Réalisé par : Yong-gyun Kim
Avec : Hye-su Kim, Seong-su Kim, Yeon-ah Park
Sur un scénario de : Kim Yong-gyun et Ma Sang-Ryeol avec une musique de : Byung-woo Lee
Genre : Horreur
Film Sud Coréen réalisé en 2005

 

 

Synopsis du film :
Une jeune mère de famille trouve une paire de chaussures rouges abandonnées dans le métro et la rapporte chez elle. Elle devient rapidement obsédée par les chaussures qui semblent avoir un pouvoir étrange sur son comportement et sur celui de sa fille...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Une adaptation libre : Les souliers rouges de Hans Christian Andersen

The red shoes est une adaptation libre du conte. Cependant, il est intéressant de noter que de nombreux détails établissent un lien entre l'œuvre d'Andersen et celle de Kim Yong-gyun. Comme dans le conte, la chaussure rouge, ou plutôt rose dans le film symbolise la féminité, élément qui ressort lorsque Sun Jae porte cette paire de chaussures trouvée dans le métro. Cette féminité touche également Tae Soo, la fille de Sun Jae. Cette dernière est rapidement fascinée par les chaussures. Mais comme le montre bien le film, ce qui fascine Tae Soo dans ces chaussures c'est l'image de féminité qu'elles lui confèrent. Ainsi, Tae Soo admire sa future image de femme dans le miroir.
Les conflits qui agitent la vie quotidienne de Sun Jae et de Tae Soo rappellent la relation non conflictuelle mais distante et manquant d'affection qui lie la petite fille du conte d'Andersen à sa bienfaitrice. La danse infernale que subissent les pieds de la jeune fille du conte est évoquée grâce au milieu de la danse dans l'histoire de Keiko comme dans celle de Tae Soo.
Dans le conte d'Andersen, la jeune fille est punie pour avoir été trop vaniteuse. C'est exactement ce que son amie reproche à Sun Jae peu avant de mourir dans d'atroces conditions. Cette vanité pousse l'héroïne d'Andersen à porter des chaussures rouges à la messe. Le film de Kim Yong-gyun est parcouru par une musique ressemblant à une musique religieuse. Cela s'explique par le mariage sanglant qui s'est produit dans le passé. A ce mariage, la mariée, qui avait volé les chaussures roses, avait osé porter ces chaussures.
Enfin, les pieds des victimes sont tranchés dans le film, ce qui correspond parfaitement au conte d'Andersen dans lequel la jeune fille épuisée demande au bourreau de lui trancher les pieds.

The Red Shoes

Fétichisme

Les chaussures sont un symbole fétichiste en général. Cette idée est largement reprise dans le film dans le sens où Sun Jae collectionne les chaussures et les expose dans son entrée. Ce fétichisme mène les différentes femmes du film à tuer pour obtenir la sublime paire de chaussures roses. Comme on peut le remarquer immédiatement, les chaussures ont un fort pouvoir de séduction car elles révèlent à Sun Jae la femme séductrice qui est en elle. Les chaussures sont également un symbole d'un certain rang social. Ainsi, l'on voit bien que les chaussures de Sun Jae sont des chaussures d'une certaine valeur et qui ont pu être achetées grâce au travail du mari qui n'hésite pas à tromper sa femme. Cet élément social n'est guère exploité par le film malgré sa présence inévitable. Les chaussures rendent Sun Jae plus féminine, plus sûre d'elle et permettent de l'élever socialement par rapport aux autres femmes. Et Sun Jae est parfaitement consciente du pouvoir de ses chaussures et c'est pour cette raison qu'elle les porte avec vanité. Le pouvoir des chaussures, objet fétichiste par excellence, est l'objet de toutes les convoitises y compris des femmes en devenir comme Tae Soo, la petite fille de Sun Jae qui est fascinée par l'image de femme que lui renvoie le miroir.
Enfin, le fétichisme de Sun Jae est-il à l'origine de sa folie meurtrière ? Cela est possible. En effet, lors des séquences de révélation, l'on voit que Sun Jae a tué son mari et a même planté un talon dans son œil, l'on voit qu'elle n'a pas hésité à tuer quiconque s'approchant des chaussures, tout le monde sauf sa propre fille, même si elle semble en avoir vraiment envie. Autre élément important : la découverte de l'adultère du mari. A ce moment là, le regard du spectateur semble être celui de Sun Jae. L'on entend seulement le mari dire que les chaussures vont mieux à la maîtresse qu'à l'épouse et l'on voit en gros plan la chaussure en question. Est-ce la tromperie de l'époux qui a poussé Sun Jae dans la folie ? Ou est-ce plutôt en lien avec les chaussures ? Étant donné les circonstances, l'on penche pour la deuxième solution.

