Fernando Tielve, Inigo Garcés, Irene Visedo, Junio Valverde
Sur un scénario de : Guillermo del Toro, Antonio Trashorras et David Munoz avec une musique de : Javier Navarrete
Genre : Horreur
Film Espagnol réalisé en 2001

 

 

Synopsis du film :
En Espagne, durant la guerre civile, Carlos, un garçon de douze ans dont le père est décédé, débarque à Santa Lucia, un établissement catholique pour orphelins. Il est remis au bons soins de Carmen, la directrice, et du professeur Casares. Mais il doit faire face à l'hostilité de ses camarades et de Jacinto, l'homme à tout faire. Par ailleurs, ce lieu hostile dissimule derrière ses murs deux secrets : l'or de la cause républicaine, et le fantôme d'un enfant qui hante le sous-sol. Carlos aperçoit dès la première nuit cet esprit errant et s'efforce de communiquer avec lui par tous les moyens. Le petit orphelin découvre très vite que ce spectre n'est autre que celui de Santi, un ancien pensionnaire de Santa Lucia disparu dans de mystérieuses circonstances.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Produit par la société de production El Deseo de Pedro Almodovar, Guillermo Del Toro ancre profondément son film dans l'histoire espagnole. Ainsi, l'action se situe dans une école qui ressemble plus à un orphelinat qu'autre chose, pendant la guerre civile espagnole. Le spectre de cette guerre plane sur les personnages tout le long du film. Cette bombe échouée en plein milieu de la cour de récréation rappelle chaque jour que la guerre est bel et bien présente, et que des hommes, des femmes et des enfants meurent chaque jour. Le scénario permet d'ailleurs de créer un certain suspens par rapport à cette guerre. En effet, la première scène montre le moment où la bombe a été larguée et la mort d'un enfant dont nous apprendrons par la suite la véritable identité. Jusqu'à la révélation finale, l'on se demande si cet enfant n'est pas une victime de la bombe et donc par extension de la guerre.

La réalité de la guerre est constamment rappelée par certains éléments. Les enfants sont quasiment tous orphelins à cause de la guerre. Carlos, le petite garçon dont nous suivrons les aventures, a été abandonné dans cette école par son tuteur suite à la mort de son père tous deux luttant pour la cause républicaine. Une scène est même très explicite puisqu'elle montre Casares assister à l'exécution de ses, devine-t-on, camarades. Cette scène n'est pas sans rappeler l'un des tableaux les plus connus au monde : Tres de Mayo de Francisco De Goya.

tTres de Mayo de Francisco de Goya
Tres de Mayo de Francisco de Goya, Musée du Prado, Madrid, Espagne.

Enfin, la scène de l'explosion mettant un terme à tous les espoirs de fuite de Carmen et des enfants de l'orphelinat rejoue ce qui se passe un peu partout en Espagne. La guerre est arrivée jusqu'aux portes de cette école qui semble être au beau milieu de nulle part. En effet, seul le désert semble entourer ce lieu à une journée de marche du village le plus proche.

Après l'explosion, le désastre est total. Les corps jonchent sur le sol au beau milieu des débris. Cette scène là peut rappeler Guernica de Pablo Picasso. En effet, Guernica peint en 1937 c'est à dire à la période où se passe le film, représente le bombardement de la ville de Guernica. L'on retrouve ce motif du bombardement dans le film grâce à la bombe qui trône au milieu de la cour et à la scène de révélation montrant des avions bombarder la région. La désarticulation des corps inhérente à l'œuvre de Picasso se retrouve après la scène de l'explosion. Les corps sont éparpillés comme les débris en mille morceaux. Mais surtout Jacinto retrouve la jambe en bois de Carmen.

Lorsque l'on regarde Guernica, l'on a le sentiment que les personnages sont complètement impuissants face à l'évènement en cours. Ce sentiment d'impuissance est présent dans le film de Guillermo Del Toro. En effet, Casares le docteur est amoureux de Carmen mais ne la touche pas. Et comme le dit Jacinto c'est lui qui doit s'occuper de son corps.

