Réalisé par : Vicenzo Natali
Avec : Adrien Brody, Sarah Polley, Delphine Chanéac, Abigail Chu
Sur un scénario de : Vicenzo Natali avec une musique de : Cyrille Aufort
Genre : Science-fiction
Film Canadien réalisé en 2009

 

 

Synopsis du film :
Clive et Elsa sont des superstars de la science : ils ont réussi à combiner l'ADN de différentes espèces animales pour obtenir de fantastiques hybrides. Ils sont amoureux l'un de l'autre autant que de leur travail et veulent à présent passer à l'étape suivante : fusionner de l'ADN animal et de l'ADN humain. Lorsque le laboratoire pharmaceutique qui les finance refuse de les soutenir, Clive et Elsa décident de poursuivre leurs expériences en secret. Ils créent Dren, une créature étonnante dont la croissance rapide la fait devenir adulte en quelques mois. Alors qu'ils redoublent d'efforts pour préserver leur secret, leur intérêt scientifique pour Dren se mue peu à peu en attachement. Dren finira par dépasser les rêves les plus fous du couple… et leurs pires cauchemars.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Splice est avant tout un film ambitieux et riche. Ne se contentant pas de réaliser un simple film de monstres, Vincenzo Natali explore plusieurs thèmes importants dans son film.

Splice

Elsa et Clive, deux brillants scientifiques ne semblent vivre que pour faire avancer la science. Ayant mis au point une technologie révolutionnaire : combiner les ADN animaux entre eux, ils finalisent leur projet en gardant à l'esprit le côté innovant de leurs expériences mais sans jamais se poser des questions d'ordre éthique. Elsa décide ensuite de mélanger l'ADN humain et l'ADN animal, et crée Dren. Concept révolutionnaire, la limite entre les espèces est franchie.
Jusqu'où aller pour faire avancer la Science ? Y-a-t-il des limites éthiques et morales à ne pas franchir ?

Notons que les organismes crées par Elsa et Clive sont en partie destinés à l'industrie agroalimentaire. L'on peut ici deviner une critique sur le débat concernant l'agroalimentaire génétiquement modifié qui fait rage depuis des années. Comment est né ce débat ? D'une peur tout simplement de voir le génétiquement modifié se mélanger à nos gènes humains et donc dans l'imagination légitime de chacun d'engendrer des monstres.

La maternité est l'un des thèmes les plus présents dans le film. Elsa, qui ne s'est jamais sentie capable d'avoir un enfant à cause de l'expérience qu'elle a eu avec sa propre mère abusive, va développer des sentiments maternels à l'égard de Dren, la créature.
C'est Elsa qui va petit à petit humaniser Dren et en faire une véritable petite fille. Tant d'instinct maternel si soudain laisse perplexe. Ainsi, le spectateur qui commence à avoir des doutes, comprend qu'Elsa est véritablement et au sens biologique, la mère de Dren. C'est bien avec son propre ADN qu'Elsa a fait l'expérience. Elsa a donc à la fois tenté une expérience scientifique hors du commun et l'expérience de la maternité qui l'avait tant effrayé jusqu'à maintenant.
Le désir maternel d'Elsa n'apparaît pourtant pas des plus sains. Humanisant Dren, elle n'assume pas son désir de maternité pour autant. Ainsi, l'on est à même de se poser la question si Elsa développe réellement le désir de devenir mère ou si elle éprouve le désir de devenir la mère d'une créature hors du commun. Est ce la scientifique ou la femme qui pense lorsqu'elle s'occupe de Dren ?

