Réalisé par : Ki-young Kim
Avec : Eun-shim Lee, Jeung-nyeo Ju, Jin Kyu Kim
Sur un scénario de : Ki-young Kim avec une musique de : Sang-gi Han
Genre : Drame
Film Sud Coréen réalisé en 1960

 

 

Synopsis du film :
Suite à un déménagement dans une maison plus grande, une famille engage une servante. Mais bientôt, la servante devient la maîtresse et la calme maison devient alors le lieu d'un dramatique huis clos.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Ce qu'il y a de bien avec les réadaptations et les remakes, aussi bons ou mauvais qu'ils soient, c'est qu'ils permettent souvent de découvrir les versions originales. Grâce à l'excellent The Housemaid de Im Sang-soo, La servante de Kim Ki-young a été redécouvert par une nouvelle génération. C'est une chance inouïe de découvrir ou redécouvrir cette perle du cinéma sud-coréen en version restaurée grâce à la World Cinema Fondation de Martin Scorsese et à Korean Film Archives.

La servante

Le spectateur ne peut être qu'immédiatement frappé par la mise en scène innovante et recherchée, par l'aspect moderne dont jouit le film et enfin par son ambition et son audace. En effet, le film se révèle être un habile mélange entre plusieurs genres. La musique du générique du début du film et les atrocités se produisant dans la maison rappellent clairement le film d'horreur. Étant donné que l'action se produit au sein d'une famille qui va être détruite par la servante, le film est aussi un drame familial. La tension dont le film émane se rapproche clairement du thriller psychologique. Enfin, comme le montre notamment la fin du film, La servante est un film social revêtant la forme d'une fable mettant en avant les bienfaits de la vie familiale.

La servante

Kim Ki-young parvient à faire de la maison à la fois une sorte de personnage mais surtout un piège qui se referme lentement mais sûrement sur les personnages qui se retrouvent alors enfermés dans leur maison devenue une prison. Plusieurs éléments traduisent cet aspect. Tout d'abord, l'écureuil dans sa cage annonce que la maison va devenir une prison de laquelle les personnages ne pourront s'échapper. Ensuite, l'on note que plus le film avance, plus les scènes se passent à la maison, jusqu'à en devenir un huis clos.

Dans la maison, l'escalier tient un rôle central.

La servante

Le commentaire social passe par les scènes à l'usine et par le personnage de la servante qui est une fille venant de la campagne et qui n'a pas l'air d'une fille très fréquentable puisqu'elle fume, ce qui est sans doute mal vu à l'époque. Le commentaire social passe également par la réussite professionnelle et économique du professeur de piano qui vient d'acquérir une nouvelle maison avec un étage et qui acquérira par la suite une télévision, faisant ainsi de sa famille la plus riche du quartier.

L'escalier permettant de relier les deux parties de la maison apparaît comme une image de l'échelle sociale. Tout d'abord, le piano, outil permettant à son propriétaire de réussir économiquement et socialement est placé à l'étage, alors que l'atelier de couture de l'épouse est placé au rez-de-chaussée. Les personnages et notamment la servante enchaînent les allers-retours dans cet escalier. Ainsi, la servante accepte de mettre un terme à sa grossesse en se jetant dans les escaliers qu'elle a bien l'intention de remonter grâce à un odieux chantage. Enfin, l'une des dernières scènes montre l'époux empoissonné descendre les escaliers pour aller mourir auprès de son épouse, la femme qu'il aime. Alors qu'il s'apprête à descendre les escaliers, la servante s'accroche à l'une de ses jambes. Déterminé, il descend les marches une à une. La tête de la servante heurte chaque marche, et cette dernière finit par s'écrouler morte, en bas de l'escalier. Cette scène est hautement symboliquement. Ayant pris la place de l'épouse à l'étage, la servante était parvenue, en l'imposant à tous, à grimper l'échelle sociale. Pourtant, en mourant en bas de l'escalier, la mise en scène montre tout l'échec de son entreprise.

Enfin, le fils de la famille est assez arrogant pour son âge. Tout d'abord, il n'est pas très gentil avec sa sœur handicapée. De plus, il est assez méprisant avec la servante. Mais ses caprices d'enfant gâté vont le conduire à la mort.

La servante

L'arrivée de la servante dans la maison est en quelque sorte le revers de la médaille. En ayant assez réussi pour acheter une grande maison et accueillir un troisième enfant, la famille se voit forcée d'engager une servante pour aider l'épouse, de surcroit enceinte, à la maison. La réussite sociale est importante mais certainement pas davantage que l'apparence de réussite. Et cela la servante l'a parfaitement compris. Usant du chantage pour parvenir à ses fins, elle sait que l'adultère de l'homme de la maison, ou les pires rumeurs comme l'abus sexuel peuvent coûter cher à l'image sociale de la famille. Le mari risque également le licenciement, ce qui serait préjudiciable dans la situation actuelle de la famille. Sans travail, comment maintenir un certain standing. A travers ces quelques lignes, l'on se rend compte à quel point La servante est un film résolument moderne.

La servante

La femme apparaît comme frustrée à cause des sentiments qu'elle se voit forcée de refouler. Ainsi, les ouvrières à l'usine suivent les cours de musique pour les beaux yeux du professeur. L'une d'elle ose même déclarer sa flamme dans une lettre, ce qui lui vaudra un renvoi de quelques jours et une honte menant tout droit à la mort. Une autre décide de prendre des cours particuliers pour se rapprocher du professeur. L'épouse enceinte est reléguée au rang de mère. La servante est elle aussi dans un sens frustrée. Et c'est peut être bien de là que provient une telle cruauté. Prête à tout pour obtenir le mari de la maîtresse de maison, elle réussit à coucher avec le mari et même à tomber enceinte.

La servante

La situation est assez insolite puisque c'est une jeune femme qui harcèle sexuellement un homme marié dans sa propre maison et entouré des siens. En cédant à la servante, le mari montre toute l'étendue de sa faiblesse. Cependant, il n'est pas simplement manipulé par la servante. Il l'est aussi par sa femme qui tient à grimper l'échelle sociale. Ce personnage sera profondément différent dans le remake de Im Sang-soo.

La servante

Le film est traversé par la culpabilité. En effet, le mari est rongé par les remords de ne pas avoir pu protéger sa famille. Lui et Mlle Cho qui prend des cours de piano, se sentent, pour diverses raisons, coupables de la mort de l'une des ouvrières.

Le fatalisme parcourt également le film dans le sens où l'on a l'impression que rien ne pourra arrêter la servante dans sa folie furieuse. Cet effet est rendu par le fait que la violence va crescendo.

La servante

Où se trouve vraiment le mal ? La servante est-elle entièrement responsable de la destruction de la famille ? Rien n'est moins sûr. Comme semble le signaler le flacon de mort aux rats, le mal est déjà tapi dans l'ombre, et guetter la famille de près. Cette idée est fortement renforcée par le fait que le film soit quasiment un huis clos.

La famille aurait-elle été détruite si le père n'avait pas été un homme faible et lâche prêt à céder au chantage, notamment sexuel, d'une servante ?

La servante

L'actrice Lee Eun-shim qui interprète la servante est absolument incroyable. Les expressions de son visage traduisent l'immensité de sa perversité et de son aspect démoniaque. Discrète, elle rôde dans la maison comme un fantôme. Enfin, sa sensualité est quasiment animale.

Erin

 
 
 

Photos du film :