Réalisé par : David Cronenberg
Avec : Robert Pattinson, Kevin Durand, Sarah Gadon, Juliette Binoche, Paul Giamatti, Emily Hampshire, Mathieu Amalric, Samantha Morton, Jay Baruchel
Sur un scénario de : David Cronenberg avec une musique de : Howard Shore
Genre : Drame
Film Canadien réalisé en 2012

 

 

Synopsis du film :
Dans un New York en ébullition, l'ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s'engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n'a qu'une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l'autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s'installe, et il assiste, impuissant, à l'effondrement de son empire. Il est aussi certain qu'on va l'assassiner. Quand ? Où ? Il s'apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Le capitalisme, un système au bord du gouffre

« Un rat devint l'unité d'échange. » de Zbigniew Herbert est la phrase qui ouvre le film. La figure du rat va donc traverser tout le film, ce qui semble approprié pour un film sur la chute inévitable du système capitaliste. Le rat a une forte symbolique que l'on ne peut négliger. Animal prolifique, il se reproduit à toute vitesse et est capable de lancer des épidémies aussi mortelles que la peste. Le rat est donc dans un sens le symbole de la destruction. Dans Cosmopolis, le rat est le symbole utilisé par les insurgés contre le système capitaliste, ce qui peut se comprendre puisque le rat représente la cupidité mais aussi le vol. N'est-ce pas justement ce sentiment qui est éprouvé par tous ces révoltés ?

  Cosmopolis

Dans L'homme aux rats, Freud avait établi une relation entre la richesse et le rat. Il considérait que le rat exprimait une connotation phallique et anale, ce qui n'est pas rappeler ce que l'on voit dans Cosmopolis. En effet, l'une des scènes clés du film est celle où l'on voit Eric se soumettre à un check-up médical. Alors qu'il discute, le médecin lui fait un toucher rectal et lui annonce que sa prostate est asymétrique, ce qui va bouleverser son existence.
Pour en revenir à la phrase de Zbigniew Herbert, le film pose ouvertement la question de la valeur de l'argent. C'est d'ailleurs à ce jeu que joue Eric en pariant sur l'effondrement du yuan.
Si le rat devenait une devise monétaire alors l'argent n'aurait plus de valeur tout simplement parce que le rat est un animal que l'on trouve en très grand nombre et qui se multiplie rapidement.
La chute d'Eric va de pair avec la chute de son empire et plus largement de tout un système capitaliste malade à cause de ses excès.

Enfin, il est intéressant de noter qu'en dépit de l'aspect futuriste de ce cybermonde, le film s'ancre parfaitement dans la réalité que nos sociétés occidentales connaissent aujourd'hui. Ainsi, les insurgés ne rappellent-ils pas les indignés ?

Déshumanisation totale

Ce qui frappe immédiatement dans Cosmopolis c'est la froideur des relations humaines. Au fond de sa limousine ressemblant plus à un tombeau de luxe, Eric ressemble à une machine à l'apparence humaine. A ce propos, il est intéressant de noter que le jeune golden boy parle de la même manière qu'un robot. Cet aspect est renforcé par l'absence totale de sentiments. Que le jeune milliardaire s'adresse à ses maîtresses, à sa femme, à ses amis ou à ses gardes du corps, Eric ne semble pas complètement impliqué. David Cronenberg truffe son film de scènes montrant la déshumanisation totale de ce personnage. Eric a épousé une femme qu'il ne connaît pas. Cette dernière ne semble pas vouloir le connaître plus alors que lui pense qu'ils doivent consommer leur mariage pour commencer à se connaître. Homme à femmes, il collectionne les aventures mais ne semble jamais prendre de plaisir. Ainsi, l'on a rarement vu des scènes de sexe aussi glaciales. L'entêtement du jeune homme pour se rendre à un salon de coiffure se trouvant de l'autre côté de la ville montre bien qu'il ne ressent pas la peur puisqu'il se moque éperdument des avertissements de ses gardes du corps. Cette absence de peur on la retrouve à plusieurs reprises dans le film. Ainsi, Eric ne demande-t-il pas à Kendra, l'une de ses maîtresses, de lui envoyer une décharge de taser pour ressentir ce que cela fait ? Eric ne se rend-t-il pas chez l'homme qui veut sa mort sans aucune crainte ? Ne se tire-t-il pas une balle dans la main pour ressentir la douleur ? Si Eric, produit du capitalisme outrancier, ne ressent même plus la peur de mourir, c'est tout simplement parce qu'il est déjà mort à l'intérieur depuis longtemps. Dans un sens, Robert Pattinson, absolument formidable, se révèle en tant qu'acteur mais ironiquement reste un vampire. A moitié mort, à moitié vivant, il obtient ce qu'il veut et tous ses désirs sont assouvis. Vivant essentiellement dans le noir, il ne quitte jamais son tombeau protecteur : sa limousine.