Splice

Clive, le compagnon d'Elsa persiste quant à lui à voir Dren comme le fruit d'une expérience scientifique folle. Il ne développe pour le moment pas de sentiments ambigus pour cette créature qui devient pourtant de plus en plus humaine.
Dren finit par atteindre l'âge adulte et Clive s'éprend inconsciemment d'elle. Quoi de plus normal finalement puisque Dren a les gènes d'Elsa ?
Clive se sent alors attiré pour la première fois par la créature. C'est alors que Vincenzo Natali signe l'une des scènes les plus ambigues et malsaines du film : la relation sexuelle entre Clive et Dren la créature. Il est déjà dérangeant de voir deux espèces différentes s'accoupler. Cela l'est encore davantage lorsqu'il s'agit d'un créateur et de sa créature. Le réalisateur montre explicitement une scène d'inceste entre un père (le créateur) et sa fille (la créature). Pour le réalisateur, cette attirance sexuelle semble simple à expliquer. Clive se sent sexuellement attiré par Dren car elle a les gènes de la femme qu'il aime : Elsa.
Il n'y a qu'un pas pour nous faire penser que l'inceste serait compréhensible et normal. Cette idée profondément malsaine et dérangeante est inadmissible. Splice a beau n'être qu'un film, il est impossible de cautionner ce genre d'idée plus que douteuse.
Splice c'est aussi l'histoire d'un triangle amoureux mettant en scène un couple et leur créature. Alors que la scène incestueuse était déjà très malsaine, le réalisateur en rajoute une couche en mettant en scène le viol d'Elsa par Dren devenue un mâle. Les relations développées entre les trois personnages sont complexes et parfois incompréhensibles.


Splice

L'évolution de la créature Dren est aussi réussie que décevante. Tantôt trop humaine, tantôt trop bestiale, le spectateur est confus et ne sait plus vraiment quoi penser de cette créature.
D'un côté, le spectateur apprécie l'humanité que dégage Dren jusqu'à ce que celle-ci mette en péril le couple composé par Elsa et Clive; et d'un autre il apprécie de voir ses gènes bestiaux reprendre le dessus de temps à autre. Le réalisateur parvient à maintenir cet équilibre une bonne partie du film. Cependant, la fin désharmonise tout le travail fait jusque-là. Prenant parti de renforcer la bestialité de Dren, le réalisateur anéantit toute la magie qu'il avait réussi à créer.

Splice

Qui est vraiment le monstre ? Dren a beau faire du mal autour d'elle, elle n'a pas demandé à être créée. De ce point de vue, Clive et Elsa en particulier sont les véritables responsables. Elsa a crée une créature qu'elle n'est pas capable de contrôler.
Le comportement de Dren, aussi abominable qu'il puisse être, reste compréhensible. Elle est le fruit d'une expérience et ses attributs bestiaux prennent parfois le dessus. L'on pardonne ainsi rapidement à Dren d'être allée chasser le lapin.  Et pourtant, c'est aussi son côté humain qui fait froid dans le dos. N'est-il pas effrayant de voir que Dren est consciente qu'elle fait du mal lorsqu'elle tue le chat ?
Les réactions de Clive et d'Elsa sont souvent monstrueuses.
Clive ne résiste pas à son désir pour Dren. Mais il s'agit de sa seule erreur.
Elsa quant à elle a un comportement bien plus monstrueux. Ainsi, elle n'hésite pas à mutiler sexuellement celle qu'elle a considéré comme sa fille lorsque cette dernière devient une rivale pour elle.
Où est le monstre alors ? Comme dans la plupart des films d'horreur modernes, le Mal ne vient pas de l'extérieur mais sommeille en nous. Et c'est bien ce que montre les dernières images du film. Elsa, qui s'est retrouvée enceinte de la créature, décide de mener à terme sa grossesse dans un but purement scientifique.
L'être humain peut donc être particulièrement monstrueux surtout lorsqu'il entreprend de modifier les lois de la nature.

Splice

Vincenzo Natali signe finalement un film inégal et dérangeant.
Delphine Chanéac est admirable en Dren mais ne parvient pourtant pas à "devenir " la créature, sans doute à cause des effets spéciaux ajoutés et du changement de sexe subi par la créature. Ainsi, l'actrice est convaincante lorsque le côté humain de Dren est montré. Elle l'est beaucoup moins lorsque sa bestialité ressurgit.
Prévisible, Splice ne surprend que par ses scènes irréelles et sa démesure.
Dramatique, le film qui réussit de temps en temps à trouver le bon équilibre entre les sentiments, ne parvient pourtant pas à émouvoir.
Enfin, Vincenzo Natali pose des questions fondamentales déjà exposées depuis la naissance de la science-fiction notamment sur l'éthique et la morale, mais ne tente même pas d'apporter le moindre élément de réponse.
Splice a donc de l'idée mais ne pousse pas la réflexion assez loin.
Profondément troublant, c'est davantage l'aspect malsain du film qui marque que son propos.
Dommage pour ce film ambitieux qui a le fond mais pas encore la forme.

Erin

 
 
 

Photos du film :