Drame familial

Comme Hideo Nakata avec Dark Water, The Red Shoes se révèle être un drame aux forts accents fantastiques. Le début du film rappelle d'ailleurs le long métrage du réalisateur japonais : une femme élevant seule sa petite fille se voit obligée d'aller vivre dans un immeuble délabré et peu accueillant. La scène de l'ascenseur avec le fantôme est quasiment la même dans les deux films ! Cependant, il est difficile de démêler les fantasmes, les cauchemars de la réalité. L'on ne sait donc pas à quel point Sun Jae est victime d'une aliénation mentale. Ce sont les relations très difficiles entre la fille et la mère et la révélation de la mort du mari assassiné par son épouse qui donnent au film cette dimension de drame familial. La violence dont la mère fait preuve envers sa propre fille démontre bien qu'un certain nombre de choses ne se passent que dans sa tête.
En dehors de la malédiction et de l'aspect fantastique du film, Sun Jae doit faire face à un dilemme typiquement féminin. Une fois mère, comment redevenir une femme et une séductrice ?

The Red Shoes

Mélanges et confusions : une fin très floue

The Red Shoes oscille sans cesse entre le pur film d'horreur et le drame familial. Cela a pour conséquence de déstabiliser le spectateur qui déchante rapidement ne sachant plus que croire. En effet, l'histoire de la malédiction et des Japonais ainsi que l'enquête rappellent Ring d'Hideo Nakata. Mais le montage et la manière dont la vérité est révélée rappelle Deux sœurs de Kim Jee-woon. Enfin, et comme si cela n'était pas suffisant, le conte d'Andersen vient se greffer à tout ça. Mais The Red Shoes ne parvient pas à choisir son camp, ce qui crée donc une immense confusion chez le spectateur qui n'est pas bien sûr de tout avoir compris lorsque le générique de fin tombe sur l'écran.
En ce qui me concerne, je pense que l'accumulation d'évènements traumatisants comme l'adultère de son mari, la perte de son rang social, peut être même la perte de sa fille (en effet, au début du film, l'on voit que Tae Soo a disparu, et je ne suis pas convaincue que l'enfant ait un jour aménagé dans l'appartement avec sa mère, et cela expliquerait pour quelles raisons la petite fille dit qu'elle reçoit des visites de son père) poussent Sun Jae dans la folie meurtrière. A la fin, l'on voit bien que Sun Jae découvre au même titre que les spectateurs la vérité sur les crimes. Ainsi, Sun Jae se voit elle-même commettre les crimes. L'hypothèse du döppelganger (le double) est alors tout à fait envisageable. Cependant, l'histoire des origines des chaussures me paraît un peu farfelue et confuse. Cette malédiction est-elle réelle ? Vient-elle directement de l'esprit de Sun Jae ? Ou Sun Jae est-elle une véritable victime ? Il me semble que l'hypothèse la plus probable soit le mélange entre la folie de Sun Jae et la malédiction. Cependant, rien ne nous empêche d'imaginer que Sun Jae s'est elle même imaginée toute cette histoire de malédiction autour de la campagne de publicité que l'on voit partout dans la rue.

The Red Shoes

Conclusion

The Red Shoes est esthétiquement un très beau film notamment grâce au jeu sur les couleurs. L'actrice Kim Hye-soo est un véritable atout puisqu'elle est capable de jouer sur une multitude de sentiments. Il est vraiment dommage que la multitude des histoires mélangées rende le film confus et compliqué. Ainsi, certaines scènes restent très énigmatiques: la venue de la maîtresse dans l'appartement de Sun Jae par exemple. Comment est-ce possible ? Pourquoi Sun Jae ne l'a t-elle pas tué également ?
Bref, The Red Shoes avait tous les éléments pour un très bon film. Mais tout est un peu trop flou pour parvenir à convaincre.

Erin

 
 
 

Photos du film :