Cosmopolis

L'aspect technologique du film renforce l'idée de déshumanisation. En effet, si le monde est dirigé par des machines, que reste-t-il de l'humain ? Eric sait-il seulement ce que le mot "humain" signifie ? En quelques clics sur ses écrans, Eric a décidé de son avenir et a entraîné la chute de son empire.

Possession

Le thème de la possession occupe naturellement une place importante dans cette adaptation du roman de Don DeLillo. Ainsi, le film a beau se dérouler sur 24 heures, Eric se rend plusieurs fois dans des établissements pour manger. La nourriture et le fait de manger sont l'incarnation même de la possession. Sa consommation de femmes va d'ailleurs dans ce sens. Eric semble avoir besoin de posséder pour ressentir la moindre petite émotion. En vain.

L'obsession de posséder passe aussi par l'argent. Ainsi, Eric veut acheter la chapelle de Rothko bien que cette dernière ne soit pas à vendre. Il n'est sans doute pas anodin que DeLillo ait choisi cette œuvre. Une chapelle a une symbolique spirituelle. Et c'est peut être justement cette spiritualité que recherche Eric dans son monde désincarné. Ainsi, n'est-il pas ému lorsqu'il apprend la mort d'un rappeur souffi enterré le jour même ? L'enterrement très spirituel de ce dernier représente pour Eric quelque chose qu'il ne connaît probablement pas.

Cosmopolis

Le désir d'achat de la chapelle renvoie à une question : quelle est la valeur de l'art dans une société où l'argent est roi ? L'art doit-il avoir une valeur financière ? Didi Fancher, interprétée par Juliette Binoche, donne son avis à Eric sur la question. Pour elle, la civilisation ne doit pas être privée d'œuvres d'art. Ainsi, nous pouvons noter le choix judicieux de David Cronenberg d'avoir ouvert son film sur une toile de Jackson Pollock et en le terminant sur certaines de Rothko. Ces œuvres, qu'on les apprécie ou pas, contrastent fortement avec le monde désincarné d'Eric Packer.

La notion du temps

Eric Packer ne semble pas vraiment avoir la notion du temps. En vivant cloîtré dans sa limousine, il ne distingue pas vraiment le jour de la nuit. Mais surtout, il s'interroge sur le temps qui passe et affirme que contrairement à ce que l'on dit : l'argent c'est du temps. Ainsi, c'est la valeur temps qui a de la valeur et non pas le contraire.
Que vaut vraiment le temps ? Avons-nous quelque emprise sur le temps ? En suivant l'aventure d'Eric qui se déroule sur une journée, Cronenberg semble dire que le temps a la valeur qu'on lui accorde. En effet, tout peut changer d'une seconde à l'autre comme le montre la chute d'Eric ou encore la mort inattendue du garde du corps.

Cosmopolis

Le temps qui passe semble être une source d'anxiété. L'une des maîtresses d'Eric a 41 ans et sa vie semble s'être arrêtée tout comme celle de Benno Levin qui a arrêté de compter, ce qui est ironique dans le sens où ce dernier a compté une bonne partie de sa vie pour les hautes sphères de la finance.