Guernica de Pablo Picasso
Guernica de Pablo Picasso, Musée Reina Sofía, Madrid / La jambe de Carmen

En dépit de tous ces éléments historiques, L'Echine du diable met en scène des fantômes. Le premier fantôme auquel l'on pense est Santi, le petit garçon qui soupire. L'on apprendra par la suite ce qui est arrivé à Santi. Le petit garçon n'a pas été victime de la bombe et n'a pas fugué. Santi a été accidentellement tué par Jacinto. Le réalisateur mexicain Guillermo Del Toro confie avoir pensé à la légende de Chapala qui raconte qu'une femme noyée dans un lac reviendrait sous la forme de fantôme pour noyer ceux qui oseraient aller dans l'eau.

Carmen est également un spectre. Sa jambe perdue rappelle constamment le passé tout comme le souvenir de son mari et de sa cause qu'elle défend encore.

Casares deviendra un fantôme et aidera les enfants à se libérer lorsque Jacinto et ses amis prendront le pouvoir à l'école. A la fin du film, l'on découvrira qu'il est le narrateur de l'histoire.

Enfin, Jacinto, le "méchant" de l'histoire n'est pas un fantôme mais est hanté par les fantômes du passé c'est à dire son enfance dans l'orphelinat et l'histoire de son pays.

Guillermo Del Toro ne se contente pas d'intégrer des fantômes dans son film. Il tente de réinventer la figure du fantôme. Ce petit garçon Santi continue de saigner bien après sa mort et semble comme conserver dans l'eau de ce bassin rappelant les bocaux présents dans le bureau du docteur Casares. Mais surtout le réalisateur pose ouvertement la question : qu'est ce qu'un fantôme ? D'après le film, un fantôme serait "un moment de douleur", "quelque chose de mort qui semble encore en vie", quelque chose qui a été oublié.

L'Echine du Diable

Le massacre final n'est pas une conséquence directe de la guerre. Il est plutôt une conséquence de l'aliénation d'un enfant privé d'enfance et élevé dans la douleur d'un pays sans avenir apparent. C'est là toute la subtilité du réalisateur. Il ne montre jamais des soldats ni des scènes de guerre mais la suggère sans cesse notamment par le biais des lingots d'or.

Le personnage de Jacinto est particulièrement intéressant. Rongé par la cupidité qui causera sa perte, Jacinto est avant tout un homme brisé par son absence d'enfance. Il est l'échine du diable. Le docteur Casares explique que les enfants plongés dans le formol ont l'échine du diable c'est à dire la colonne vertébrale déformée. L'on peut établir un parallèle entre ces enfants déformés et Jacinto et les orphelins. Tous sont condamnés à l'absence d'enfance. L'échine du diable représente donc tout ce qui peut détruire un enfant : les superstitions, la pauvreté, la maladie, la faim et etc ... Il y a donc une menace constante pour ces enfants de devenir des monstres comme Jacinto. La menace est bel et bien présente lorsque Jaime avoue qu'il est prêt à tuer. La principale différence entre Jacinto et les orphelins Jaime, Carlos, Hibou et etc ...c'est leur relation au groupe. Jacinto a toujours été très solitaire alors que Jaime et Carlos ont su faire évoluer leur relation tendue en relation amicale. En effet, l'union fait la force. C'est d'ailleurs ce que démontre la fin du film. Les enfants viennent à bout de Jacinto tous ensemble. Dans ce sous-sol, les enfants traquent Jacinto comme les hommes préhistoriques traquant le mammouth.

L'Echine du Diable

Le plan final rappelle celui de La prisonnière du désert de John Ford. Ce plan montre les enfants partir l'on ne sait où dans l'espoir de trouver un endroit meilleur. Y-a-t-il vraiment un espoir ? Même si l'on ne sait pas combien de temps la guerre va encore durer, l'espoir est permis car à la fin du film, les personnages se sont détachés de leur peur. Avant de mourir, Conchita affronte Jacinto en lui disant qu'elle n'a plus peur de lui. Jaime avoue ne plus avoir peur à Carlos. Sans peur, ces enfants peuvent plus facilement affronter l'avenir si incertain qui les attend mais prennent aussi le risque de devenir des monstres.

Erin

 
 
 

Photos du film :