Réalisé par : Andrea Segre
Avec : Tao Zhao, Rade Serbedzija, Marco Paolini, Roberto Citran, Giuseppe Battiston
Sur un scénario de : Andrea Segre et Marco Pettenello avec une musique de : François Couturier
Genre : Drame
Film Italien réalisé en 2011

 

 

Synopsis du film :
Sur une île de la lagune vénitienne, un pêcheur fait la connaissance d’une jeune chinoise récemment immigrée. Une douce amitié naît peu à peu entre ces deux êtres que tout semble séparer. Mais leurs sentiments dérangent deux communautés qui se rejettent : Italiens et Chinois voient d'un mauvais œil leur complicité naissante...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

La relation amicale entre Bepi et Shun Li est très touchante. En dépit de leurs différences culturelles, ils partagent de nombreux points communs : ils ne sont pas italiens (elle est chinoise, il est yougoslave), ils aiment la poésie, ils vivent loin de leur famille et leurs ancêtres sont tous pécheurs. Leur amitié est un moyen pour eux de se sentir moins seul. En rencontrant Shun Li, les souvenirs de Bepi le rattrapent : "Là-bas, aussi, nous étions communistes". Ces figures de l'exil sont complétées par l'amie chinoise de Shun Li qui lui viendra en aide à la fin du film et par le poète Qu Yuan qui lui aussi a connu l'exil.

Pourtant, cette amitié mal vécue par certaines personnes pleines de préjugés mettront un terme à cette amitié. Et c'est avec tristesse que l'on voit Shun Li éviter Bepi. La vie reprend alors son cours. Shun Li quitte Chioggia pour aller travailler ailleurs et son travail finit par payer puisqu'elle retrouve son fils. Ce moment de bonheur, la jeune chinoise décide de le partager avec Bepi. Mais Bepi n'est plus. Sans un mot, Shun Li accepte ce triste coup du sort et sèche ses larmes en silence. Et c'est justement là l'un des points forts du film. Pour son premier long métrage de fiction, Andrea Segre a parfaitement compris que communiquer ne passe pas seulement par les mots.

La petite Venise

En filigrane, La petite Venise aborde le thème du communautarisme. En n'acceptant pas que Shun Li et Bepi puissent se lier d'amitié, les habitants et le "chef" de Shun Li encouragent le communautarisme et plongent un peu plus ces personnes dans la solitude. Mais l'air de rien, Andrea Segre va plus loin. Ces marins, xénophobes sur les bords, ne croient même en une possible amitié entre un homme et une femme.

Dans La petite Venise, Andrea Segre pose un tendre regard sur ce monde en plein changement. Alors que les traditions sont sans cesse remises en cause, la mondialisation est devenue une réalité qu'il faut accepter des deux côtés. Certains sont déracinés. D'autres voient l'étranger arriver sur ses terres. Le choc culturel évident entre les cultures peut être évité si l'on accepte de connaître l'autre. A ce sujet, Andrea Segre déclare « On parle d’eux en terme de quantité, jamais de qualité, martèle-t-il. Avec mes films, je veux donner au public l’opportunité de se libérer de cette représentation erronée de l’immigration. » [Nouvel Obs]

La petite Venise

La force d'Andrea Segre c'est de prendre le temps de poser sa caméra et de laisser le temps passer. Ainsi, il laisse lentement évoluer Shun Li à Chioggia, petite ville italienne de Vénétie. Ainsi, on assiste à ses progrès en italien, à la découverte de la ville en allant du port à la plage. Comme Shun Li, le spectateur non italien est surpris par la montée des eaux et l'attitude des habitants qui font comme si de rien n'était. Voir les habitants se promener tranquillement dans les rues de Chioggia les pieds dans l'eau est une scène aussi surréaliste que belle.

La petite Venise

Les deux acteurs principaux sont magnifiques. Mais mention spéciale à Zhao Tao, récompensée d'un David Di Donatello pour ce rôle, pour qui cela n'a pas dû être évident de tourner en italien.

Pour son premier film de fiction, Andrea Segre signe un film simple mais efficace.

Erin

 
 
 

Photos du film :