Ordre et désordre : une idée du monde

Lorsque Eric découvre que sa prostate est asymétrique, c'est le début de la fin de son monde. En effet, son monde est fait de calculs précis, d'exactitudes et de perfection. Cette perfection n'est possible que grâce à la technologie et à la mécanique. Admettre la possibilité que la perfection n'existe pas en revient à admettre que lui-même ne peut être parfait mais surtout que la nature est plus puissante que l'homme et sa technologie.

Cosmopolis

A partir de cette scène-pivot, Eric abandonne son ordre et sa perfection. Ainsi, il oublie sa cravate, puis sa veste. Il est par la suite la victime d'un attentat pâtissier qui le salit. Mais surtout, il sort de sa limousine et voit le monde extérieur. Enfin, il ne laisse pas le coiffeur terminer sa coupe de cheveux, ce qui fait que sa coupe est asymétrique et donc non parfaite.

En abandonnant ce monde, Eric s'abandonne et avance inéluctablement vers la mort. En se privant volontairement de toute protection et en allant à la rencontre de son meurtrier, le geste d'Eric peut apparaître comme une sorte de suicide. La question est alors de savoir ce qui pousse ce jeune homme blasé à accepter la mort. A partir du moment où le désordre est entré dans sa vie, Eric n'a plus le contrôle total sur sa vie. Il apprend de son expérience que l'erreur est humaine et que personne n'est à l'abri d'en faire une. La mort d'Eric apparaît alors comme un aveu de la difficulté de vivre dans un monde imparfait.

Conclusion :

Il faut reconnaître que David Cronenberg n'a pas choisi la facilité en adaptant le roman de Don DeLillo. Ainsi, il parvient à faire tenir 1h48 dans une limousine, un lieu peu cinématographique. Néanmoins, le flot de dialogues incessants, parfois absurdes et vides de sens, ce qui est compréhensible étant donné les thèmes abordés, a tendance à lasser le spectateur.

Cosmopolis n'en demeure pas moins une réussite cinématographique car innovante et prophétique. Il est donc bien difficile de ne pas sortir de la salle complètement effrayé par ce que l'on vient de voir. Entre la réalité et la fiction, il n'y a qu'un pas.

Erin

Critique :

Présenté en compétition dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2012, ce nouveau film de David Cronenberg risque de ne pas plaire à tout le monde. En adaptant le roman de Don DeLillo, le réalisateur canadien rend son film littéraire et très bavard. On a annoncé la présence d'Howard Shore concernant la musique, il faut avouer que son travail reste très discret. La forme du film rebute complètement et peut finir par nous ennuyer (il faut avouer que la dernière scène du film est particulièrement longue), et en même temps, ce sont ces mêmes dialogues qui s'enchainent, parfois dénués de sens, qui sont la force du film. Grâce à ces nombreux dialogues, le film peut nous rappeler un peu le théâtre de l'absurde (Beckett, Ionesco).

Cosmopolis

J'ai également bien aimé l'ambiance si particulière du film : le long-métrage est très actuel (le capitalisme) mais est plongé dans une ambiance apocalyptique. Le film est également intéressant car dans beaucoup de scènes, malgré l'apparence parfois plate (toujours ces dialogues), on remarque souvent en arrière-plan une quantité de détails. Même si le film peut parfois ennuyer et être incompréhensible (je comprends le grand nombre de critiques négatives), je trouve qu'il a quand même le mérite d'être unique et gagne tout de même son pari : pratiquement tout filmer dans une limousine. Il y a du culot, la mise en scène est très réussie. Je pense que ce film mérite une deuxième vision. Bref, le film est très riche, très intéressant, vraiment profond, mais reste trop littéraire (un mix entre le théâtre et l'essai philosophique), ce qui ne correspond peut-être pas à une totale vision cinématographique. Sinon, les acteurs sont tous impeccables. Robert Pattinson est bien meilleur que dans "Twilight" (en même temps, il ne pouvait pas faire pire), j'ai également beaucoup aimé les seconds rôles comme Juliette Binoche, Mathieu Amalric (petit rôle mais délirant), Samantha Morton, Kevin Durand et Paul Giamatti.

Tinalakiller

 
 
 

Photos du film :